« Grande ‑ », de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel, le Lieu unique à Nantes

Grande - © D.R. Grande - © D.R.

Ambition trop grande ?

Par Marion Le Nevet
Les Trois Coups

Électrons libres du nouveau cirque, Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel passent en revue et en images le couple et ses montagnes russes. Léger, un peu trop léger, mignon mais sans surprise.

Vimala Pons, acrobate-comédienne de trente ans, se taille depuis quelques années un costume d’icône loufoque d’un nouveau cinéma français tout aussi décalé. Remarquée dans la Fille du 14 juillet et la Loi de la jungle d’Antonin Peretjatko, sa moue enfantine, sa présence bourrue et son corps élastique accrochent le regard. C’est donc avec impatience que ses spectateurs attendaient son deuxième spectacle réalisé avec son acolyte Tsirihaka Harrivel. Dans De nos jours (notes on the circus), en 2013, le duo s’affranchissait déjà complètement de la structure du cirque, même s’il en conservait des traces. Il propose encore aujourd’hui un genre de spectacle hors catégories, qu’ils nomment avec Grande ‑ « music-hall ».

Une perspective réjouissante quand la magie du cirque est souvent émoussée par le conformisme de sa forme. Pas de trapèze ni de piste sablée, mais le cadre de scène à nu, parpaings et accès des décors à vue. Sur de grandes tables, maints objets, accessoires et petits meubles divers et variés, une scénographie sans chichis mais organisée. C’est cet aspect qui séduit au début : un spectacle mené à un bon rythme, les numéros qui s’enchaînent, suivant des décomptes préenregistrés, signaux lumineux et boucles musicales, telle une petite machine. À l’image du spectacle de revue, on ne cherche pas ici à être sensible et profond, on assure le show, figures après figures, sans prétention aucune mais avec professionnalisme. Les deux auteurs-interprètes jouent de l’échec des numéros, endossant le hasard et la faille, le spectaculaire se situant moins dans la prouesse physique que dans le culot d’assumer une acrobatie stupide. Un petit côté populaire donne un charme indéniable à l’ensemble, dans ses images ludiques, l’absence totale de manœuvres de séduction, comme un premier degré enfantin qui s’impose naturellement.

L’extrême naïveté paraît louche passé une heure de spectacle

Mais on comprend assez promptement le mécanisme de la « revue », qui hélas ne déraillera jamais. À trop vouloir renverser les règles, on se retrouve prisonnier d’autres règles, qui prennent deux fois plus vite de la lourdeur. Les deux artistes revendiquent un spectacle pas fini, « à compléter », mais la forme présentée est très structurée, avec un début et une fin soulignés, des numéros rejoués et des transitions récurrentes. La répétition est comique et touchante, la surrépétition provoque l’ennui. On saisit la métaphore de la vie amoureuse qui n’est que cycle et sensations de « déjà‑vu », mais le propos manque de profondeur, d’originalité et d’une vraie poésie. Les jeux de mots nous laissent espérer une plongée dans les multiples interprétations du langage, mais sont rapidement mis de côté. L’extrême naïveté paraît louche passé une heure de spectacle, les interprètes n’étant ni enfants ni déficients. Les inévitables du cirque ressurgissent malgré tout – numéro d’assiettes, clown – et semblent remplir les cases manquantes d’un spectacle à l’ambition trop grande, pourtant riche de musique live, de parole et d’objets. La scénographie fouillée ne sert finalement qu’à permettre les réflexes habituels du théâtre d’objets, jouer avec les éléments du quotidien, accessoires toujours plus gros, mais toujours plus familiers.

Les acrobates se croisent, s’invectivent, mais ne créent pas de réelle relation ni de réelle interférence. On aimerait les voir évoluer sous le regard l’un de l’autre, en lieu et place de hurlements sans jeu ni modulation.

Reste une belle énergie, un ton agréable et singulier à exploiter, et surtout cette forte envie d’encourager ceux qui ne fabriquent pas du spectacle de caste référencé, mais s’amusent comme ils l’entendent. 

Marion Le Nevet


Grande ‑, de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel

Réalisation, conception, création objets, création accessoires, dispositif sonore, dispositif lumière, musique et arrangements : Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel

Avec : Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel

Régie générale et chef de poste plateau : Florian Méneret

Régie son et plateau : Emmanuel Laffeach

Régie de création : Élise Lahouassa

Costumes : Rémy Ledudal et Vimala Pons

Réalisation des constructions : Mathieu Delangle, Emmanuel Laffeach, Julien Vadet, Florian Méneret, Marion Abeille, Flavien Renaudon, Tsirihaka Harrivel, Élise Lahouassa

Le Lieu unique • quai Ferdinand‑Favre • 44000 Nantes

Réservations : 02 40 12 14 34

Site du théâtre : http://www.lelieuunique.com/

Du 22 au 24 novembre 2016 à 20 h 30

Durée : 1 h 50

22 € | 12 € | 8 €

Reprise

Le Centquatre à Paris • 5, rue Curial • 75019 Paris

Billetterie : 01 53 35 50 00

Du samedi 7 janvier 2017 au dimanche 15 janvier 2017