« le Jeu 2 la vérité », de Philippe Lellouche, Théâtre de la Renaissance à Paris

Phallo, macho, scato… pas beau !

Par Franck Bortelle
Les Trois Coups

Trois hommes et une femme. C’est du Lellouche. Non, pas Claude. Hélas. D’ailleurs, ça ne s’écrit pas pareil. Mais surtout, ils n’écrivent pas pareil. Hélas bis. Du reste, peut-on parler d’écriture pour ce désastre de niaiserie, de vulgarité, de phallocratie aussi mal torché et interprété par quatre handicapés du talent ?

le-jeu2-la-veriteQuatre amis d’enfance aux profils super originaux se retrouvent le jour du mariage de l’un d’entre eux. D’abord, il y a Jules (Philippe Lellouche), le futur marié, niqueur de première, célibataire endurci, tombé raide dingue de Margot (Vanessa Demouy) en trois mois chrono. Original, non ? Ensuite y a Fabrice (Jean‑Marie Lamour), marié et futur papa, qui se demande cependant s’il ne ferait pas mieux de partir en courant dans le sens opposé. On nage dans l’inédit, non ? Après, y a Pascal (Christian Vadim), un benêt divorcé, dont l’ex-femme, une fois par mois, lui prend la tête et surtout du fric (comprenez : le tanne pour la pension alimentaire). Mais où vont-ils chercher tout ça ? Et puis y a la Margot ! Margot, que l’« auteur », pour compenser son incapacité à construire un vrai rôle féminin, a rabaissée dans un fauteuil roulant ! Top, pour relever le niveau, n’est-il pas ?

Ce quatuor, dont l’entrée en scène (savamment étudiée : un par un) est accueillie par des salves de « hourras », va se livrer à un jeu, celui de la vérité. Mais avant, Margot qui n’a pas encore enfilé sa robe, part cependant acheter des trucs à grignoter – c’est vrai qu’avoir l’haleine fleurant bon la cacahuète pour passer devant M. le maire, c’est le détail qui pue ! Allez, roule ma poule, avec ton joli fauteuil à pneus, va nous chercher des arachides pendant qu’on reste vautré dans le canapé à t’attendre. Brave Margot, pas vraiment sortie de la guitare du grand Georges, abandonne donc à leur triste sort ces trois parangons de galanterie absolue, qui en profitent pour parler de… de gonzesses, bien sûr ! J’vous la fais courte : assoiffées de sexe avant le mariage, frigides après. Bonnes qu’à se faire sauter entre vingt et trente ans, bonnes à se faire lourder à partir de quarante. Mesdames, vous voilà prévenues. En revanche, messieurs, pour vous, c’est l’inverse : les minettes à peine sorties de la puberté sont folles de vous si vous êtes vieux, gros et gras ! Parce que vous les ra‑ssu‑rez !

Une fois vidé ce sac de lieux communs et de blagues éculées, où la phallocratie règne en maîtresse, mais avec le crétinisme, la beaufferie et la goujaterie qui lui filent le train, on se dit que le fond du fond a été touché. Que nenni : ça continue à creuser, et les pelletées sont même fort généreuses ! La tétraplégique revient et, pardi, cherche à savoir ce qu’ont bien pu se raconter les trois lascars. Ils lui mentent, bien sûr. Elle propose alors de jouer au jeu de la vérité (mes aïeux, quel sens de la transition !). Nous y vl’à, donc ! Chacun à son tour pose une question et l’interrogé(e) doit dire toute la vérité, rien que la vérité.

Le déballage peut alors commencer. En vrac, on apprend alors que les femmes qui se vernissent les ongles des pieds en rouge ou noir, c’est naze « à moins de sortir avec Jeanne Mas » (convoquer les has been pour faire branché, quelle trouvaille !), que les problèmes père-fils sont dus aux trop fréquents coïts du couple pendant la grossesse de madame (parce que le premier souvenir que le fœtus aura de son père est celui d’un obsédé sexuel), que Margot est en cloque (bingo !), qu’elle a déjà pensé à des prénoms (sacrée Margot !), qu’elle a un autre gamin de sept ans (cachottière, va !), que Fabrice déprime parce qu’il aime sa femme tout en pensant à divorcer toutes les deux minutes et, oh magie des révélations fracassantes, que Jules ne fait plus de vélo parce qu’il a eu des hémorroïdes et que Fabrice affectionna dans sa prime jeunesse les touchés rectaux pendant la fornication !

Après ces tordantes réparties, Margot va consoler le pauvre Fabrice par une leçon de vie à vous faire sortir le tire-jus. Elle qui a touché le fond après son terrible accident s’est réveillée sur son lit d’hôpital, défaite, diminuée, laminée, fracassée et, oh ! insondables mystères de l’existence, un jour, par la fenêtre, elle vu un arbre, ce qui lui a fait prendre pleinement conscience qu’elle était… vivante ! Vive les arbres, tiens !

C’est pas fini ! Jules, qui n’était pas au parfum concernant les deux gamins de sa future, pique une colère virile et « homm-érique », et quitte les lieux. Puis il revient et pardonne tout. Pourquoi ? Parce que l’amitié, c’est vraiment trop beau, et passer à côté de l’amour de sa vie, c’est vraiment, mais vraiment, trop bête.

Que dire de plus ? Chapeau aux auteurs pour la considération qu’ils ont pour leur public en leur livrant cette abominable imposture ? Mais, en même temps, on ne peut s’empêcher de penser qu’un public qui glapit devant cette démonstration de misogynie, de phallocratie et de bêtise n’a que les pièces qu’il mérite…

Ce n’est en tout cas pas sur ce coup-là que le Théâtre de la Renaissance se fait le témoin de la renaissance du théâtre. Il en devient même le fossoyeur… 

Franck Bortelle


le Jeu 2 la vérité, de Philippe Lellouche

Mise en scène : Philippe Lellouche et Morgan Spillemaecker

Avec : Vanessa Demouy, Christian Vadim, Jean‑Marie Lamour, Philippe Lellouch

Théâtre de la Renaissance • 20, boulevard Saint‑Martin • 75010 Paris

Réservations : 01 42 08 18 50

www.theatredelarenaissance.com

Du mardi au samedi à 21 heures, le samedi à 16 h 30

Durée : 1 h 30

De 10 € à 39 €