« Incredibily incroyable », de et par Bertrand Bossard, Théâtre Jacques‑Cœur à Lattes

Bertrand Bossard © T. Sarda

Bertrand Bossard mérite une « standing ovation »

Par Marie-Christine Harant
Les Trois Coups

Touche-à-tout de talent, Bertrand Bossard a joué avec les plus grands metteurs en scène actuels : Frédéric Fisbach, Stanislas Nordey, Jean‑Yves Ruf ou Jean‑Pierre Vincent. Ce comédien sérieux, a franchi la Manche pour se révéler sous son vrai jour : auteur et comique. Et c’est dans la langue de Shakespeare, mais sans l’impeccable accent d’Oxford, qu’il écrit joue et met en scène « Incredibily incroyable », son premier one-man-show. Ce spectacle délirant tourne en ce moment dans les petites villes de l’Hérault. Merci au Théâtre de Sète et à Sortie ouest, partenaires du Théâtre Jacques-Cœur à Lattes, où nous l’avons vu. Un régal.

Une sonnerie, et l’obscurité se fait sur le plateau vide et les pendrillons. Au fond apparaît une silhouette noire, d’où émerge un visage encadré de cheveux bruns, sourire aux lèvres. Bertrand Brossard explique qu’il va jouer seul sur scène ce qu’en français on appelle un one-man-show et qui se traduit peu ou prou en anglais par stand-up comedy. « En français, je ne fais pas rire, alors je vais jouer en anglais, et vous devrez le supporter pendant une heure », s’excuse le comédien. La langue anglaise devient une alliée, une source de distanciation. Incroyable mais vrai, le public comprend tout ou presque. Il est vrai que l’accent du comédien n’est pas dès plus oxfordiens, du moins au début, et que le vocabulaire n’est guère recherché. Bertrand Bossard utilise une langue basique, la version originale de celle employée par Ionesco dans la Cantatrice chauve. Par ailleurs, les noms propres qui émaillent le show (Dallas, Nicolas II, Camilla) ne se traduisent pas ou sont universellement compréhensibles, comme Wall Street, football, God…

Dieu, my God, Bertrand Brossard l’a rencontré. Il nous raconte, au début de son show, comment God s’est assis à sa gauche dans sa voiture pour lui confier une mission, apprendre aux hommes à partager. Un prétexte pour évoquer le communisme et le Christ, grands propagateurs du partage devant l’Éternel. Bruitages et mimiques explicitent clairement la situation. L’artiste crée un langage universel. Un mélange de Mr Bean, de Chaplin et de Fellag. Un mime Marceau qui ne serait pas privé de la parole, voyez. Ainsi, il compose une soixantaine de personnages, sans compter un bestiaire. En rappel, Bertrand Brossard se métamorphose en grenouille tentant de cacher ses cuisses pour échapper à la casserole d’un chasseur français. Irrésistiblement drôle.

Incredibily incroyable entraîne le public dans un univers impitoyable. Bertrand Brossard n’épargne personne. Son cynisme pourrait faire grincer des dents, mais enveloppé d’humour, il nous fait gober toutes les couleuvres. Par exemple, le dialogue entre Dieu et le Christ en croix passe aussi bien que celui entre J. R. et Sue Helen ou l’invraisemblable résumé de la guerre froide par un coq américain et un coq russe. Le public est plongé dans un imaginaire comique proche du nonsense cher aux Monty Python. Le spectacle repose, non sur les jeux de mots, mais sur le comique de situation qui caractérise les stand-up comedys. Mais, à la différence des showmen anglais, Bertrand Bossard, tout en souplesse et en agilité, occupe entièrement la scène. C’est en cela qu’il est vraiment incroyable. Son passé de comédien de théâtre transcende le genre. Voilà pourquoi Incredibily incroyable n’est pas un simple one-man-show et qu’il mérite une standing ovation

Marie-Christine Harant


Incredibily incroyable, de et par Bertrand Bossard

Cie des Petites-Heures • 11, passage Sainte-Avoye • 75003 Paris

01 42 71 86 17

Cie.petites.heures@wanadoo.fr

Mise en scène : Bertrand Bossard

Avec : Bertrand Bossard

Photo : © T. Sarda

Théâtre Jacques-Cœur • mas d’Encivade • 1050, avenue Léonard-de-Vinci • 34970 Lattes

Réservations : 04 99 52 95 00

Le 9 octobre 2009 à 21 heures

Durée : 1 h 10

14 € | 11 €