« le Songe d’une nuit d’été », de William Shakespeare, Théâtre national de Toulouse

« le Songe d’un nuit d’été » © Polo Garat / Odessa

Le Pelly des merveilles…

Par Bénédicte Soula
Les Trois Coups

« Incroyables et merveilleuses », tel est le nom donné à la thématique qui regroupe au T.N.T., entre autres, « Peter Pan » de Christian Duchange, « Tabac rouge » de James Thierrée ou « Faust » de la compagnie Ex‑abrupto… Mais avec « le Songe d’une nuit d’été », création 2014 de Laurent Pelly, le public a littéralement vécu une expérience de rêve collectif. Magique.

Ah, le Songe d’une nuit d’été ! Sa forêt hantée, ses êtres fantastiques et ses jeunes gens tout neufs, prêts à se perdre dans les bois pour vivre leurs amours contrariées. Un soap opera, en somme. Un écheveau d’intrigues amoureuses comme autant de marronniers de théâtre. Hermia aime Lysandre, mais le père d’Hermia préfère lui donner en mariage Dimitrius, lui même objet de passion de la part d’Héléna, l’amie et confidente d’Hermia. Aussi, ce petit monde fuit Athènes pour se réfugier dans les bois, où les attendent les disputes conjugales du roi des elfes et de la reine des fées prêts à user de sortilèges pour les manipuler un peu. Enfin, l’arrivée lourd-dingue d’une troupe de théâtre amateur ajoute à l’eau de rose la drôlerie des niquedouilles. Voilà pour la trame d’une des comédies sentimentales les plus célèbres de Shakespeare.

Au-delà de ce résumé de faits – seuls petits cailloux laissés à l’intention du spectateur –, on ne peut jurer de rien et surtout pas de ce que l’on voit. Dans le Songe de Pelly, rêve et réalité se confondent définitivement. Tout est mouvant, fantastique, les personnages comme les décors. Tout se joue des règles de gravité, de perspective, d’échelle, comme pour mieux perdre le spectateur dans un univers sens dessus-dessous. Les êtres volent, rampent, tombent du ciel, surgissent de la terre. Les miroirs avancent ou pivotent, laissant par exemple – quel moment magnifique ! – découvrir une scène uniquement par son reflet. Dans un autre moment fort, d’incroyables machines aux bras articulés rendent possible la lévitation de Marie‑Sophie Ferdane, reine des fées, au-dessus des spectateurs. Shakespeare en aurait pleuré de joie.

L’énergie des jeunes premiers

Tout ça est fou et en même temps précis comme une horloge. Dans cette pièce, plus que jamais, Laurent Pelly cherche l’accès à la beauté par une scénographie rigoureuse, et le trouve finalementt grâce à l’inépuisable ressource de sa fabrique à rêve. Et pour ceux qui craindraient que la puissance du deus ex machina n’écrase les personnages, c’est tout le contraire ! Plongés dans ce bouillonnement d’esthétiques fortes et diverses (surréaliste, expressionniste, heroïc fantasy, mythologique), les trente et un comédiens du Songe dont la moitié sont des jeunes du conservatoire, déploient leur singularité, libèrent leur expressivité, s’amusent et nous amusent.

Les fidèles, bien sûr, toujours attendus (Emmanuel Daumas, Eddy Letexier, Marie‑Sophie Ferdane ou Rémi Gibier), mais surtout les jeunes premiers (Clément Durand, Jeanne Piponnier, Antoine Raffalli, Sabine Zovighian) donnent à la pièce l’énergie d’un Sacre de printemps. Et même s’ils jouent en pyjama et que lit, couette et polochon autour d’eux creusent davantage ce sentiment d’irréel, ils vivent avec fougue leurs aventures sentimentales, sans savoir qu’ils sont les jouets de petits êtres espiègles et fort puissants (Charlotte Dumartheray dans le rôle du lutin Puck est, au passage, absolument remarquable).

En fait, Shakespeare avait peut-être raison avec ce Songe. Comment mieux expliquer les inconstances de notre pauvre nature humaine que par le fait que nous sommes les pantins innocents de créatures fantastiques ? Après tout, c’est un déterminisme comme un autre et une des plus jolies métaphores du théâtre, lui qui explique depuis des siècles la réalité par l’étrange et l’étrange par la réalité. Ce songe, William Shakespeare l’a rêvé. Laurent Pelly l’a réalisé au centuple, trouvant chaussure à sa pointure dans la légèreté apparente de la comédie élisabéthaine et dans les possibilités oniriques du registre merveilleux. C’est du bel hommage… à Shakespeare et au théâtre en général. Bravo. 

Bénédicte Soula


le Songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare

Traduction : Jean‑Michel Déprats

Mise en scène : Laurent Pelly

Avec : Emmanuel Daumas, Charlotte Dumartheray, Clément Durand, Gérôme Ferchaud, Marie‑Sophie Ferdane, Rémi Gibier, Eddy Letexier, Régis Lux, Laurent Meininger, Benjamin Meneghini, Jeanne Piponnier, Antoine Raffalli, Mathieu Tune, Nathalie Vidal, Sabine Zovighian, et les élèves du conservatoire de Toulouse

Scénographie : Laurent Pelly

Costumes : Laurent Pelly

Lumières : Michel Le Borgne

Son : Joan Cambon

Maquillage : Suzanne Pisteur

Accessoires : Jean‑Pierre Belin

Conseil artistique : Agathe Mélinand

Assistante à la mise en scène : Justine Paolini

Assistant à la scénographie : Claire Saint‑Blancat

Construction des décors : ateliers du T.N.T. sous la direction de Claude Gaillard

Réalisation des costumes : ateliers du T.N.T. sous la direction de Nathalie Trouvé

Directeur technique : Jean‑Marc Boudry

Régisseur général : Jacques Escoffet

Régisseurs plateau : Laurent Fourmy, Christophe Gagey

Régisseur lumières : Grégory Faroux

Régisseur son : Géraldine Belin

Machinistes : Pascal Bajt, Alexandre Barthes, André Cruz, Claire Daulion, Jean‑Jacques Duquesnoy, Vincent Roussel, Éric Soucaze

Électricien : Bastien Clarenc

Poursuiteurs : Myriam Bertol, Didier Glibert

Habilleuse : Sabine Rovère

Photos : © Polo Garat / Odessa

Production : T.N.T.-Théâtre national de Toulouse – Midi‑Pyrénées

T.N.T.-Théâtre national de Toulouse – Midi‑Pyrénées • 1, rue Pierre‑Baudis • 31000 Toulouse

Réservations : 05 34 45 05 05

http://www.tnt-cite.com/

Du 25 mars au 19 avril 2014, à 20 h 30 du mardi au dimanche,
sauf à 19 h 30 le jeudi

Durée : 2 h 30 sans entracte

23 € | 14,50 € | 13,50 €