« Frangins », de Jean‑Paul Wenzel, le Lucernaire à Paris

Frangins © Benoît Fortrye

Une fratrie pesante

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Jean-Paul Wenzel, auteur, metteur en scène et acteur de « Frangins », signe une pièce intéressante, qui manque toutefois de profondeur et d’un certain rythme.

Le sujet en est simple : trois frères, séparés par la vie et ses méandres, se retrouvent après plusieurs décennies d’absence chez leur mère mourante. Ils ont été prévenus par un SMS court et direct. Qui les a convoqués ? Qui les a identifiés ? Ils arrivent avec leur passé, leur présent, leurs histoires. L’aîné, Léo (Jean‑Pierre Léonardini), taulard de longue durée et séducteur impénitent, a le sang chaud et le coup de poing facile. Le deuxième, Jipé (Jean‑Paul Wenzel), écrit des polars après avoir tâté du poème, et le cadet, Philippe (Philippe Duquesne), est magicien. Ce dernier arrive dans la maison avec sa petite amie, Muriel (Hélène Hudovernik). Commencent alors les retrouvailles chargées de souvenirs, de tensions, de joie.

Ces trois frères ne semblent nullement affectés par l’agonie de leur mère qui gît pourtant dans la chambre d’à côté. Ils n’ont pas de réelles pensées pour celle qui les a élevés seule après la désertion du père, un Allemand. Ils se chicanent, se charrient, s’affrontent. Ils parlent fort, s’empoignent, se mesurent. Muriel, tantôt légère et enjôleuse, tantôt sérieuse et directive, tente par moments de calmer le jeu.

Surgit au milieu de ce foutoir Gaby (Viviane Théophilidès), une femme mûre et belle encore. C’est l’ancienne amante qui les a tous les trois déniaisés quand ils étaient adolescents. Le passé prend alors une tournure plus suave et plus douce. On découvre aussi que c’est elle qui s’occupe de la mère esseulée et oubliée des siens. Viviane Théophilidès tient son rôle à merveille. Elle donne une jolie ampleur à son personnage de femme libre qui assume son passé sans aucune gêne. Elle est juste dans le ton, élégante dans les mots et tendre dans ses manières. Son arrivée permet à la pièce de prendre une autre direction, de gagner un souffle absent jusque-là. En effet, avant son entrée, la mise en scène péchait par une insuffisance de rythme. Elle était alourdie par des transitions inadéquates et cahotantes.

C’est dommage, on s’en serait bien passé

La chute de l’histoire est toutefois étrange et incongrue. Elle arrive tel un cheveu sur la soupe. Comme s’il fallait combler une défaillance dans les propos de l’auteur qui n’a pas réussi à tenir son fil jusqu’au bout. Il juxtapose une affaire d’argent et de loto qui n’a pas vraiment lieu d’être et qui n’apporte rien de nouveau. C’est dommage, on s’en serait bien passé.

Le décor est minimaliste : un évier et un petit meuble d’angle chinois. Vers la fin de la pièce sont ajoutées une table et deux chaises de jardin. Avant la révélation de Gaby, aucun des protagonistes ne se pose la question de savoir pourquoi. Pourquoi presque tout le mobilier a disparu ? Comme s’il était tout à fait normal que la mère vive dans une maison vide. Ce parti pris ôte un peu de crédibilité au propos général.

Un mot encore sur le jeu des comédiens. Dans l’ensemble, ils sont assez justes. En revanche, Jean‑Pierre Léonardini semble avoir du mal à prendre ses marques, à habiter son rôle de dur à cuire. Il récite plus qu’il ne joue et manque légèrement de profondeur. Certains de ses gestes, certaines de ses attitudes sont trop appuyées pour être plausibles.

Dans sa note d’intention, l’auteur parle d’une comédie à l’italienne. On en est tout de même assez loin même si la pièce se laisse voir. 

Isabelle Jouve


Frangins, de Jean-Paul Wenzel

Mise en scène : Lou Wenzel et Jean-Paul Wenzel

Avec : Philippe Duquesne, Jean-Pierre Léonardini, Jean‑Paul Wenzel, Hélène Hudovernik, Viviane Théophilidès

Lumières : Thomas Cottereau

Sons et musiques : Philippe Tivillier

Costumes : Cissou Wingling

Décors : Nicolas Nore

Photo : © Benoît Fortrye

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34

Site du théâtre : www.lucernaire.fr

Métro : ligne 12, arrêt Notre-Dame-des-Champs

Du 26 août au 11 octobre 2015, du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

32 € | 26 € | 13 € | 11 €