« la Verità », de Daniele Finzi Pasca, Folies Bergère à Paris

« la Verità » © Compagnia Finzi Pasca

Et si la vie était un rêve ?

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Depuis sa création à Montréal, « la Verità » a été jouée plus de 200 fois à travers le monde (Uruguay, Brésil, Espagne, Colombie, Émirats arabes unis…). Après vingt dates exceptionnelles aux Folies Bergère, le spectacle poursuit sa tournée. Il ne faut pas rater ce fabuleux voyage dans l’univers de Dalí, une ode poétique à la vie et au pouvoir de l’imaginaire. Du nouveau cirque comme on aime !

Une tête de rhinocéros, des cornes de taureau, un cactus et des pissenlits géants… Inspirée par un des tulles que Salvador Dalí a peints dans les années 1940 à New York pour le ballet Tristan et Iseut, la Verità fait partie des spectacles tissés dans l’étoffe des songes. D’ailleurs, l’original de cette toile monumentale, pièce unique et rare, est utilisé sur scène, s’il vous plaît ! Des mains avec de très longs doigts, des ombres disproportionnées, des échelles suspendues dans le vide, des corps disloqués… Daniele Finzi Pasca et sa complice Julie Hamelin Finzi ont retenu l’idée du chaos d’où surgissent de drôles de créatures. Mais leurs acrobates vont nous emmener vers d’étranges contrées, plus personnelles.

Cette compagnie, basée en Suisse, comprend un laboratoire à Montréal, car le couple a collaboré avec les deux plus importants cirques du Québec : le Cirque du Soleil, pour Corteo (2005), et le Cirque Éloize pour la Trilogie du ciel (Nomade, Rain et Nebbia). Cela va les occuper durant dix ans tant ces spectacles auront de succès. Dans ce pays, ils ont trouvé des circassiens talentueux qui portent haut leurs couleurs, qui défendent avec brio leur style.

Julie et Daniele ont effectivement mis au point une technique du geste invisible et de l’état de légèreté au nom expressif : « théâtre de la caresse ». Au fil des années, ils ont conçu une philosophie d’entraînement au service d’une esthétique particulière, une façon d’habiter l’espace et d’accéder à la mémoire non dénuée de nostalgie.

Poésie et raffinement

Cette patte et cette palette aussi, on les retrouve dans ce spectacle : le rouge sang, le blanc, le bleu du manteau de la Vierge Marie dont s’est inspiré Dalí perdent parfois de leur éclat pour mieux exprimer angoisses et turpitudes. D’emblée, la toile en impose évidemment sur scène, mais elle diffuse, ensuite, des teintes tantôt douces, tantôt lumineuses.

Les numéros s’enchaînent d’abord laborieusement, comme si le récit prenait vie dans un vaudeville décadent. Les artistes s’aventurent en territoire miné, avec plumes et paillettes à gogo. Entre chaque séquence, un couple de clowns tente de restituer l’esprit loufoque de Dalí. Empêtrés dans cette si pesante réalité où il est question d’une abracadabrante histoire de vente aux enchères, les artistes semblent pris au piège de l’hommage posthume. Parti pris finalement convaincant puisque ces derniers maîtrisent, eux aussi, l’art de la pirouette. En effet, après cette première partie à haut risque, il est fait place enfin au vrai surréalisme. Et si l’abstraction était la bonne voie ? Celle qui mène à la vérité. À moins que ce ne soit la liberté qui permette d’accéder au génie de la création…

La seconde partie confine alors à la perfection : bon rythme, humour bien dosé, images sublimes, onirisme savamment distillé. Entre rêve et réalité, la lumière sculpte les corps, réinvente le rapport à l’autre. Le langage des acrobates réveille notre inconscient, nous laisse entrevoir des paysages merveilleux. Et pour chaque tableau, une musique à la saveur classique ou folklorique.

Bravo aux concepteurs de ces machines scéniques ingénieuses qui contribuent aussi à renouveler les genres. Car il ne faut pas l’oublier, il s’agit bel et bien de cirque où trapèze, jonglage, contorsion, cerceau, diabolo, clown ont tous leur place. Que de prouesses dans ces numéros qui allient puissance et légèreté. Des acrobaties à la danse, en passant par le chant et la comédie, ils savent vraiment tout faire ! 

Léna Martinelli


la Verità, de Daniele Finzi Pasca

Cie Finzi Pasca • viale Cassarate 4 • 6900 Lugano • Suisse

Tél. 41 91 923 28 50

Site : www.finzipasca.com

Mise en scène : Daniele Finzi Pasca

Coconception des éclairages et des chorégraphies : Daniele Finzi Pasca

Directrice de création, productrice et participation à l’écriture : Julie Hamelin Finzi

Avec : Moira Albertalli, Jean-Philippe Cuerrier, Annie-Kim Déry, Stéphane Genplini, Andrée‑Anne Gingras-Roy, Catherine Girard, Évelyne Laforest, Francesco Lanciotti, David Menes, Marco Paoletti, Félix Salas, Beatriz Sayad, Rolando Tarquini

Musique, coconception des chorégraphies et conception sonore : Maria Bonzanigo

Conception de la scénographie et des accessoires : Hugo Gargiulo

Production déléguée et consultation artistique : Antonio Vergamini

Lumières : Dominique Bruguière

Son : Xavier Jacquot

Costumes : Giovanna Buzzi

Coconception de l’éclairage : Alexis Bowles

Conception vidéo : Roberto Vitalini pour bashiba.com

Assistante à la mise en scène : Geneviève Dupéré

Conception des maquillages et coiffure : Chiqui Barbé

Consultant artistique : Fabrizio Arigoni

Documentaliste : Facundo Ponce de Leon

Création de sculptures choréographiques : Toni Vighetto

Conceptrice du Carré : Mariève Hémond

Concepteur de la roue Cyr : Daniel Cyr

Directrice de tournée et régisseur : Allegra Spernanzoni

Directeur technique et machiniste : Dave Bourdages

Chef gréeur : Jens Leclerc

Chef sonorisateur et vidéo : Maxime Lambert

Chef éclairagiste : Benoît Dubord

Photo : © Cia Finzi Pasca

Les Folies Bergère • 32, rue Richer • 75009 Paris

Réservations : 08 92 68 16 50 (no surtaxé)

Site du théâtre : www.foliesbergere.com

Du 10 juin au 5 juillet 2015, du mercredi au samedi à 20 heures et le dimanche à 16 heures

Durée : environ 2 heures avec entracte

69 € | 38 € | 25 € | 19 €

Tournée :

  • Du 12 au 20 septembre 2015 : lac de Lugano (Suisse)
  • Du 25 au 27 septembre 2015 : Théâtre du Crochetan à Monthey (Suisse)
  • Du 2 au 3 octobre 2015 : W.-Hall Auditorium à Woluwe (Belgique)

https://www.youtube.com/watch?v=efL1ktfKY0U