« Le roi s’amuse », de Victor Hugo, Théâtre de Venissieux

Le roi s’amuse © Christian Ganet

Amusement cruel

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

« Le roi s’amuse » fut joué le 22 novembre 1832 pour la première fois à la Comédie-Française et interdit le jour suivant du fait d’une critique un peu trop sensible de la monarchie et de la noblesse de l’époque. Aujourd’hui interprété sur la scène du Théâtre de Vénissieux par les comédiens de la compagnie rhônealpine Ariadne, ce texte de Victor Hugo semble ne pas avoir pris une ride, marquant ainsi cette intemporalité qui fait de certaines pièces des œuvres à part entière.

Des aboiements de chiens, des cris, des rires en tout genre : nous sommes au lendemain de la fête, au petit matin plus exactement. Des individus accourent de tous côtés : les parasites de la cour du roi François Ier. Certains dodelinent, d’autres se gaussent, pouffent ou fanfaronnent, à tel point qu’on a l’impression de se trouver au milieu d’un poulailler ou bien même d’une écurie. On découvre alors un roi fêtard, séducteur, jeune et avide de proies féminines. Au sein de sa cour et pour assurer le bon ordre de celle-ci, Triboulet le bossu est le fou, l’ombre du roi. Sa raison d’être consiste à amuser ce dernier, à l’insu des courtisans. Hélas, une fois le secret de celui-ci dévoilé, la farce dégénère, les rôles s’inversent jusqu’à la tragédie…

Le jeu des comédiens est excellent

Le public de la salle est très vite conquis par la très réussie direction d’acteurs. Le jeu des comédiens est excellent : les visages et expressions de ces derniers sont parfaitement déformés par l’exacerbation des attitudes jusqu’à la caricature. Leur maquillage outrancier en fait de détestables et odieux individus, dont la méchanceté transparaît sur les faciès au point de les rendre véritablement laids. On imagine aisément les sarcasmes de la cour, la cruauté de ses membres, mais également l’aspect tragique de certaines scènes où les plus faibles ne sont pas épargnés. La dimension forte des écrits de Victor Hugo trouve ici tout son sens, et l’on peut parler d’une véritable mise en relief de la langue poétique jusque dans les passages chantés, en chœur et en canon donnant du dynamisme à l’ensemble.

Loin de séduire autant que le propos et le jeu, le choix des décors et des costumes a plutôt tendance à décevoir. Les tenues assez neutres, marquant l’intemporalité de la pièce, sont finalement assez quelconques. Les vêtements sont constitués en effet de ternes ensembles marron, avec pour seule fantaisie le nœud coloré sur les chaussures et la longueur des cols de chemise, qui font totalement disparaître les cous des comédiens, rendus ici un peu plus ridicules. Ce système ingénieux est le seul intérêt de ces tenues.

Constat en demi-teinte

Le décor, quant à lui, repose sur trois plans inclinés en bois, disposés en demi-cercle, et sur des poteaux métalliques couleur or. Ce choix n’évoque pas vraiment d’espace défini sauf peut-être une arène. Hormis le rideau, véritable trouvaille, aucun de ces éléments n’enrichit la pièce, et rien ne semble trouver de véritable justification. Ce constat en demi-teinte est dommageable, car si décors et costumes étaient allés dans le sens du jeu, Le roi s’amuse aurait pu prendre une tout autre dimension. Au lieu de cela, ces éléments ont tendance à sortir le spectateur de l’univers ici posé.

Au-delà de ces remarques, on peut dire de cette pièce qu’elle fait véritablement naître une réflexion sur la nature humaine, sur l’oppression de l’individu par le groupe, thème cher à la Cie Ariadne. Les traits empruntés sont ceux du comique, voire du grotesque, pour s’acheminer vers une issue tragique. Le roi s’amuse offre donc un remarquable moment de théâtre, dans la profondeur et la pérennité d’un propos qui prend tout son sens par la qualité et l’exigence du jeu. 

Élise Ternat


Le roi s’amuse, de Victor Hugo

Cie Ariadne

Mise en scène : Anne Courel

Avec : Stéphane Bernard, Christine Brotons, Joséphine Caraballo, Stéphane Daublain, Stéphane Delbassé, Claire Galopin, Michaël Maïno, Christophe Mirabel et Gérald Robert‑Tissot

Direction technique : Jean‑Pierre Naudet

Scénographie : Stéphanie Mathieu

Lumières : Hubert Arnaud

Création son : Patrick Najean

Avec la participation de Jean‑Pierre Arnaud, de l’ensemble Carpe diem

Son : Mathieu Courel

Costumes : Laurence Freychet et Cara Marsol

Répétitrice : Audrey Pevrier

Photos : © Christian Ganet

Coproduction : la Maison des arts (Thonon), le Grand Angle (Voiron) et le Théâtre Jean‑Vilar (Bourgoin-Jallieu)

Théâtre de Vénissieux • Maison du peuple • 8, boulevard Laurent-Gérin • 69631 Vénissieux

Réservations : 04 72 90 86 68

www.theatre-venissieux.fr

Jeudi 10 et vendredi 11 décembre 2009 à 20 heures

Durée : 1 h 30

12 € | 9 € | 6 €

Centre culturel Charlie-Chaplin, les 15 et 16 janvier 2010

www.centrecharliechaplin.com/