« la Tragédie du Belge », de Sonia Bester, festival Mythos, l’Aire libre à Saint‑Jacques‐de‑la‑Lande

la Tragédie du Belge © D.R.

Histoire belge

Par Aurore Krol
Les Trois Coups

Comme une fête de fin d’année qui aurait été orchestrée par Alfred Jarry, « la Tragédie du Belge » marque de son empreinte décalée la programmation 2014 du festival Mythos. Un spectacle tout en distanciation et en rire, qui finit par développer son propre vocabulaire poétique.

Enfin une proposition théâtrale audacieuse, une pièce qui mérite sa mention d’inclassable ! La Tragédie du Belge, sur le plan esthétique, c’est nous à 8 ans avec nos cousins, quand on s’inventait des histoires dans nos chambres avec nos déguisements d’enfant et qu’on improvisait une représentation dans le salon. Un objet scénique tout de bric et de broc, qui serait au théâtre académique ce que la série Z est au 7e art. Bien sûr, il s’agit d’un effet, et l’on devine beaucoup de maîtrise derrière cette façade foutraque, ce refus du beau et du bien léché. On apprécie d’autant plus la teneur loufoque du spectacle, cette capacité à s’ouvrir à toutes les dérisions.

Que l’on ne s’y trompe pas, il s’agit bien d’une tragédie, et aussi intemporelle que banale. Un homme quitte une femme pour une autre, promesse de liberté illusoire, puis regrette ses chaînes et leur rassurant statut. La narration se contente de ces trois évènements phares que constituent la rupture, l’idylle, puis le retour de l’époux volage. Récit resserré jusqu’à l’os, réduisant les faits à un synopsis des plus stricts. Car le jeu textuel est ailleurs, dans une écriture scénique toujours au bord de l’absurde. Il s’épanouit hors du cadre prosaïque de l’intrigue et laisse la part belle aux images.

Ici, les personnages ne sont pas incarnés mais pris à bras-le-corps par des comédiens aux gestuelles presque clownesques. Des personnages qui sont davantage un matériau propice aux pitreries qu’un rôle précis auquel il serait possible de s’identifier. Les comédiens s’en échappent d’ailleurs allègrement en cours de représentation, se les échangeant à la manière d’enfants qui se lasseraient de leur jouet trop usé.

Savoureuse participation de Camille

À noter, à la direction musicale, la savoureuse participation de Camille qui apporte sa touche si personnelle à la mise en voix des chansons. Utilisant des mélodies traditionnelles françaises comme toile de fond aux paroles, l’artiste désarticule progressivement les moments chantés qui se superposent à l’intrigue, pour se détacher du sens et ne plus retenir que la texture vocale et ses effets de percussion et d’écho. L’ensemble du spectacle y gagne en ambiguïté et en devient encore moins identifiable.

La Tragédie du Belge est une œuvre pour antihéros, une catharsis moderne où l’effrayant serait d’avantage la banalité de nos douleurs domestiques que le tiraillement empli de noblesse des œuvres antiques.

Le chœur conclut en évoquant un épilogue pitoyable, en nous proposant d’en inventer un autre si ça ne nous convient pas, ou même un autre début s’il le faut. Ce second degré permanent est peut-être un hommage à l’essence même du théâtre, un moyen de souligner qu’il peut s’exercer dans le dénuement scénique le plus total, pour peu qu’on ait des rêves et de l’imagination. Une sorte d’ode à notre éternel besoin de mise en scène… 

Aurore Krol


la Tragédie du Belge, de Sonia Bester

Cie Madame Lune

www.madamelune.com

Mise en scène : Sonia Bester, Isabelle Antoine

Dramaturgie : Sonia Bester, Diane Bonnot et Isabelle Antoine

Avec : Diane Bonnot, Robin Causse, Ava Hervier, Géraldine Martineau et Angèle Micaux

Arrangements et direction musicale : Camille

Photo : © D.R.

L’Aire libre • 2, place Jules‑Vallès • 35136 Saint‑Jacques-de‑la‑Lande

www.festival-mythos.com

Courriel de réservation : billetterie@festival-mythos.com

Renseignements : 02 99 79 00 11

Du 16 avril 2014 au 18 avril 2014 à 19 heures

Durée : 1 heure

12 € | 10 €