Hommage à Tadeusz Kantor, Odéon‑Théâtre de l’Europe à Paris

Tadeusz Kantor © Caroline Rose

Tadeusz Kantor :
artisan de l’âme

Par Ulysse Di Gregorio
Les Trois Coups

L’Odéon met à l’honneur Tadeusz Kantor à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Contribuant à cette commémoration, les éditions Les Solitaires intempestifs présentent le premier volume de ses œuvres : Du théâtre clandestin au théâtre de la mort. Un second volume sortira dans quelques mois lors du Festival d’Avignon. Tadeusz Kantor, né en Pologne en 1915, est un artiste complet. Plasticien, metteur en scène, écrivain et théoricien de l’art, il a profondément marqué le xxe siècle. C’est dans le Théâtre Indépendant, qu’il a créé à Cracovie sous l’occupation allemande, qu’il donne à son art toute sa mesure. Tout en puisant aux sources d’inspiration majeures que sont ses souvenirs d’enfance et son expérience de la guerre, il développe également une réflexion intime sur la mort et forge une esthétique personnelle. « L’art d’un homme ne peut s’épanouir et naître que dans une prison », dira-t-il vers la fin de sa vie, résumant l’exigence de son œuvre. Expérimentateur et novateur, il sera parfois incompris dans un monde théâtral resté trop étranger, selon lui, aux aspirations fondamentales de l’homme.

Un hommage multiple

Le spectateur est introduit dans la salle au rythme d’une valse à l’accordéon qui constituera le thème musical de la soirée. Luc Bondy accueille le public venu en nombre. Jean-Pierre Thibaudat, critique de théâtre et organisateur de l’hommage, dresse un bref portrait de Tadeusz Kantor et présente le programme. Marie-Thérèse Vido-Rzewuska, traductrice des écrits du maître, évoque avec émotion leur collaboration. Se succèdent ensuite Marcel Bozonnet, Ariel Garcia Valdès et Micha Lescot, pour lire des textes de l’auteur extraits de Ma pauvre chambre de l’imagination et de Kantor par lui-même. Si ce choix est judicieux pour préparer la suite de la soirée, la lecture, trop scolaire, n’est pas à la hauteur de ce qu’on peut attendre de ces grands comédiens. Cette première partie est toutefois rehaussée par la projection régulière d’images d’archives de Tadeusz Kantor, principalement filmées à Avignon. L’artiste est ainsi directement convoqué, toujours rayonnant et actuel dans son propos, occupant la scène de sa présence, pour le plus grand plaisir du spectateur.

Virtuosités d’acteurs

Après l’entracte, nous est présentée la captation télévisée enregistrée au Théâtre de Chaillot en 1989 du spectacle le plus emblématique de Tadeusz Kantor, la Classe morte. À travers une succession de saynètes brillamment composées, les adultes de cette classe nous entraînent dans un voyage kaléidoscopique où se confondent les évènements aussi bien personnels qu’historiques qui ont marqué le dramaturge. C’est ainsi que l’évocation de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo et le passé habsbourgeois de sa Pologne natale alternent avec des saillies, aussi drôles que grinçantes, contre l’ordre établi et les conventions sociales. Tous ces thèmes, chers à l’auteur, s’incarnent dans un jeu d’acteurs extrêmement dynamique. Chacun change successivement de rôle, dans une incessante et exubérante métamorphose. Le spectateur est conduit dans une ronde tour à tour cocasse ou funèbre, dolente ou endiablée, qui s’apparente à la vie réelle. On ne peut qu’être admiratif devant le jeu exceptionnel des acteurs, l’exactitude avec laquelle ils composent la multiplicité des personnages et des situations, et l’exécution d’ensemble, infiniment précise et rigoureuse. L’incroyable plasticité des comédiens illustre l’exigence extrême de Tadeusz Kantor, ce démiurge de la scène, qu’il concevait comme le creuset et la symbiose de tous les arts. Cette soirée diverse, animée et inspirée constitue un hommage mérité à ce grand artiste. Chapeau bas. 

Ulysse Di Gregorio


Hommage à Tadeusz Kantor

Avec Jean-Pierre Thibaudat, Marie-Thérèse Vido-Rzewuska, Marcel Bozonnet, Ariel Garcia Valdès et Micha Lescot

Odéon-Théâtre de l’Europe • place de l’Odéon • 75004 Paris

Réservation : 01 44 85 40 40

Site du théâtre : www.theatre-odeon.eu

Le 13 avril 2015 à 19 h 30

Durée : 3 h 30

Tarif : 6 €

Photo de Tadeusz Kantor : © Caroline Rose