« Furieuse tendresse », de Sara Desprez, Emiliano Ferri, Angelos Matsakis et Albin Warette, les Quinconces au Mans

« Furieuse tendresse » © Vincent d’Eaubonne

Quand Patti Smith fait du trapèze

Par Céline Doukhan
Les Trois Coups

Avec leur bande-son rock, les trois artistes de la compagnie Cirque exalté nous font rire et rêver.

Dans Furieuse tendresse, voltige et trapèze sont en première ligne, mais la musique est tout sauf planante. Au menu, du rock, du vrai, avec Patti Smith et Nirvana. Soit une ode déjantée à la liberté et à l’insolence. Le cirque est une discipline qui promet la prise de risque et des possibles insoupçonnés. Il entre ici en résonance parfaite avec les musiques et les mots, bien choisis, des grands du rock, autour de valeurs partagées. Patti Smith, dans Land, invite l’auditeur à perdre le contrôle (« got to lose control ») ? Ou bien, dans Gloria, à envoyer paître les conseils de prudence (« People say “beware !” But I don’t care »). Les trois artistes donnent un écho parfait à ces paroles.

En effet, l’émerveillement devant les prouesses physiques est redoublé par le message de liberté des chansons. Aussi celles-ci ne sont-elles pas une simple illustration, un banal fond sonore : musique et mouvement font corps à chaque instant. Deux exemples : Sara Desprez, short en jean déchiré, crinière blonde en pétard, se balançant plusieurs mètres au‑dessus du sol, au son de la musique. Une vraie icône rock, le vertige de la liberté en plus !

C’est également une séquence incandescente qui attend le spectateur lorsque Angelos Matsakis se lance (presque littéralement !) dans un numéro de jonglage démentiel. Il ne fait pas que projeter et rattraper des quilles, il court, saute, tourne, un sourire de jubilation flottant constamment sur ses lèvres. Avec sa longue silhouette vaguement grunge, ses longs cheveux, la liberté féline avec laquelle il occupe le plateau, il est une vraie bête de scène, qui emporte tout sur son passage. Il faut dire que, selon le dossier de presse, l’homme a pas mal roulé sa bosse, ayant essayé « le ping-pong, l’équitation, le rugby, le badminton, la danse de salon, les échecs [et] la natation synchronisée » avant d’opter pour les arts du cirque.

« Furieuse tendresse » © Vincent d’Eaubonne
« Furieuse tendresse » © Vincent d’Eaubonne

Autre aspect très réussi, les portés acrobatiques réalisés par le trio en mettent plein la vue. En l’espace de quelques secondes, Sara Desprez, étonnante de maîtrise et de virtuosité, frôle le sol puis survole ses partenaires. Et tout cela ne tient qu’à un poignet et une cheville. « Oh ! » et « Ah ! » tour à tour effrayés et admiratifs fusent dans le public. On en redemande, et on est servi.

L’humour n’est pas en reste puisque le ton est résolument à la dérision. D’ailleurs, la présence d’une séquence plutôt coquine fait que le spectacle ne s’adresse pas franchement aux enfants à partir de huit ans, comme indiqué dans le programme… Albin Warette, le metteur en scène, ménage ainsi des moments de calme entre chaque numéro, mais ceux‑ci manquent parfois de rythme ou de tranchant. De même, le troisième larron, Emiliano Ferri, est un peu en retrait, quand il ne tend pas à servir de faire-valoir à ses deux camarades. Est‑ce dû au caractère moins spectaculaire de sa spécialité (l’équilibre sur échelle libre) ou à la mise en scène, qui ne lui rend pas suffisamment justice ? Toujours est‑il que le mécanisme comique qui définit son personnage (l’accent italien qui transforme Patti Smith en Patismitt, la logorrhée) est stéréotypé et finit par s’user. En tout cas, grâce à l’engagement de ses interprètes, Furieuse tendresse tient haut la main la promesse d’un « cirque exalté », où l’enthousiasme des artistes se communique brillamment au public. 

Céline Doukhan


Furieuse tendresse, de Sara Desprez, Emiliano Ferri, Angelos Matsakis et Albin Warette

http://cirque-exalte.com

Mise en scène : Albin Warette

Avec : Sara Desprez, Emiliano Ferri, Angelos Matsakis

Création lumière : Nicolas James

Technique : Nicolas James

Costumes : Chloé Fournier

Son : Ludovic Kierasinski

Voix féminine : Danièle Marchais

Voix masculine : Vincent Pelletier

Scénographie, décors : David Tondeux, Franck Dubreuil

Graphisme : We Where Heroes

Création vidéo : Chaproduction

Photo : © Vincent d’Eaubonne

Les Quinconces • 4, place des Jacobins • 72000 Le Mans

www.quinconces-espal.com

Réservations : 02 43 50 21 50

Le 13 décembre 2016 à 20 heures, le 14 décembre à 19 heures

Durée : 1 heure

23 € | 14 € | 11 € | 9 € | 8 €