« Grand battement » de Marie Depoorter, Théâtre de l’Élysée à Lyon

« Grand battement » de et avec Marie Depoorter © Alice Nedelec « Grand battement » de et avec Marie Depoorter © Alice Nedelec

Désir et discipline

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Les travaux de fin d’études, notamment ceux des élèves de l’Ensatt, sont généralement prometteurs, mais il leur reste souvent quelque chose d’inabouti… Ce n’est pas le cas de « Grand battement » dont la maturité et la maîtrise ont frappé le public.

Non seulement la jeune autrice Marie Depoorter a bénéficié pour ce solo de la complicité bienveillante d’Olivier Maurin mais elle connaît son sujet : après quelques années à la barre, elle s’est tournée vers le cirque, autre forme artistique exigeante physiquement.

Grand battement est un spectacle sur la discipline et sur le désir. Il évoque l’entraînement de Nelly, 22 ans, qui vit (et dort) avec sa mère trop aimée, intrusive. Depuis son plus jeune âge, elle ne recule ni devant la répétition ad libitum des mêmes gestes et mouvements réduits à la technique – imposant une souffrance à son corps sanglé, à ses pieds bandés -, ni devant le renoncement à la vraie vie. Quoique…

Comme un tsunami, l’irruption du désir et du plaisir, va dévaster Nelly et la magnifier. Cet élan s’incarne dans l’apparition du partenaire de danse (Baptiste Febvre) à la manière d’un instantané, rapide et flou. On pourrait se demander s’il ne s’agit pas d’un rêve, d’un fantasme, si l’effet produit n’était pas si puissant.

« Grand battement » de et avec Marie Depoorter © Alice Nedelec
« Grand battement » de et avec Marie Depoorter © Alice Nedelec

Métamorphose

Marie Depoorter raconte tout cela, et bien plus encore, dans un texte tout en ruptures de sens et de rythmes, fait de phrases courtes qui se télescopent. Sa langue crue parle du sexe sans métaphore, suggère la violence d’un ressenti irrésistible qui s’immisce, la prend et la bouleverse…

En moins d’une heure, l’autrice brosse à grands traits le portrait d’une jeune artiste résolue et l’éclosion à la féminité et à l’âge adulte. Elle signe ici un spectacle très personnel et déjà très abouti sur le féminin et, parallèlement, dissèque les méandres et les complexités qui tissent les liens entre rigueur et aptitude à la création.

Pour tout dire, j’ai trouvé ce solo écrit, dansé et joué, par Marie Depoorter (retenez bien ce nom) épatant, emballant, magnifique ! Merci à l’Élysée de l’avoir déniché et montré, avant de le programmer la saison prochaine… 

Trina Mounier


Grand battement, de Marie Depoorter

Texte et jeu : Marie Depoorter

Durée : 45 minutes

Collaboration artistique : Sarah Delaby-Rochette, Mickaël Treguer

Dramaturgie : Baptiste Febvre

Scénographie : Clara Georges Sartorio

Lumières et photo : © Alice Nedelec

Costumes : Claire Dian

Accompagnement chorégraphique : Ricardo Moreno, Léonie Roger

Théâtre de l’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Représentations professionnelles à huis clos les 30 mars, 1° et 2 avril à 15 heures