« la Mélancolie des dragons », de Philippe Quesne, Théâtre auditorium de Poitiers

la Mélancolie des dragons © Pierre Grobois

Étrange attraction

Par Claire Tessier
Les Trois Coups

Après « l’Effet de Serge », Philippe Quesne continue de représenter les doux rêveurs et leur conception du spectacle. Dans « la Mélancolie des dragons », l’auteur déploie tous ses talents de plasticien pour nous en mettre plein les yeux.

Au milieu d’une forêt, six personnages que l’on pourrait croire tout juste sortis d’un concert d’AC/DC sont entassés dans une vieille Citroën AX, qui traîne une remorque plus grosse qu’elle. Ils ont un chien aussi, et Hermès (le chien) est à leur image. Ce n’est pas un bas-rouge de punk, ni un pitbull de rappeur, c’est un genre de labrador pépère, gros nounours affectueux au possible. Ils sont en panne, la tête de Delco est morte ! Pas de pièce de rechange disponible avant une semaine. Isabelle (étonnante Isabelle Angotti), petite dame affable et garagiste, vient à leur rencontre. Progressivement, ils vont dévoiler à cette unique visiteuse leur création : un parc d’attractions particulier.

L’Effet de Serge et la Mélancolie des dragons ont été programmés au Théâtre auditorium de Poitiers l’un à la suite de l’autre. Impossible de ne pas faire de lien entre ces deux pièces, car elles interrogent l’une et l’autre la construction du spectaculaire. « Qu’est-ce que le spectacle ? » Peut-être est-ce juste un peu de lumière, de musique et de vent. Quelque chose qui reposerait uniquement sur l’intention. Comme s’il suffisait de dire : « Attention, mesdames et messieurs ! » pour que cela prenne forme. À cet égard, le scénographe parvient à créer de véritables tableaux avec des bâches et des ventilateurs. Dès lors, la formation en arts plastiques de Philippe Quesne prend toute sa dimension, car le résultat est là : c’est beau et simple.

Le jeu des comédiens est complètement en harmonie avec cette mise en scène. Ils réussissent le pari d’être très présents et vivants sans utiliser les codes usuels du théâtre. Le ton des voix est très doux, il arrive même que les spectateurs n’entendent pas ce qu’ils se disent. Ils vivent sans nous. Ils arpentent la scène très calmement. Pourtant, leur jeu n’est pas ennuyeux pour un sou. Leur ingénuité est souvent drôle. Et le rire se lâche franchement comme lorsque deux des comédiens entonnent à la guitare sèche et flûte à bec le célébrissime Still Loving You de Scorpions ! Le décalage entre leur image de rockers bourrus et leur caractère bienveillant est efficace.

La pièce de Philippe Quesne est comme le « parc d’attractions Antonin-Artaud » (c’est le nom que les personnages ont donné à leur entreprise onirique). La poésie qui s’en dégage tient certainement à la recherche d’une grande esthétique scénographique, à la douceur et l’humanité des personnages et à une imagination très fertile, qui s’exprime dans les attractions de ce parc improbable. C’est au bout du compte une heure un quart où l’on exprime successivement de la curiosité puis des sourires, pour finir sur un « Oh, que c’est beau ! » comme un bouquet final. 

Claire Tessier


la Mélancolie des dragons, de Philippe Quesne

Cie du Vivarium Studio • 66, rue des Cascades • 75020 Paris

contact@vivariumstudio.net

www.vivariumstudio.net

Mise en scène : Philippe Quesne, Vivarium Studio

Avec : Isabelle Angotti, Zinn Atmane, Rodolphe Auté et Hermès, Cyril Gomez‑Mathieu, Émilien Tessier, Tristan Varlot, Gaëtan Vourc’h

Photo : © Pierre Grobois

Administration-production : Anaïs Rebelle

Théâtre auditorium de Poitiers • 6, rue de la Marne • 86000 Poitiers

Infos-réservations : 05 49 39 29 29

accueilpublic@letheatre-poitiers.com

Durée : 1 h 15

4 et 5 février 2010

24 € à 9 €