« Frank Sinatra ou l’Âge d’or de l’Amérique », dvd du film de Michel Viotte

Sinatra, le crooner majuscule

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Il y a eu cent ans, le 12 décembre dernier, naissait Frank Sinatra. Un documentaire vient à point replacer l’existence de ce grand chanteur et acteur dans la vie de l’Amérique contemporaine.

« Frank Sinatra ou l’Âge d’or de l’Amérique »Nous avons célébré le 12 décembre 2015, le centième anniversaire de la naissance de Frank Sinatra, un monument de la culture américaine du xxe siècle et l’un des artistes les plus connus au monde. Il n’y avait pas eu de documentaire récent dédié à Frank Sinatra. Le film de Michel Viotte, Frank Sinatra ou l’Âge d’or de l’Amérique, paru en dvd chez Zed, à la fin de l’année passée, est donc particulièrement le bienvenu. Spécialiste réputé des archives américaines, passionné par le cinéma hollywoodien – on lui doit la Route du western (2012) et la Guerre d’Hollywood 3945 (2013) –, Michel Viotte a réalisé un film en noir et blanc, rythmé et percutant. S’appuyant sur un exceptionnel travail de traitement graphique, il nous livre de véritables trésors d’archives, souvent très rares, parfois totalement inédits. Sur le mode très américain du road-movie, nous suivons la vie et la carrière de Francis Albert Sinatra, dit Frank Sinatra, de sa naissance, de parents italiens, à Hoboken (New Jersey) à sa mort le 14 mai 1998 au centre médical Cedars-Sinai en Californie.

The Voice ou le gangster d’Hoboken

Commencée dans la décennie précédente, se poursuivant bien après, la carrière de Sinatra est à son apogée dans les années 1950-1960, que certains considèrent comme l’âge d’or de l’Amérique. La concomitance de ces deux phénomènes est le fil rouge de cette biographie consacrée à Sinatra qui nous entraîne sur ses traces de New York à Los Angeles, Las Vegas et Palm Springs… Le film montre bien comment l’histoire de ce petit Italo-Américain, né dans une famille populaire, qui devient le chanteur aux 150 millions d’albums vendus et l’acteur oscarisé aux 50 films, colle au mythe américain. Ses chansons sont « la bande-son du rêve américain » ! L’homme de spectacle le plus populaire des États-Unis, certains disent « du monde », l’homme à la vie sentimentale agitée, qui fut l’époux passionné de la plantureuse Ava Gardner et de Mia Farrow, a pourtant eu une carrière qui ne fut pas linéaire. Et sa vieillesse a été assombrie par les liens qu’on lui a prêtés avec la mafia. Il fut tour à tour The Voice ou le Gangster d’Hoboken !

Soutien inconditionnel des démocrates jusque dans les années 1970, il fut un fervent partisan du candidat et du président John F. Kennedy. Sans doute écœuré par le comportement du clan de celui-ci à son égard, dès que coururent les premiers bruits de son accointance avec la mafia, il se rallia ensuite aux républicains. Son amitié avec Ronald Reagan l’ancra dans ce camp. Le film qui n’est pas une hagiographie ne cache pas ce que sa vie put avoir de chaotique. Ce que montre bien l’œuvre de Michel Viotte, outre l’énorme talent de Sinatra, c’est l’extraordinaire énergie, la capacité de travail incroyable de celui qui fut certainement le plus célèbre crooner du xxe siècle. Il n’occulte pas non plus l’hédonisme et le goût de la fête de celui qui fut le meneur du Rat Pack, cette bande de rats !, au sein de laquelle on trouve aussi Dean Martin et Sammy Davis Jr (les piliers), avec Joey Bishop et Peter Lawford, mais qui vit également passer Lauren Bacall (et son mari Humphrey Bogart), Shirley McLaine, Judy Garland, Katharine Hepburn, David Niven, Spencer Tracy, George Cukor, etc. La présence de Sammy Davis Jr (dont il fut toujours le soutien) est d’ailleurs emblématique de son engagement en faveur des « droits civiques ». Frank Sinatra ou l’Âge d’or de l’Amérique, c’est en cinquante-deux minutes un tour en musique et en images de la carrière étourdissante d’un grand artiste. C’est aussi une plongée dans l’histoire tourmentée des États-Unis d’Amérique. 

Jean-François Picaut


Frank Sinatra ou l’Âge d’or de l’Amérique, de Michel Viotte

Un film en dvd de Michel Viotte, chez Zed