« Jacques Lecoq, un point fixe en mouvement », de Patrick Lecoq, Actes Sud

Jacques Lecocq © Patrick Lecocq Jacques Lecocq © Patrick Lecocq

Portrait d’un homme en perpétuel mouvement

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Actes Sud publie « Jacques Lecoq, un point fixe en mouvement », de Patrick Lecoq, un très bel ouvrage qui retrace la vie et la carrière du pédagogue au travers de photos, dessins et notes de travail.

Grâce à ce large choix de documents, ce livre propose un voyage dans l’univers de cet artiste qui n’a jamais cessé de questionner le corps et l’art : « Ça gigote et se trémousse, ça s’agite et se secoue, ça se dandine et se tortille, ça se balance et ça sautille, ça frétille et ça galipette, ça gesticule et ça remue, mais… ça ne bouge pas ! » écrit‑il.

Comédien, metteur en scène, mime, Jacques Lecoq est en effet, aussi, l’un des pédagogues les plus influents de la deuxième moitié du xxe siècle (1921-1999). D’abord professeur d’éducation physique, fasciné par le mouvement, il a révolutionné le rapport au corps, la pantomime et le travail du masque. Il a fondé son école en 1956 et le Laboratoire d’étude du mouvement en 1977. De grands artistes de notre époque ont figuré parmi ses étudiants : Ariane Mnouchkine, Luc Bondy, Christoph Marthaler, Simon McBurney, Alain Gautré, Steven Berkof, Philippe Avron, Yasmina Reza, pour ne citer qu’eux.

Pourtant, on sait peu de choses sur lui. À l’occasion des 60 ans de l’École internationale de théâtre Jacques-Lecoq, son fils aîné a donc réuni, dans ce beau livre, dessins, notes et conversations, affiches et photos. Autant de documents précieux, tirés des archives personnelles, qui livrent un portrait complet de cet homme en perpétuel mouvement.

40 ans d’école !

Simultanément, Actes Sud réédite le Corps poétique, dans la collection « Le temps du théâtre », l’essai dans lequel Jacques Lecoq analyse son enseignement, une leçon de théâtre en collaboration avec Jean‑Gabriel Carasso et Jean‑Claude Lallias. Un point fixe en mouvement apparaît comme un complément documentaire ludique. En effet, on y découvre les nombreux dessins humoristiques qu’il pratiquait à côté de ses activités théâtrales – aspect méconnu jusque‑là – et des confidences inédites. C’est un Jacques Lecoq plus secret qui se dévoile ainsi, fin observateur de l’absurdité du quotidien.

Toute ma vie, j’ai classé les gestes, il en manquait toujours un. C’est à la poursuite de ce geste que je passe mon temps, espérant ne jamais le trouver. Il faut laisser au mouvement le mouvement.

La structure de cet ouvrage est chronologique, ce qui permet de voir comment sa personnalité se révèle, de 1941 à 1948. Dans le sillage de « Travail et Culture », Jacques Lecoq va multiplier les rencontres et saisir de belles opportunités. Car, après ses débuts avec Jean Dasté et les comédiens de Grenoble, le voilà en train de créer l’école du Piccolo Teatro à Milan, avec Strehler ; puis la sienne, rue du Bac, jusqu’à l’étape ultime du Centrale à Paris, où se trouve toujours l’École Lecoq aujourd’hui, rue du Faubourg-Saint-Denis, laquelle est dirigée par sa fille.

Parallèlement à diverses collaborations (notamment auprès de Dario Fo), il aborde le cinéma et la télévision. Sa route croise celle de la compagnie Jacques‑Fabbri, de Jean Vilar au temps du T.N.P., du Théâtre de la Ville de Jean Mercure. Il crée aussi sa propre compagnie.

« Beau livre » vraiment beau

Notes de travail, impressions de voyage, affirmation de ses principes pédagogiques… Jacques Lecoq résume : « Toute ma vie, j’ai classé les gestes, il en manquait toujours un. C’est à la poursuite de ce geste que je passe mon temps, espérant ne jamais le trouver. Il faut laisser au mouvement le mouvement ».

Comme toujours, les ouvrages d’Actes Sud sont réalisés avec soin, jusque dans le moindre détail. Les illustrations (près de 300) sont en quadri. Inclus en tiré à part, le fac-similé d’un carnet de dessins sous le titre J’ai connu. Un condensé de la philosophie et de l’humour du bonhomme : « Le trait est simple et immédiatement lisible. Il va à l’essentiel. “Essentialisation” est un concept que mon père inventa et dont il usa beaucoup. J’ai tenté de m’en inspirer », précise Patrick Lecoq, dans l’avant-propos.

Si ce sont surtout les grandes qualités de graphiste, dessinateur et peintre qui ressortent, on peut aussi mieux comprendre pourquoi Jacques Lecoq a marqué des générations de personnes venues du monde entier assister à ses cours. Car son enseignement s’est exporté dans de nombreux pays http://www.ecole-jacqueslecoq.com/fr/eleves-dans-le-monde_fr-000006.html

Léna Martinelli


Jacques Lecoq, un point fixe en mouvement, de Patrick Lecoq

Actes Sud-Papiers, 2016

280 pages, 300 illustrations en quadri, ouvrage relié avec un tiré à part

Format : 19,6 × 25,5 cm

35 euros

I.S.B.N. : 978-2-330-06615-4

Une vidéo mêlant documents d’archives et interviews est disponible :

https://www.youtube.com/watch?v=RrzNKu_VU2o

Photos :

  • Recherche sur le sommeil, dessins humoristiques de Jacques Lecoq
  • Jacques Lecoq devant le Théâtre de la Ville © Patrick Lecoq
  • Jacques Lecoq et le masque neutre d’Amleto Sartori © D.R.
  • L’analyse du mouvement du passeur, planche contact Jacques Lecoq © Liliane de Kermadec
  • Dessins de Jacques Lecoq © D.R.