Festival Jazz à Vienne [Isère], 31e édition du 29 juin au 13 juillet 2011, chronique no 10

Wayne Shorter © Jean-François Picaut

Et l’esprit de Miles planait sur Vienne

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

La quinzaine de Jazz à Vienne touche à sa fin. L’esprit de Miles Davis aura imprégné toute cette 31e édition, vingt ans après le dernier passage de Miles sur la scène du Théâtre Antique. Cette soirée, la deuxième, lui est consacrée.

Mardi 12 juillet 2011

Tribute to Miles : un trio de vedettes et deux jeunes valeureux

Le 12 juillet 1991, Miles Davis se produisait pour la dernière fois sur la scène du Théâtre Antique. C’était quelques semaines avant sa mort. Vingt ans plus tard, vingt ans déjà, son esprit revient hanter les vieilles pierres. On le doit à Marcus Miller, épaulé par Jazz à Vienne et le Festival d’Antibes | Juan-les‑Pins. Pour ce projet, Marcus Miller (basse, contrebasse et clarinette basse) s’est entouré de deux autres légendes du jazz : Wayne Shorter (saxophones) et Herbie Hancock (claviers). Le trio s’est adjoint deux jeunes : Sean Jones (trompette), un nom à retenir, et Sean Reickman (batterie), recruté grâce à Youtube.

Alors, un hommage de plus ? Marcus Miller, la cheville ouvrière du projet s’en défend : « Un hommage, ça regarde en arrière. Miles, lui, regardait toujours en avant, ce serait le trahir ! ». Or, Wayne Shorter et Herbie Hancock ont mis comme conditions à leur participation « qu’on ne fasse pas une anthologie de plus et qu’on ne fasse rien qui aurait déplu à Miles ». Sur cette base, Marcus Miller a accompli un travail extraordinaire. Tous les thèmes retenus sont bien des thèmes de Miles et, mieux encore, ils couvrent à peu près toute sa carrière. Mais le plus intéressant réside sans doute dans l’originalité des arrangements et dans l’agencement même des thèmes. On ne refait pas « du Miles », mais son esprit est partout présent, du grand art. Jean‑Paul Boutellier, le directeur artistique de Jazz à Vienne, dira d’ailleurs que « c’est l’un des meilleurs concerts auxquels il [lui] ait jamais été donné d’assister ».

Il faudrait raconter le concert par le menu ! Disons simplement que Marcus Miller, outre son travail de composition, s’est montré égal à lui-même sur ses trois instruments, alliant sans cesse rythme et mélodie, mais avec une discrétion qui lui fait honneur. Herbie Hancock, souverain aux claviers, nous a régalés avec ses nappes sonores électriques et le raffinement de son jeu au piano. Wayne Shorter s’est montré très inspiré et s’est livré à de belles joutes et de beaux dialogues avec le trompettiste Sean Jones. Celui-ci, un ancien du Lincoln Orchestra de Winton Marsalis, a su n’être pas indigne de Miles, qu’il était chargé d’incarner, en quelque sorte : aigus éclatants, cristallins, graves soyeux, phrasé délicat et vélocité. L’éternel mâcheur de gommes, le batteur Sean Reickman, a produit un jeu inspiré, fiévreux mais non fébrile. Une soirée qu’on ne se résout pas à voir se terminer.

John Scofield © Jean-François Picaut
John Scofield © Jean-François Picaut

John Scofield : swing et courtoisie

Auparavant, nous avions pu entendre et admirer un autre compagnon de Miles au début des années 1980, le guitariste John Scofield. Aujourd’hui, il dit que « l’ombre de Miles plane sur la musique des années 1950 à nos jours. Même si on ne joue pas une pièce de Miles, on joue du Miles. Miles, c’était avant tout un style ». D’avoir été choisi par Miles a contribué à lui donner confiance en lui-même. Pour son propre style, il se revendique plutôt du blues, le Ray Charles de son adolescence et surtout le son des joueurs de guitare comme B.B. King.

Accompagné ce soir de son complice Mulgrew Miller, dont la sonorité au piano est aussi influencée par le blues, Scofield ne jouera pas de blues. Il en avait pourtant interprété un superbe lors de la balance ! Le programme est donc composé de pièces tirées de son dernier album, A Moment’s Peace, et d’autres plus anciennes. On en retiendra I Want to Talk About You, un standard illustré par Coltrane, Simply Put, une douce ballade dont l’introduction n’est accompagnée, délicatement, que par les balais de Bill Stewart et une mélodie lente dédiée… à la bière Guinness.

Élégant, discret ou rageur et inspiré, le style de John Scofield a su séduire le public exigeant du Théâtre Antique, comble ce soir encore. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz à Vienne (38), 31e édition

Du 29 juin au 11 juillet 2011

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

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Infoline : 0892 702 007 (0,34 euros / min)

Photos : © Jean‑François Picaut