« Le K.O. d’Ali », de Alexis Jebeile, Théâtre des Clochards célestes à Lyon

« Le K.O. d’Ali » de Alexis Jebeile © Pierre Pupier

Uppercutant ! 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Avec « Le K.O. d’Ali », le Théâtre des Clochards Célestes accueille une fois de plus une toute jeune compagnie dont la valeur n’attend point le nombre des années. Alexis Jebeile s’y livre à un exercice périlleux : écrire à partir de sa propre histoire, puis dire ce monologue, seul face au public. Il réalise un sans faute.

Seul ? À vrai dire, pas tout à fait : il bénéficie de l’exigence d’un metteur en scène, Stéphane Daublain, et surtout de la complicité puissante d’Elvire Jouve à la batterie, son double. Mais il est entouré d’autres fantômes encore : son père, la boxe, Yannick Noah, le petit écran, avec lesquels il va dialoguer et aussi régler des comptes.

Car le héros n’est pas Mohammed Ali, ni même le sport. Le cœur de ce récit est une relation père-fils qui se tisse grâce au truchement des retransmissions sportives à la télévision. Nul besoin de parler vraiment : les enthousiasmes du père indiquent les convictions qui sont les siennes ; ses silences révèlent qu’il cache mal les vieilles blessures. Il se passionne donc pour Yannick Noah, le premier noir à gagner Roland-Garros et pour Mohammed Ali, lui aussi noir, et champion du monde, dans une autre catégorie. Pour quelques heures, Hussein, le fils, oublie la banlieue où il habite, se revêt d’une peau d’ébène et prend paradoxalement la voie de l’intégration.

Mais un fils ne peut se construire sur les mêmes rêves que son père. Si la transmission s’opère, le pas de côté aussi : le fils délaissera donc Mohammed Ali, le tueur du ring. Il choisira George Foreman, boxeur, puis pasteur évangélique, puis boxeur de nouveau, afin de pouvoir financer l’institution qu’il a créée pour les enfants défavorisés. Le spectacle parle avec beaucoup de subtilité, par métaphore interposée, des combats intérieurs pour l’émancipation qui se déroulent en coulisses.

Direct et pas de deux

Le texte fonctionne donc à plusieurs niveaux. Il évoque tour à tour, parfois aussi à l’intérieur de la même phrase, les questions de transmission et d’identification, la ségrégation, les difficultés liées à une double appartenance, tout en nous faisant revivre les célèbres matchs, en nous invitant dans le salon, avec son père et lui. Ce texte tendre, subtil, intelligent, est composé avec une écriture nerveuse, rythmée, sonore que la mise en scène et la batterie d’Elvire Jouve font vibrer, sonner, résonner.

Difficile de démêler ce qui relève du texte et ce qui relève de l’interprétation, tant ils sont liés : Alexis Jebeile est un excellent comédien et un conteur hors pair. Formé entre autres à l’école de la Comédie de Saint-Étienne, il utilise une palette très riche : il slame, il danse, il chante, fait le journaliste sportif, convoque une multitude de personnages sur le plateau, alors qu’il est lui-même en smoking impeccable… en représentation ?

Sa partenaire Elvire Jouve lui donne la réplique. Elle comble les vides quand il semble avoir une absence ou douter de sa mémoire. Elle le rappelle à l’ordre d’un coup de baguette sur une cymbale, fait pleuvoir sur la caisse claire les coups de poings, les coups de pied. Elle envahit l’espace sonore sans être intrusive.

Le K.O. d’Ali a séduit un public constitué, ce jour-là, essentiellement de scolaires : attentif, passionné, l’ensemble des spectateurs était manifestement sonné, mais suffisamment lucide pour applaudir avec chaleur une prestation qui le méritait amplement. 

Trina Mounier


Le K.O. d’Ali, d’Alexis Jebeile

Compagnie Le Béotien

Mise en scène et lumière : Stéphane Daublain

Avec : Alexis Jebeile, Elvire Jouve

Durée : 1 heure

Tout public

Teaser

Photo : © Pierre Pupier

Théâtre des Clochards célestes • 51, rue des Tables Claudiennes • 69001 Lyon

Du 15 au 25 novembre 2017, tous les jours à 19 h 30, samedi et dimanche à 16 h 30, relâche le mardi

De 6 € à 12 €

Réservations : 04 78 28 35 19