« Jean-Jacques Rousseau », d’après un montage de textes de Jean-Jacques Rousseau, Théâtre 71 à Malakoff

Jean-Jacques Rousseau © Michel Cavalca

Loin d’être abouti

Par Maja Saraczyńska
Les Trois Coups

« Jean-Jacques Rousseau » est un montage de plusieurs textes, conçu en 1978 par Bernard Chartreux et Jean Jourdheuil en vue d’une mise en scène au Petit Odéon. Trente ans après la performance acclamée de Gérard Desarthe, c’est à Marief Guittier de reprendre le flambeau de l’action. Mais ce nouveau pari est loin d’être gagné…

Certes, le dispositif scénique est fort intéressant. Mais c’est celui-ci, hélas, qui offre le plus grand intérêt de cette création ! Les spectateurs sont réunis tout autour du petit espace intime de jeu, installés dans des canapés d’époque et amenés – selon la volonté du metteur en scène – à assister à une journée d’été à la campagne en compagnie de Jean‑Jacques Rousseau.

Un personnage palpable, humain, intime : tel se dessine Rousseau sous nos yeux, grâce à la performance physique de la comédienne. Corporellement, Marief Guittier est entièrement convaincante : très juste dans ses déplacements et sa gestuelle, toujours proche du spectateur, qui est invité à son tour à entrer dans le jeu. Néanmoins, la difficulté de ce projet consiste inévitablement à rendre théâtral un texte qui ne l’est pas au départ. Et là, confronté à ce pari risqué, Michel Raskine n’échappe pas à une théâtralisation excessive.

Chaque réplique est surjouée, déclamée, trop enfiévrée, trop théâtrale (dans le mauvais sens du terme !). À cette présence horripilante de Jean‑Jacques (Marief Guittier) répond la présence simple, discrète et naturelle de la gouvernante (Bertrand Fayolle). Dommage que la piste de ce contraste étonnant et humoristique n’ait pas été exploitée jusqu’au bout. L’action réelle, profonde, cède sa place légitime à une illustration gestuelle qui accompagne le discours-monologue récité et dépourvu d’une véritable force scénique. Force d’autant plus amoindrie que le recours à des accessoires superflus (fleurs, livres et même le buste de Molière…) ne sert qu’à matérialiser et visualiser des propos. À cela s’ajoutent des effets faciles, me semble-t-il déplacés : des clins d’œil à l’époque contemporaine (vêtements actuels, sandwichs, canettes de Coca…), ayant comme unique utilité de réveiller et d’attirer l’attention des spectateurs assoupis sur leur canapé.

Le montage de textes – drôle, touchant et didactique à la fois –, présentant un Rousseau intime, dans ses rapports aux autres et au théâtre, offre un vrai intérêt littéraire. Malheureusement, la version scénique n’est pas à sa hauteur : assourdissante pour ceux qui s’attendent à écouter de beaux textes de Rousseau, sans grand intérêt pour ceux qui aspirent à voir du théâtre. Car le projet est loin d’être abouti. On dirait plutôt un spectacle d’appoint, réalisé hâtivement avec des comédiens de la compagnie du Point-du-Jour, délaissés au profit de la création Juste la fin du monde d’après Lagarce, que Raskine préparait simultanément à la Comédie-Française *.

Cette fois-ci, la magie n’opère pas. Confronté à une illusion à peine esquissée, à une théâtralité dénoncée à moitié, à une déclamation monotone, le spectateur finit par s’ennuyer, isolé sur son canapé, au lieu de partager l’existence théâtrale de Rousseau. 

Maja Saraczyńska

* Joué à partir du 26 octobre 2009.


Jean-Jacques Rousseau, d’après Rêveries du promeneur solitaire, Confessions et la Lettre à d’Alembert, montage de textes de Jean‑Jacques Rousseau conçu par Bernard Chartreux et Jean Jourdheuil

Théâtre du Point-du-Jour • 7, rue des Acqueducs • 69005 Lyon

www.lepointdujour.fr

contact@lepointdujour.fr

Mise en scène : Michel Raskine

Avec : Marief Guittier, Bertrand Fayolle

Régie générale : Martial Jacquemet

Son : Laurent Lechenault

Costumes : Josy Lopez

Lumières : Thierry Pertière

Assistant : Olivier Rey

Griottes : Nathalie Sauvet

Photo : © Michel Cavalca

Théâtre 71 • 3, place du 11-Novembre • 92240 Malakoff

www.theatre71.com

Réservations : 01 55 48 91 00

Du 29 septembre au 17 octobre 2009 à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h 30, dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 10

23 € | 16 € | 13 € | 11 € | 9 €

Tournée 2009 :

  • Du 20 au 24 octobre 2009 au Bateau-Feu à Dunkerque
  • Du 18 au 20 novembre 2009 au théâtre Sortie ouest à Béziers