« Le Silence des communistes », de Jean-Pierre Vincent d’après Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin, Théâtre national populaire à Villeurbanne

« le Silence des communistes » © D.R.

Un silence qui en dit long

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

En amont des travaux de rénovation, le T.N.P. a choisi de s’interroger sur ce que sera le théâtre public de demain, quarante ans après la déclaration de Villeurbanne. En ouverture de cette semaine-évènement autour de tables rondes, est présenté « le Silence des communistes », spectacle qui fit date au dernier Festival d’Avignon. Moment d’émotion, qui évoque la question de l’engagement politique contre l’injustice sociale.

Le Silence des communistes, lecture en forme de pièce, est née d’échanges épistolaires entre trois individus, un militant de la gauche syndicale, Vittorio Foa, et deux ex-membres du Parti communiste italien de la génération de l’après-Seconde Guerre mondiale, Myriam Mafai et Alfredo Reichlin. La pièce essaie de répondre aux questions suivantes : pourquoi l’anticommunisme perdure aujourd’hui alors que le communisme n’est plus ? ; d’où vient ce silence des communistes ? ; serait il la marque d’un travail de deuil de la part de ses anciens membres ? C’est autour d’un jeu de questions-réponses que les trois protagonistes tentent d’éclairer, par le bais de leur expérience singulière et intime, les éléments et vestiges d’un même idéal.

Le propos est profond, chargé d’émotions. Le premier protagoniste introduit le questionnement. En réponse, sont évoqués les éléments relatifs aux origines du communisme italien, monstre aux racines floues et protéiformes. Il est question des raisons de l’engagement, des raisons du déclin, à travers les désillusions et la rupture avec l’expérience soviétique. Comme la réflexion sur le communisme implique nécessairement celle du capitalisme, est mise en jeu la question de la nécessaire adaptation du socialisme dans un monde en mutation. Un monde où le politique n’est plus le lieu des décisions, et des valeurs telles que le travail, la classe ouvrière ou l’éducation se sont transformées.

Le décor, de par sa nudité, concourt à une atmosphère de lendemain de fête. La mise en espace rappelle une cellule du parti. Une table sur laquelle est posée une nappe trop courte, quelques drapeaux enroulés, quelques chaises aussi… Une austérité et un dénuement auxquels correspondent parfaitement les murs noirs écaillés d’un T.N.P. bientôt en travaux.

Le propos est fort. Cependant, la difficulté qui consiste à tenir en haleine les spectateurs durant près d’une heure trente de lecture est grande. Les comédiens relèvent le défi avec talent en donnant une véritable vie à ces textes par la profonde analyse qu’ils en font. Ici, la pensée est incarnée. On notera la remarquable prestation de Mélania Giglio dans le rôle de Miriam Mafai, incarnation d’un engagement féministe.

Il est ici question du P.C.I. qui, à la différence du P.C.F., n’est plus. En tout cas, la comparaison se fait naturellement dans la tête des spectateurs. Une des forces de ce texte est qu’il pose des questions que la gauche française n’a pas encore réussi à se poser. Ce dialogue à trois voix ne se veut en aucun cas leçon politique. Il apparaît davantage comme le lieu et le moyen d’une vraie réflexion, car la pensée y est ardue, sincère et limpide. 

Élise Ternat


Le Silence des communistes, de Jean-Pierre Vincent d’après Vittorio Foa, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin

Mise en espace : Jean-Pierre Vincent

Traduction : Jean-Pierre Vincent, d’après la version scénique de Luca Ronconi, Turin 2006

Dramaturgie : Bernard Chartreux

Lumière : Alain Poisson

Production déléguée : Festival d’Avignon

Avec : Mélanie Giglio, Jean-Claude Leguay, Charlie Nelson

Production : Festival d’Avignon en coproduction avec Studio libre

Photo : © D.R.

Théâtre national populaire • 8, place Lazare-Goujon • 69627 Villeurbanne

Réservations : 04 78 03 30 00

Du 20 au 24 mai 2008 à 21 heures

Durée : 1 h 30

6 € | 10 €