« le Syndrome de Cassandre », de Yann Frisch, les Subsistances à Lyon

le Syndrome de Cassandre © Sylvain Frappat

Humour acide et magie amère

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

« Le Syndrome de Cassandre » de Yann Frisch, présenté aux Subsistances, est une création singulière à bien des égards. Pour son univers si particulier tout d’abord, mais également parce que, ici, magie nouvelle et art clownesque ne font qu’un. Retour sur le dernier opus d’un incroyable touche-à-tout.

Clown bluffant, champion du monde de magie nouvelle, remarqué entre autres lors de ses passages sur les plateaux de télévision, ou encore pour son précédent spectacle Oktobre, Yann Frisch n’a que 25 ans mais déjà une solide réputation. Cette dernière création apparaît d’ores et déjà comme une nouvelle démonstration de son remarquable talent.

Le visage grimé, l’œil charbonneux, le cheveu hirsute et la tenue savamment négligée, l’artiste inscrit son personnage dans la lignée de clowns « trash ». À l’instar de figures telles que l’excellent Bonaventure Gacon, il assure avec une insolante maîtrise une succession de numéros extrêmement bien ficelés et teintés d’un délicieux humour noir.

Un huis clos aux ficelles invisibles

Véritable huis clos séparé du public par un rideau de tulle derrière lequel l’artiste est comme enfermé, le plateau dessine les contours d’un monde atypique, sombre et empreint d’une certaine forme d’onirisme. Les objets comme dotés d’une âme semblent obéir aux règles qu’ils se sont eux-mêmes fixées. Tiroir, tasse et pichet, pantin, balles en mousse, bouquets de fleurs et autres ballons s’animent sous les doigts du magicien. Tout ici participe d’un univers drôle et acide dont Yann Frisch tire les invisibles ficelles. Osant tout, et surtout le pire, l’artiste est un homme-orchestre, un formidable illusionniste arborant les traits d’un clown grognon, glouton et néanmoins attachant, qui ne manque jamais de cynisme surtout lorsqu’il s’agit de faire rire son auditoire.

Au-delà de la démonstration de talent, c’est un véritable travail d’auteur qui sous-tend cette création. En effet, l’artiste revient sur la condition du clown dont l’existence n’a d’épaisseur que dans le regard de cet autre, le public. En invoquant le syndrome de Cassandre, titre éponyme du spectacle, Yann Frisch nous révèle ainsi le caractère tragique de la figure d’un personnage en capacité d’anticiper les demandes du public, sans jamais être cru, du fait de son statut. Dès lors, c’est en réponse aux multiples requêtes qui lui sont formulées en direct que ce dernier tire de sa veste quantité d’objets improbables et hétéroclites, allant d’une guitare sans cordes, à un cochon en plastique, en passant par une paire de pagaies… enchaînant ainsi avec une repartie impressionnante les numéros à la demande des spectateurs.

Avec le Syndrome de Cassandre, l’artiste hors norme Yann Frisch offre un spectacle atypique, une double performance qui transcende les cadres de la magie et du clown. Affirmant une fois encore que, loin d’être fantaisiste, le cirque dans toutes ses dimensions reste un art majeur, qu’il est plus que jamais nécessaire de défendre et préserver. 

Élise Ternat


le Syndrome de Cassandre, de Yann Frisch

Écriture, interprétation, conception magie : Yann Frisch

Écriture, conception magie : Raphaël Navarro

Regard extérieur clown : Johan Lescop

Dramaturge : Valentine Losseau

Création lumière : Elsa Revol

Régie lumière : Laurent Beucher

Régie lumière et régie générale : Yannick Briand

Régie plateau : Claire Jouë‑Pastré, Zoé Bouchicot

Construction : Bernard Painchault

Scénographie, costumes : Claire Jouët‑Pastré

Construction marionnette : Johanna Elhert

Production, diffusion, administration : Fanny Fauvel

Photos : © Sylvain Frappat

Les Subsistances • 8, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

Réservations : 04 78 39 10 10

Du mercredi 9 au samedi 12 décembre 2015 à 20 heures

14 € | 12 € | 10 €