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« Le Misanthrope » de Molière, Théâtre national populaire à Villeurbanne

« Le Misanthrope » – Mise en scène de Louise Vignaud © Lorenzo Chiandotto

Le lustre des classiques

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

« Le Misanthrope » ? Qu’a-t-il donc encore à nous dire ? La lecture qu’en donne la metteuse en scène Louise Vignaud prend le parti de la tradition. Elle s’en tire gaillardement.

Le parcours de Louise Vignaud, nouvelle directrice du Théâtre des Clochards célestes, en dit long sur cette « Résolue » (du nom de sa compagnie). Du haut de sa trentaine d’années, celle qui est passée par l’École normale supérieure et l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, a rejoint le « Cercle de formation et de transmission » initié par Christian Schiaretti au Théâtre national populaire (TNP), qu’il dirige, faisant d’elle l’une des quatre artistes associées.

Le choix du Misanthrope s’explique d’abord par une certaine « tradition TNP ». Christian Schiaretti affirme en effet haut et fort le devoir du théâtre populaire : donner accès aux œuvres du répertoire. Louise Vignaud en propose une version qui ne cède rien sur la diction parfaite des alexandrins (lesquels nous parviennent dans toute leur limpidité), ni sur la beauté des costumes, des coiffures, des maquillages impressionnants de luxe.

La scénographe Irène Vignaud déploie une idée lumineuse en ménageant une cour carrée, donnant à la petite salle du théâtre une impression d’immensité. Constitué de grands carrés de bois gris qui mangent tout l’espace, le plateau évoque la magnificence des palais, avec leurs corollaires : on entend les personnages arriver de loin, précédés du bruit de leurs talons ; ils ont la place de se défier comme de se saluer, isolés les uns des autres par l’étiquette. Légèrement décentré, un tertre évoque une tribune de palmarès. Il servira aussi de « pilori » pour exposer la honte de Célimène. Ce dispositif présente un inconvénient, renforcé par l’acoustique médiocre de la salle : l’inégalité du son qui, de temps à autre, selon la place des comédiens, leur confère une voix trop forte ou peu compréhensible.

« Le Misanthrope » – Mise en scène de Louise Vignaud © Lorenzo Chiandotto
« Le Misanthrope » – Mise en scène de Louise Vignaud © Lorenzo Chiandotto

Les rieurs et les sincères

Il faut encore retenir la direction d’acteurs, sans faille. Mickaël Pinelli compose un Alceste bouillant et douloureux, dont la jeunesse explique la fureur adolescente et la course vers l’échec, loin du barbon atrabilaire souvent dépeint. Face à lui, Sophie Engel interprète une Célimène frivole, presque enfantine, tout le contraire de Pauline Coffre en Arsinoé redoutable, tant sa présence recèle de force cachée. Quant à Clément Morinière, il donne à Philinte une dimension jusqu’ici peu explorée : il est aussi peu enclin à transiger qu’Alceste. Il défend son idéal de l’honnête homme avec âpreté et leur amitié est aussi ombrageuse et tatillonne que profonde.

Louise Vignaud n’a donc rien d’un clone. Elle est trop libre, trop déterminée, trop brillante aussi, pour faire un travail de copie, ou pire, de complaisance. Sa lecture de la grande comédie est originale, cruelle et incisive. Elle évoque une autre société du spectacle plus proche de nous, où les rieurs ont généralement le dernier mot et où les sincères paient le prix fort. Sa mise en scène alerte donne à ce classique une fraîcheur et un lustre qu’on n’attendait pas. 

Trina Mounier


Le Misanthrope, de Molière

Mise en scène : Louise Vignaud

Avec : Olivier Borle, Joseph Bourillon, Pauline Coffre, Ewen Crovella, Sophie Engel, Charlotte Fernand, Clément Morinière, Sébastien Mortamet, Mickaël Pinelli, Ariel Dupuis, Thomas Gondouin, Hugo Roux

Lumière : Luc Michel

Scénographie : Irène Vignaud

Dramaturgie : Pauline Noblecourt

Production : Compagnie La Résolue

Coproduction : Théâtre national populaire avec le soutien de la SPEDIDAM

Théâtre national populaire

Du 19 janvier au 15 février 2018 à 20h30, le dimanche 16 heures, relâche le lundi

Durée : 1 h 50

De 9 € à 25 €


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Le Misanthrope, par Elisabeth Hennebert

☛  Tailleur pour dames, par Trina Mounier

À propos de l'auteur

Une réponse

  1. Quelle est cette complaisance hallucinante ? Avez vous réellement vu ce spectacle ? Je commence par vous citer : « Ce dispositif présente un inconvénient, renforcé par l’acoustique médiocre de la salle : l’inégalité du son qui, de temps à autre, selon la place des comédiens, leur confère une voix trop forte ou peu compréhensible ». Pour du théâtre de répertoire, où, donc, le TEXTE est primordial (puisque c’est là le projet tnpien, si j’ai bien compris), ne pas entendre le TEXTE n’est pour vous qu’un inconvénient ? – ajoutons à cela une bande son qui bouffe la parole aux comédien.ne.s, une diction qui n’est ni parfaite ni limpide mais boulée (parce qu’il faut rendre les alexandrins vivants ? – mais les rendre vivants, ce serait leur donner le temps de vivre). Les comédiennes et comédiens sont contraint.e.s dans un espace qui n’a de sens que dans l’idée mais ne sert jamais aucun enjeux d’acteur ou d’actrice, la profusion de déplacements sans autre but que celui de faire mouvement, aléatoirement (il faut bien que quelque chose se passe puisque l’on n’entend rien, c’est ça l’idée ?)
    Pour une pièce qui parle d’amour, on n’en voit jamais la couleur, pas la moindre variation, pas la moindre pudeur, pas la moindre impudeur non plus, pas la moindre place au jeu – à croire que le jeu, c’est sale. Non, une mise en scène qui travaille à vider toute possibilité de jeu aux corps, aux voix, aux êtres sur le plateau. On ne peut pas faire mieux pour nier, précisément, le métier de celles et ceux qui sont sur le plateau. On souffre pour elles et eux. Et puis soudain, pourtant, l’une ou l’un parvient à se frayer un chemin dans ce scandaleux carcan et l’on assiste, enfin, à ce pourquoi l’on est venu : un instant de théâtre, avant que l’euthanasiante mise en scène ne reprenne le dessus.
    « Sa mise en scène alerte donne à ce classique une fraîcheur et un lustre qu’on n’attendait pas. » – Je ne dis pas cela, mais je croisais, l’autre jour, sur un blog, une quelconque courtisane, et je lui disais…

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