« le Joueur d’échecs », de Stefan Zweig, Théâtre des Béliers à Avignon

le Joueur d’échecs © D.R. le Joueur d’échecs © D.R.

« Des mondes en raccourci »

Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups

Il est de ces textes que l’on prend plaisir à fréquenter régulièrement. « Le Joueur d’échecs » de Zweig est de cette trempe. Pour l’entendre à nouveau, sans surprise, et avoir la confortable impression de retrouver un ami, rendez-vous rue du Portail-Magnanen au Théâtre des Béliers et laissez faire Gilles Janeyrand.

Robinsonnade au milieu de l’Atlantique, sur un paquebot en partance pour Rio, le texte écrit par Zweig dans cette même ville en 1941 soulève des questions relatives au contexte historiquement daté de la guerre. Mais il suggère, comme tous les « grands textes » évidemment, une infinité d’interprétations, de grandes questions philosophiques avec dans le désordre : l’obsession et son objet, l’enfermement, la matière de la pensée, la monstruosité, la frontière entre le jeu, l’intelligence et la folie, l’évasion et ses moyens, la question de la mise à l’épreuve d’autrui d’une pensée formée en soi, l’analyse enfin des rapports humains dans leur complexité. Jeux de stratégie, « mondes en raccourci ».

Un décor sans grande surprise, fait de lattes de bois gris encastrées dans un récif perdu au milieu de nulle part, évoque le pont-promenade du bateau. Une musique fort bien choisie, tirée de ces films des années cinquante, met en valeur l’un des sens du texte et l’éclaire d’un jour nouveau : il s’agit bien d’une histoire policière. L’enquête a pour objet le secret de l’âme humaine, à commencer par celle de ce champion mondial des échecs, qu’est ce monstre roumain taciturne, Czentovic. Gilles Janeyrand incarne parfaitement le rôle du fin limier, avec finesse et humour parfois.

Malgré tout cela, sans doute parce que nous sommes un peu trop confortablement carrés dans notre fauteuil de velours rouge, l’émotion ne naît pas, le plaisir n’est pas absent, mais l’intensité du texte de Zweig est comme éteinte. Peut-être le Joueur d’échecs est-il plus à lire qu’à entendre, à savourer égoïstement qu’à partager en public, à s’incorporer selon une stratégie propre. 

Cédric Enjalbert


le Joueur d’échecs, de Stefan Zweig

Cie N.T.B. • 20, rue Polval • 55000 Bar‑le‑Duc

01 42 28 87 07

delvert.laurent@cegetel.net

Mise en scène : Laurent Delvert

Interprète : Gilles Janeyrand

Lumière : Fred Millot

Scénographie : Frédéric Rebuffat

Théâtre des Béliers • 53, rue du Portail-Magnanen • Avignon

Réservations : 04 90 82 21 07

Du 6 au 28 juillet 2007 à 19 h 10

Durée : 1 h 10

17 € | 12 € | 10 €