« le Grand Cahier », d’Agota Kristof, Théâtre Jean-Arp à Clamart

le Grand Cahier © Claire Xavier le Grand Cahier © Claire Xavier

Laisser un peu tomber le mental…

Par Claire Néel
Les Trois Coups

Paula Giusti met en scène « le Grand Cahier » au Théâtre Jean‑Arp de Clamart. C’est le premier volet de la trilogie d’Agota Kristof racontant la vie de deux frères qui traversent la Seconde Guerre mondiale. Cette mise en scène apparaît trop conceptuelle.

Agota Kristof vivait en Hongrie, son pays d’origine, avant de fuir le régime soviétique vers la Suisse, où elle devient, petit à petit, francophone. Elle y est maintenant reconnue comme écrivain. Le Grand Cahier est un grand coup de vent et de gel. Il est cinglant d’humour, son ambiance est glacée. Un texte fort, vif, sec. Des jumeaux sont confiés à leur grand-mère, sorcière notoire, lorsque la guerre arrive. La guerre est dure, leur aïeule n’a rien de tendre. Ils apprennent à survivre et concluent qu’ils le peuvent à condition de s’endurcir. Ils inventent alors des exercices pour devenir insensibles à la douleur : pluie de coups, jets d’insultes et autres jeux, définitivement exilés de l’insouciance enfantine.

Mais dans ce spectacle, c’est la mise en scène qui frappe d’abord. Elle est sans doute réfléchie, mais elle prend beaucoup trop de place. À tel point qu’elle est même agaçante les vingt premières minutes. Puis on écoute ce qui se cache derrière la forme, car l’histoire nous capte. Toutefois, la version scénique de Paula Giusti double tous les personnages, et les vrais jumeaux du Cahier sont manipulés par un narrateur. Du coup, chaque personnage est double, les jumeaux sont triples : voilà ce que l’on nous montre. On n’en saura pas plus sur le choix du titre de ce spectacle, le Grand Cahier, dont il est question lors d’un bref moment presque sans importance.

Ce texte a été monté dans l’idée de reconstituer la trilogie d’Agota Kristof, d’où la gémellité systématique des personnages dont on saisirait le sens en découvrant la suite. En attendant, seule la première partie nous est proposée et nous n’avons pas tous lu les deux suivantes… Le deuxième défaut de ce spectacle est que tout est trop rigide. Les déplacements sont chorégraphiés et fixés une fois pour toutes, mais manquent de fluidité dans leur exécution. Chaque détail (musique, mouvement, chœur…) est visiblement trop mécanique. De plus, le narrateur-manipulateur agace par la démonstration parasite de son aisance corporelle. Ajouté au flou des doubles, tout cela devient alors fanfaronnade et étouffe toute poésie.

Ces excès de zèle sont d’autant plus exaspérants que cette pièce a été montée par amour, par conviction. Entre les formes que prennent les idées, une beauté simple et sobre se dégage, comme un transport sincère pour ce texte, de la part de la metteuse en scène et de toute l’équipe. Ce spectacle est ambitieux mais pas prétentieux. Il est simplement maladroit. Trop de concept lui a ôté la vie. 

Claire Néel


le Grand Cahier, d’Agota Kristof

Cie Toda Via Teatro

Adaptation et mise en scène : Paula Giusti

Avec : Dominique Cattani, Sonia Enquin, Louis Fortier, Nathalie Franenberg, Florent Le Chapellier, Laure Pagès, Isabelle Turschwell, Luciana Velocci Silva, Florian Westerhof

Création son : Julien Gauthier, Octavio Lopez

Création lumière : Leslie Desvignes

Photo : © Claire Xavier

Musiques empruntées à Jean‑Jacques Lemêtre et Pascale Comelade

Théâtre Jean-Arp • 22, rue Paul-Vaillant-Couturier • 92140 Clamart

Réservations : 01 41 90 17 02

Du 10 au 21 novembre 2009 à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 16 heures, relâche lundi 16 novembre 2009

Durée : 1 h 40

21 € | 15 € | 10 €