Jazz sous les pommiers 2015, à Coutances, nº 1

Didier Lockwood Trio © Jean-François Picaut

Sur les ailes du swing

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Cette année, Jazz sous les pommiers à Coutances (Manche), pont du 8 mai oblige, compte une journée supplémentaire. Les organisateurs ont eu raison de confier la soirée inaugurale au trio de Didier Lockwood.

L’affiche était alléchante avec ces deux monstres sacrés que sont Didier Lockwood (violon) et Biréli Lagrène (guitare) plus un troisième larron très sérieux, Darryl Hall (contrebasse). Et, pour y mettre un peu de piment, on y avait adjoint la jeune et brillante Fiona Monbet (violon). Le public ne s’y est pas trompé et la salle Marcel-Hélie était comble.

Le trio a commencé les festivités par une composition de Biréli Lagrène, Place du tertre. D’entrée de jeu, la barre est située très haut : la virtuosité le dispute à l’émotion chez Lagrène et Lockwood, tandis que Hall assure le rythme sans faiblir. On poursuit avec une pièce plus légère, que Lockwood prétend composée dans le train pour Coutances ! Il hésite, dit-il, pour le titre entre Cake ou Quark, avec une préférence pour le second… L’introduction de Lockwood est aussi véloce que flamboyante, le solo de Darryl Hall brille par sa rapidité, qui n’exclut pas un profond sens mélodique.

On revient à un classique avec Over the Rainbow, d’après le Magicien d’Oz. Le violon me paraît abuser un peu de la réverbération. Biréli, lui, signe une improvisation d’une grande délicatesse, alors que Lockwood l’imite à l’archet et en pizzicato. Suit une autre composition récente (censément écrite dans le train aussi, il est vrai que le trajet est long !) au titre très original : Good Morning Ladies and… ! Cela commence comme une ballade insouciante sur une mélodie légère qui peu à peu devient élégiaque sans que le rythme perde de son alacrité. Un standard termine cette première partie, Minor Swing. Le trio l’attaque en tutti avant de laisser la place à un solo de Biréli Lagrène étourdissant de virtuosité, tandis que Lockwood marque le rythme en frappant de ses doigts sur son chevalet avant son propre solo, virtuose, évidemment.

Sourire et concentration

C’est le moment d’accueillir l’invitée, Fiona Monbet (26 ans), découverte par Lockwood dans un stage quand elle n’en avait pas encore dix. La haute silhouette avance d’un pas décidé. On attaque par Tiger Rag, sur des arrangements de Stéphane Grappelli, d’abord les deux violons puis en trio sans Lockwood. C’est un festival de dextérité et de musicalité. Fiona Monbet affiche un beau sourire, mais la fixité du regard, sauf quelques éclairs de malice, traduit l’intensité de la concentration.

On aura remarqué ensuite une ballade sur laquelle Lagrène et Lockwood étendent et distendent le temps jusqu’à frôler la rupture. Fiona Monbet garde un tempo plus classique, mais quel sens de la mélodie ! En matière de virtuosité extrême, elle s’illustrera dans Pent up House de Sonny Rollins.

Et l’on poursuit ainsi pendant quelques morceaux, occasions de joutes magnifiques qui n’excluent pas l’humour. Le public est aux anges et offre aux artistes une longue ovation debout. Mais un concert de Didier Lockwood ne saurait s’achever sans rappels et sans qu’il ne descende au milieu des spectateurs. Ce soir ne fera pas exception, portant à l’incandescence la ferveur de la salle. 

Jean-François Picaut


Didier Lockwood Trio invite Fiona Monbet

Avec : Didier Lockwood (violon), Biréli Lagrène (guitare), Darryl Hall (contrebasse) et Fiona Monbet (violon)

Photo de Fiona Monbet et Didier Lockwood : © Jean‑François Picaut

Jazz sous les pommiers, à Coutances (Manche)

34e édition

Du 8 au 16 mai 2015

www.jazzsouslespommiers.com

Renseignements : 02 33 76 78 50

Billetterie : 02 33 76 78 68