« Étoiles », exposition à Éléphant Paname à Paris

Nicolas Le Riche et Clairemarie Osta © Jean-Philippe Raibaud Nicolas Le Riche et Clairemarie Osta © Jean-Philippe Raibaud

Un hommage contemporain à deux danseurs exceptionnels

Par Céline Doukhan
Les Trois Coups

Personnalités fascinantes, lieu et scénographies superbes : pas besoin d’être un balletomane averti pour se régaler de l’exposition « Étoiles » présentée au centre Éléphant Paname.

Éléphant Paname, voilà un drôle de nom pour un lieu qui gagne à être connu. Soit, à quelques pas de l’Opéra Garnier, un « centre d’art et de danse » qui propose cours et stages mais aussi, six mois par an, des expositions. C’est l’ancienne danseuse de l’Opéra de Paris Fanny Fiat qui a créé cet endroit atypique en 2012 avec son frère Laurent. Leur credo ? Ne pas s’enfermer dans un style ou une école et susciter des rencontres entre créateurs de tous bords.

Une vision généreuse qui s’accorde à merveille avec les parcours des danseurs vedettes de l’exposition Étoiles : Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche, couple à la ville comme à la scène. Ces deux étoiles récemment « retraitées » de l’Opéra sont au centre de cette superbe exposition qui, outre l’évocation de deux trajets exceptionnels, séduit grâce à son côté intimiste.

En effet, les deux artistes ont accepté de prêter de nombreuses affaires personnelles : tenues, chaussons, et, plus passionnant encore, toute une collection de photos remarquablement présentées.

Mais reprenons depuis le début. Au rez-de-chaussée, la « salle du Dôme » est un enchantement, une immersion dans tout ce qui fait (et tant pis si le mot est galvaudé) la magie de la danse classique. Tout autour de l’espace circulaire, une série de grandes photographies évoque certains des rôles marquants du couple tandis que, au centre, une sélection de costumes de scène, simples ou étincelants, sont disposés de part et d’autre d’un écran où sont diffusés des extraits de films. L’occasion de découvrir ou redécouvrir Osta et Le Riche dans certains grands rôles, pas nécessairement ensemble d’ailleurs. Une preuve que la magie opère bel et bien ? Rivé à notre petit banc et les yeux écarquillés d’admiration devant un extrait de la Dame aux camélias de John Neumeier, on se rend compte au bout de vingt minutes que, tiens, ces bruits qu’on perçoit parfois, à la fois lointains et étrangement proches, c’est bien la rue Volney, à quelques mètres derrière nous. Pour peu qu’on se retourne, elle apparaît, rectangle lumineux découpé dans l’obscurité théâtrale des tentures et du corridor d’entrée. Un autre monde.

Autant cette scénographie du rez-de-chaussée nous plonge dans l’univers d’une salle de spectacle, autant l’ambiance se fait plus intimiste en montant vers les étages, tandis qu’aux murs nous accompagnent des photos d’Ann Ray. Cette fois-ci, dans un surprenant décor de boiseries et de dorures, place aux parcours personnels de Clairemarie Osta et Nicolas Le Riche, qu’on se gardera d’évoquer par trop longuement ici. On sourit en voyant la tenue pailletée dans laquelle une Clairemarie âgée de douze ans devient championne de France de claquettes ; et surtout, en feuilletant, presque comme un membre de la famille, ce qui ressemble à deux vastes albums présentant clichés, lettres et autres coupures de presse – un pour Monsieur, un pour Madame. Et comme chaque élément est soigneusement répertorié dans des listes, on peut tout à loisir satisfaire sa curiosité, surtout quand des objets sortent carrément du lot. C’est ainsi qu’on découvre, dans l’album de Nicolas Le Riche, un portrait de Vestris, le grand danseur français du xviiie siècle. On remarque aussi, datant des adieux de Le Riche en juin 2014, un article du Figaro taclant l’attitude d’Aurélie Filippetti, alors ministre de la Culture : se répandant en éloges, elle n’offre cependant pas de direction de compagnie au danseur et « avait laissé mettre [Clairemarie Osta] à la porte du Conservatoire » six mois plus tôt 1.

C’est donc autant l’histoire de deux réussites professionnelles mais aussi d’un couple qui est peu à peu dévoilée avec beaucoup de sensibilité. Les danseurs descendent de leur piédestal et, loin d’en ternir le prestige, cela ne les rend que plus admirables et attachants.

L’exposition se conclut au troisième étage par une évocation vivante de l’activité des deux danseurs à travers leur « bébé », le L.A.A.C. (L’Atelier d’art chorégraphique), implanté depuis juin 2015 au Théâtre des Champs-Élysées. Là, les deux étoiles transmettent leur art à de jeunes danseurs. Cette section, dont la scénographie est elle-même très moderne, montre que les deux danseurs, loin de se reposer sur leurs lauriers, sont en perpétuelle recherche et s’entourent de collaborateurs variés. Un étage qui est presque une « installation », avec notamment un casque de réalité augmentée permettant de s’immerger (trois minutes !) dans un cours du L.A.A.C., ou encore les vidéos de Vincent Pérez (oui oui, le Vincent Pérez) proposant une intéressante réflexion sur l’image fixe et animée.

En bref, Éléphant Paname réussit un hommage contemporain à deux personnalités dont le rayonnement dépasse largement le petit monde du ballet. 

Céline Doukhan


Étoiles, exposition à Éléphant Paname

  1. Clairemarie Osta était directrice des études chorégraphiques au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris de janvier 2013

Photos : © Ann Ray, Philippe Raibaud, Pascal Elliott

Éléphant Paname • 10, rue Volney • 75002 Paris

www.elephantpaname.com

Renseignements : 01 49 27 83 33

Du 29 janvier au 29 mai 2016 du mardi au dimanche de 11 heures à 19 heures

9 € | 7 €