« La vie va où… », de Michèle Guigon, le Petit Louvre à Avignon

La vie va où ? © Giovanni Cittadini Cesi La vie va où ? © Giovanni Cittadini Cesi

À mourir… de rire !

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Il y a des mots qui font peur, il y a des mots qui font mal comme mort, cancer. Seule en scène, Michèle Guigon ose les prononcer, les choisir même comme thème. Un joli spectacle, qui aide à accepter la mort pour mieux apprécier la vie. Du cabaret subtilement drôle, dont on sort avec une pêche d’enfer.

« Vous préférez chimio ou ablation du sein ? » « Euh… C’est plutôt le terme “préférez” qui me dérange. » Michèle Guigon sort de la maladie. C’est pourquoi, elle peut se permettre d’en rire. Mais, en fait, dans La vie va où ?, elle nous livre son regard sur… la vie. Un regard personnel et bienveillant.

« Ses parents voulaient qu’elle fasse médecine. Elle a fait malade, avec toutes les options possibles : dépression, cancer, etc. » Surtout, Michèle Guigon a fait théâtre. Comédienne, metteuse en scène, elle a travaillé durant sept ans avec Jérôme Deschamps. Elle fonde ensuite sa compagnie, quand Alain Crombecque lui passe commande pour le Festival d’Avignon 1985. Depuis, elle a créé plusieurs spectacles, dont ce solo poético-humoristique avec intermèdes d’accordéon.

La vie va où ? tient davantage du cabaret que du one-man-show. La valse de la vie donne du baume au cœur. Et ses mots nous touchent. Ses chansons ponctuent ses réflexions bien plus profondes qu’elles n’y paraissent de prime abord. L’auteur manie les paradoxes non sans malice : « Il faut avoir la santé pour tomber malade ». Ses formules font mouche. Elle nous amuse et nous émeut. Elle nous interpelle, nous pose de nombreuses questions, car elle-même ne cesse de s’interroger sur le pourquoi du comment. Vous connaissiez, vous, la crise de 14-18, celle où l’on perd son insouciance, ou encore celle de 39-45, celle où l’on perd ses parents ?

« Vous préférez chimio ou ablation du sein ? »

Le sens de la vie et ses dérives, la relativité de l’être comme celle de la beauté sont autant de questions existentielles qui la taraudent. C’est intelligent et jubilatoire, car finalement Michèle Guigon nous aide à apprivoiser la mort. Et si la solution résidait dans cette faculté suprême à « apprendre à perdre » ? Le lâcher-prise, en somme. Mise à distance, la mort nous semble plus fréquentable. En revanche, la comédienne tient à plusieurs choses essentielles. La mémoire en fait partie. Elle nous livre donc une méthode imparable pour préserver celle-ci qui vaut à elle seule le détour.

Michèle Guigon joue avec les lettres, avec les mots, avec le public. Bien que le texte soit très écrit, l’actrice semble improviser. Avec grâce ! Ce petit bout de femme a gardé la fraîcheur de l’enfance. Elle a traversé de dures épreuves. Elle a survécu. Elle apprécie aujourd’hui la vie à sa juste valeur, c’est-à-dire infinie. Mais, en même temps que la pesanteur dont le quotidien peut parfois être chargé, elle est parvenue à se délester d’une certaine gravité. Elle a quelque chose de la jongleuse et du funambule.

Sur le fil. Oui, voilà ! Comme pour la vie, Michèle Guigon fait preuve d’un réel talent d’équilibriste. Et cela donne un spectacle à son image, à la fois grave et léger, où l’on rit de bon cœur. 

Léna Martinelli


La vie va où ?, de Michèle Guigon

Cie du P’tit-Matin

http://michele-guigon.com/

Contact : Marie‑Odile Chevignon • 06 74 49 61 86 • ptitmatin@orange.fr

Mise en scène et coécriture : Susy Firth

Avec : Michèle Guigon

Collaboration artistique : Anne Artigau

Chansons, musiques : Michèle Guigon

Lumières : Marie Vincent

Plateau : Bruno Arnould

Photo : © Giovanni Cittadini Cesi

Le Petit Louvre • salle Van‑Gogh • 23, rue Saint-Agricol • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 76 02 70

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 11 h 15

Durée : 1 h 15

15 € | 10 € | 5 €