Festival Jazz aux Écluses, 9e édition, à Hédé‑Bazouges

Mathilde © Jean-François Picaut Mathilde © Jean-François Picaut

Les femmes à l’honneur

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Sous un soleil chaleureux, la deuxième journée du festival Jazz aux Écluses, 9e édition, a été très féminine avec le trio de Céline Bonacina, le quartette Bubbey Mayse et la chanteuse Mathilde. Nous allons nous intéresser aux deux derniers concerts, cousins du jazz.

Dimanche 18 septembre 2016

Mathilde, Je les aime tous : un bonheur inégal.

Mathilde a été connue du grand public grâce à sa participation à « The Voice » 2015. Depuis, elle a publié son premier album, Je les aime tous (Naïve, avril 2016). Elle y mêle des reprises de chansons françaises et ses propres compositions, coécrites avec le pianiste et compositeur Alexis Pivot.

La chanteuse est dotée d’une voix puissante (mais capable de nuances) à la tessiture étendue avec de beaux graves. Volontiers bavarde, elle sait établir le contact avec le public.

Son interprétation de la Mémoire et la Mer de Ferré est pleine de délicatesse et très prenante. Elle sait rendre la veine poétique réaliste de Jean‑Roger Caussimon dans le Temps du tango. Dis, quand reviendras‑tu ? de Barbara est chanté avec une émotion visible et difficilement maîtrisée, qui contraste curieusement avec le sourire mécanique qui se répète de façon irrépressible, semble-t-il.

Un problème d’unité

Les textes de Mathilde et d’Alexis Pivot souffrent évidemment de la comparaison avec ceux de ces grands aînés. Néanmoins, les thèmes adoptés ne manquent pas d’intérêt : le corps des femmes, l’amour entre individus de générations différentes, les intermittences du cœur, les morts prématurées, etc. Comme il y a un problème d’unité dans le choix des chansons du programme, peut-être y en a‑t‑il un dans les niveaux de langue des compositions personnelles. Dans Je les aime tous, le titre éponyme de l’album, par exemple, un texte de belle venue, on s’étonne de voir rimer « j’aime qu’ils me perdent » avec « qu’ils m’emmerdent » (sic) !

Privé de Jacky Terrasson, de Stéphane Belmondo, de Thomas Bramerie, le concert sonne beaucoup moins jazz que l’album. À de rares exceptions près, il lorgne plutôt vers la pop.

Bubbey Mayse © Jean-François Picaut
Bubbey Mayse © Jean-François Picaut

Bubbey Mayse : beaucoup de fraîcheur

Les Bubbey Mayse se consacrent à la musique klezmer et à la chanson yiddish. Le quartette se compose de quatre jeunes femmes : Elsa Signorile (clarinette, chant et récit), Morgane Labbe (accordéon diatonique bisonore chromatique, chant), Juliette Divry (violoncelle et chœurs) et Sarah Signorile (violoncelle et chœurs). Le groupe a été créé en septembre 2012. Les quatre musiciennes, dotées d’une solide formation, venaient d’horizons différents : la musique klezmer, bien sûr, et l’univers yiddish, la culture de Haute-Bretagne, les arts de la rue, la musique classique et pop, etc. Depuis, elles se sont forgé une identité et une belle unité.

Un alliage savant et très plaisant

Leur répertoire est un alliage savant, et très plaisant, de morceaux dansants et de chansons très délicates comme celle de l’oiseau, interprétée avec beaucoup de sensibilité en solo par Elsa Signorile. La Danse du grand‑père est rondement menée, par l’accordéon de Morgane Labbe essentiellement. La Chanson des cigognes est introduite par le chœur a cappella des quatre musiciennes, un délice vocal qui est ensuite accompagné par l’accordéon. La fin instrumentale est véritablement endiablée. Jouez pour moi, musiciens est l’occasion d’apprécier la voix chaude et expressive de Morgane Labbe.

Une des originalités des Bubbey Mayse est d’avoir intégré leur répertoire de chansons dans un récit global qui englobe des extraits de contes et d’histoires, ainsi que l’argument de la chanson en français avant son interprétation en yiddish : Elsa Signorile brille dans cet exercice.

Enfin, on ne peut manquer de signaler la beauté et la délicatesse des arrangements, pour les voix comme pour les instruments. Il y a là un travail d’harmonie remarquable dans le mariage des timbres du violon, du violoncelle, de l’accordéon, de la clarinette et des voix. 

Jean-François Picaut


Jazz aux Écluses, 9e édition, les 17 et 18 septembre 2016

Site des Onze‑Écluses • Hédé-Bazouges (Ille‑et‑Vilaine)

Tél. 07 87 99 26 70

http://www.jazzauxecluses.fr/jazzauxecluses.fr/Bienvenue.html

Photo : Bubbey Mayse © Jean‑François Picaut

Photo : Mathilde © Jean‑François Picaut