« la Solitude d’un acteur de peep‐show avant son entrée en scène », de Paul Van Mulder, centre Wallonie‐Bruxelles à Paris

la Solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène © Joanna Van Mulder

La vie en noir

Par Claire Néel
Les Trois Coups

Depuis le 12 novembre 2008 et jusqu’au 13 décembre 2008, le centre Wallonie-Bruxelles à Paris présente la quatorzième édition de son festival Théâtre en Cies. Les thèmes, cette année, sont le combat des préjugés, la précarité et la solitude humaine dans notre société. « La Solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène » illustre le second thème, un sujet inépuisable traité ici dans un rapport brutal.

C’est un monologue, écrit et interprété par Paul Van Mulder. Un homme nous parle, il est acteur de peep-show, mais il aurait aussi bien pu se retrouver serveur, il a trouvé ce job presque par hasard. Un homme seul, comme tout un chacun, mal dans sa peau et dans sa vie, avec la sensation de faire du surplace dans un monde qui avance beaucoup trop vite. Il donne toujours le meilleur de lui-même, dans son boulot ou dans les rares relations qu’il entretient (qu’il ne fait que traverser) avec le genre humain. Il s’isole inexorablement, rendant de plus en plus rugueuse la difficulté qu’il a à se construire une vie. Il finit forcément par ne plus savoir que faire de son mal-être et l’évacue soudainement en irrésistibles rafales de violence.

Trouver la place qui nous irait comme un gant, douillette et confortable, n’est pas une chose facile dans notre société, certes. Les métiers précaires transforment la vie des gens qui les exercent en survie. La « vie » ainsi, comme une lutte au long cours, avec son lot d’humiliations, de non-reconnaissances, de solitudes et d’oublis de joie. Tout cela est révoltant, bien sûr, d’une tristesse insoutenable. Mais je crois que, quand on a une conscience aiguë de cela et qu’on veut la partager sur une scène de théâtre, on se doit de lui apporter sa propre lumière. Un regard qui bouleverserait plus les gens que celui de cette réalité sordide, que l’on vit, ou du moins que l’on sent, chaque jour. C’est ce que je reproche à se spectacle : pas assez de distance, un manque d’éclairage différent.

Tout est trop tragique, pathétique, à tel point qu’on en est parfois gêné pour le comédien, on a envie de lui dire de cesser cinq minutes, que ça ne sert à rien de se plonger dans des états pareils. Je ne remets pas en question sa sincérité ni la nécessité de traiter de la souffrance. Mais il me semble qu’un lieu comme le théâtre, terrain de création et de créativité, réclame un décalage avec le concret pour mieux le faire exister. Ouvrir des portes : poétiser le concret, le rendre drôle, plus rock’n’roll, plus monstrueusement violent encore, le transcender par tous les moyens, le dynamiser en tout cas. Et le public en est d’autant plus touché.

La mise en scène pose l’accent sur l’acteur. Le plateau est presque vide, toute la place est prise par la solitude du personnage. Il est là qui se confie, debout ou sur une chaise. Une ampoule se balance au bout d’un fil, sur le même rythme perpétuellement recommencé que celui des pas du protagoniste, embourbé, avec peu de luminosité. À la toute fin, le morceau d’Antony and the Johnsons, Hope There’s Someone, résonne très justement avec la pièce et fait se hérisser nos poils. « I need a place between lights and nowhere »… 

Claire Néel


la Solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène, de Paul Van Mulder

Mise en scène : Pascal Crochet

Avec : Paul Van Mulder

Régie : Julie Verdier

Photo : © Joanna Van Mulder

Production : Dune Productions

Centre Wallonie-Bruxelles • 46, rue Quincampoix • 75004 Paris

Réservations : 01 53 01 96 96

www.cwb.fr

Les 27, 28, 29 novembre 2008 à 20 heures

Durée : 1 h 15

10 € | 8 € | 5 €