« Gérard Guillaumat passeur de mots », Théâtre des Marronniers à Lyon

Gérard Guillaumat © Isabelle Meister

Passeur d’auteurs

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

En ces temps de mémoire, notamment autour du centenaire de Jean Vilar, alors qu’on a évoqué Roger Planchon, Marcel Maréchal, et tous ceux dont le travail a tant marqué les scènes lyonnaises et l’histoire du théâtre à Lyon, le retour pour quelques heures de Gérard Guillaumat sur le plateau des Marronniers qui a vu les débuts des deux metteurs en scène avec lesquels il a travaillé a été un grand moment d’émotion artistique.

Installé à Genève depuis une dizaine d’années, Gérard Guillaumat s’était fait plus que discret, et l’on s’était peu à peu résigné à son absence. La nouvelle de sa venue s’est répandue comme une traînée de poudre, et le théâtre a joué « à guichets fermés ». Pas seulement parce que la salle est petite. Il est vrai que ce comédien, à qui ni Jean Dasté ni Patrice Chéreau ne confièrent de grands rôles, fut un pilier de la décentralisation, un fidèle de Roger Planchon, un permanent de la troupe du T.N.P. Sa spécificité, il la découvrit, du moins c’est ainsi qu’il le raconte, en raison de sa mauvaise mémoire : il fut ainsi conteur devant un livre ouvert, c’est-à‑dire lecteur, son métier, et fit découvrir à des milliers de spectateurs fascinés, éblouis, Maupassant, Hugo. Inoubliable ! J’ai encore des souvenirs précis, quelque vingt ans après, de son Homme qui rit comme des paysans normands roublards qu’il faisait vivre par la seule magie de sa voix. Quels autres spectacles ont laissé une telle empreinte ?

Je suis un lecteur

Il était logique qu’on le retrouvât là, à répondre présent à l’invitation du festival Parole ambulante dont la mission est de faire découvrir les poètes d’aujourd’hui. En toute modestie, il a choisi de lire quelques extraits de ces œuvres peu connues de ces jeunes poètes, Samira Négrouche à la parole écrasée de soleil, Thierry Maricourt et ses paroles fortes, Lionel Bourg et sa cascade de souvenirs. Bref, de faire son travail de passeur de mots.

Puis, il parle avec eux, répond aux questions du public et d’Yves Pignard, le directeur des Marronniers, s’excuse de ses insuffisances, prétend n’avoir rien préparé avec un rien de fausse modestie, heureux manifestement d’avoir encore un public à presque 90 ans. Et il se raconte un peu, pas trop, comment c’est Dullin qui lui a sauvé la parole alors que, revenu bègue des camps, il cherchait au théâtre à réapprendre à parler…

Une saison de Gérard Guillaumat

Le lendemain, il lisait Une saison en enfer, prélude à un projet important d’installation performative dans un musée d’art contemporain de Genève, le S.M.A.C. en septembre 2013. C’est un avant-goût de ce projet qui a été donné aux Marronniers et sera repris à la Maison de Rousseau et de la Littérature à Genève les 1er et 2 novembre prochains. Pour Isabelle Chladek qui en a supervisé la mise en espace et la conception, « Gérard voulait reprendre ce texte de Rimbaud qu’il avait créé il y a trente ans avec Bruno Boëglin. Ma mise en espace est très modeste : elle consiste à l’aider à cheminer avec ce texte. C’est quelqu’un qui a besoin de temps, et ce projet est évolutif. Aux Marronniers, nous étions dans un théâtre et le public assistait à une lecture. Mais nous allons jouer dans d’autres types de lieux qui ne seront pas propices à la vision d’un spectacle, où il faudra donc privilégier l’écoute. Nous avons ainsi imaginé une mise en espace où Gérard sera invisible, où seule sa voix sera présente, tournant autour du spectateur, accompagnée du son d’une guitare.

« Il faut comprendre que Gérard ne veut pas jouer. Cela ne l’a jamais vraiment intéressé. Ce qu’il veut, c’est s’effacer derrière un texte pour que celui‑ci seul soit sur le devant de la scène. Paradoxalement, en s’effaçant ainsi, il s’approprie à tel point le texte qu’on a l’impression que c’est lui qui parle, qu’il en est devenu l’auteur. On va enfin s’approcher de la saison de Gérard Guillaumat ! » 

Trina Mounier


Gérard Guillaumat passeur de mots

Deux soirées les 23 et 24 octobre 2012, organisées avec l’espace Pandora dans le cadre du festival Parole ambulante au Théâtre des Marronniers

« Le choix de l’intime » est une soirée unique donnée le 23 octobre au Théâtre des Marronniers, au cours de laquelle Gérard Guillaumat lira des textes d’auteurs invités par le festival.

Textes de Samira Nébrouche, Thierry Maricourt et Lionel Bourg

Avec : Gérard Guillaumat, Yves Pignard, Thierry Renard et les auteurs

La seconde soirée sera consacrée à Une saison en enfer, extraits du texte d’Arthur Rimbaud avec Gérard Guillaumat

Mise en lecture et présence scénique : Isabelle Chladek

Création lumière et régie : Georges‑Antoine Labaye

Cette lecture-spectacle sera également donnée à la Maison de Rousseau et de la littérature de Genève les 1er et 2 novembre 2012

Tarifs : de 8 € à 15 €

Photo : © Isabelle Meister, Genève, juin 2007