« l’Arracheuse de temps », de Fred Pellerin, Théâtre du Rond‑Point à Paris

l’Arracheuse de temps © D.R.

Captivant et drôle

Par Olivier Pradel
Les Trois Coups

Quatrième spectacle de Fred Pellerin, « l’Arracheuse de temps » est présentée au Rond-Point avant une tournée en 2010 en France. Alliant contes et chansons, ce créateur de mots nous offre un ravissement de poésie et une tonifiante leçon de vie.

Une chaise et une guitare pour tout décor. Fred Pellerin ne s’embarrasse pas. Le jeune homme apparaît, fluet, avec cette touche de vulnérabilité qui le rend tout de suite attachant. Ses mots se bousculent, dans un débit ininterrompu de formules savoureuses, de créations tordantes, de détournements délicieux. Avec ce médaillé aux Jeux de la francophonie (en 2001, pour son premier spectacle Dans mon village, il y a Belle Lurette), jamais le français n’avait été une langue aussi vivante.

Pellerin nous vient de Québec, de Saint-Élie-de-Caxton plus exactement. Bercé tout jeune par les contes et potins que racontaient à la veillée les anciens, sa grand-mère Bernadette surtout, et son père, il est devenu à son tour « conteux ». Tout naturellement. Bien sûr, l’oreille hexagonale a besoin quelque peu de s’accoutumer, d’entrer dans la musique de ces mots qui nous viennent de la « Belle Province ». Bien sûr, tant d’empressement à dire explique quelques bafouillages ou digressions surprenantes. Mais Fred Pellerin se révèle dès les premiers instants captivant et drôle, dans une connivence évidente avec son public. Bien plus, après tant de détours nourris d’improvisations, tout détail se révèle au final important et trouve sa place. Il y a dans ce travail une grande maîtrise, cachée derrière beaucoup de simplicité.

Spectacle vivant, l’Arracheuse de temps change chaque soir, selon les réactions du public et l’humeur de l’artiste. Pellerin enlève telle digression, ajoute telle autre, ponctue sa narration d’une chanson (il faut bien souffler un peu). Dans ses « turluttes » traditionnelles, sa voix se révèle puissante, accompagnée à la guitare ou à l’harmonica, et rythmée par des pieds qui semblent danser tout seuls… Pellerin fait revivre ce que ses yeux d’enfants ont vu de Saint-Élie. Dans une langue chatoyante qui se joue des accords et des conjugaisons, il évoque l’ordinaire d’un village, avec Méo le coiffeur, Toussaint Brodeur, Riopel le forgeron ou encore la belle Lurette. Parfois, le fantastique y surgit, avec notamment cette inquiétante Stroop, marginale à la réputation de sorcière.

Ce passé est mythique, presque atemporel, fait d’histoires délirantes et poétiques. Plus encore, elles sont vivifiantes, car ce conteux-là est un passeur, le dépositaire d’une mémoire qu’il veut faire vivre. Ses mots et ses chansons transmettent un riche patrimoine, fait d’une langue et d’une histoire. C’est sur ce point que l’Arracheuse de temps est des plus intéressants. Derrière l’anecdotique et le poétique, Pellerin s’y révèle un résistant et un témoin. Résistant francophone face aux grignotages de l’anglais au Canada et dans le monde. Témoin aussi d’une nuée d’hommes et de femmes dont il se sent l’héritier. 

Olivier Pradel


l’Arracheuse de temps, de Fred Pellerin

Avec : Fred Pellerin

Son et direction technique : Steve Branchaud

Théâtre du Rond-Point • salle Tardieu • 2 bis, avenue Franklin‑D.‑Roosevelt • 75008 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21 ou 0892 701 603 ou www.theatredurondpoint.fr

Du 29 septembre au 31 octobre 2009 à 18 h 30, relâche les dimanche et lundi

Durée : 1 h 15

28 € | 24 € | 20 € | 16 € | 14 € | 10 €

Livre-C.D. publié chez Sarrazine Éditions

En tournée :

  • 17 mars 2010 au Théâtre de l’Hôtel-de-Ville de Saint-Barthélemy-d’Anjou (49)
  • 18 mars 2010 au T.A.P. de Poitiers (86)
  • 19 mars 2010 à l’Onyx de Saint-Herblain (44)
  • 20 mars 2010 au Carré des Jalles de Saint-Médard-en-Jalles (33)
  • 22 mars 2010 au centre culturel Jean-Gagnant de Limoges (87)
  • 23 mars 2010 au centre culturel Georges-Leygues de Villeneuve-sur‑Lot (47)
  • 24 mars 2010 à la Scène nationale d’Aubusson (23)
  • 25 mars 2010 au Sémaphore de Cébazat (63)
  • 26 mars 2010 à l’Embarcadère de Montceau-les-Mines (71)