« La Machine de Turing », de Benoît Solès, Théâtre Michel à Paris

Machine-de-Turing-Benoit-soles © Fabienne Rappeneau

Une machine merveilleusement bien huilée

Par Maxime Grandgeorge
Les Trois Coups

Benoît Solès redonne vie, sur la scène du Théâtre Michel, au célèbre mathématicien britannique Alan Turing, dans une pièce enjouée, inventive et irrésistible.

Quel destin hors-du-commun que celui d’Alan Turing ! Mathématicien et cryptologue brillant, il est l’inventeur d’une machine pensante qui est le premier ancêtre de l’ordinateur. Loin d’être un simple gadget technologique, la machine de Turing permit de briser le code de l’Enigma – la machine que les Nazis utilisaient pour crypter leurs messages –, contribuant ainsi à la victoire des alliés lors de la Seconde Guerre mondiale, selon les dires de Sir Winston Churchill lui-même. Mais Turing ne put jamais réellement profiter de sa fabuleuse découverte et resta un héros anonyme toute sa vie. Contraint au silence par les services secrets britanniques, puis condamné pour homosexualité, il finit par se suicider en croquant une pomme empoisonnée. C’est cette vie incroyable que Benoît Solès raconte avec passion.

Le spectacle, qui prend la forme d’un récit autobiographique, retrace sous forme de flashbacks les grandes étapes de la vie du mathématicien. L’auteur nous entraîne tour à tour dans les couloirs du King’s College de Cambridge, dans le manoir de Bletchley Park (où les meilleurs casseurs de codes britanniques tentaient de comprendre le fonctionnement de l’Enigma), ou encore dans les rues mal famées de Manchester (Turing y rencontra un amant). Le texte est parfaitement rythmé, ménageant au sein du tourbillon intellectuel que fut la vie de Turing, quelques passages intimes propices à la confidence.

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© Fabienne Rappeneau

Un personnage fascinant et attachant

La mise en scène, signée Tristan Petitgirard, parvient à donner à voir cette extraordinaire aventure et ce, avec relativement peu de moyens. Les scènes s’enchaînent à un rythme frénétique pendant une heure et demie, sans pause ni temps mort. Le décor minimaliste – un bureau, un tableau noir, des chaises, une bicyclette et un banc – fournit suffisamment d’éléments pour visualiser les différents lieux de l’histoire, tout en laissant au spectateur la possibilité d’inventer le reste du décor. Des vidéos projetées sur la bibliothèque au fond de la scène finissent de nous plonger au cœur du cerveau de Turing, où ne cessent de défiler des codes et des équations.

On ne saurait expliquer le succès de la Machine de Turing sans prendre en compte la performance de ses deux acteurs. Benoît Solès, absolument fantastique en Alan Turing, interprète un homme brillant et timide, charmant et enfantin, à la limite de l’autisme. Il bégaie, sourit en permanence, se ronge les ongles et rit comme un âne. Ce personnage, auquel l’acteur confère une humanité irrésistible, fait songer à Dustin Hoffman dans Rain Man ou Tom Hanks dans Forrest Gump. Quant à Amaury De Crayencour, il ne cesse de changer de costumes et de rôles, incarnant tour à tour un sergent de police suspicieux, un collègue prétentieux et un amant bourru, toujours de manière convaincante et avec une bonne dose d’humour.

Décidément, cette pièce passionnante, intelligente et émouvante nous a ravi. 

Maxime Grandgeorge


La Machine de Turing, de Benoît Solès

Mise en scène : Tristan Petitgirard

Avec : Benoît Solès et Amaury De Crayencour

Assistante mise en scène : Anne Plantey

Décor : Olivier Prost

Costumes : Virginie H

Lumières : Denis Schlepp

Musique : Romain Trouillet

Vidéo : Mathias Delfau

Durée : 1 h 25 environ

Théâtre Michel • 38, rue des Mathurins • 75008 Paris

Jusqu’au 27 avril 2019, du mardi au samedi à 21 heures, matinée le samedi à 16 h 30 et le dimanche à 16 heures.

De 30 € à 44 €

Réservations : 01 42 65 35 02

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