« les Cendres de Pasolini [et celles des autres aussi] », du Collectif Zukovsky, Théâtre de l’Iris à Villeurbanne

les Cendres de Pasolini (et celles des autres aussi) © A. Manuel

Brûlant Pasolini

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Ce sont trois jeunes comédiens passés par le compagnonnage au N.T.H.8 à Lyon. Sur un projet imaginé par Guy Naigeon, Pauline Bertani, Claire-Marie Daveau et Valentin Dilas (ce dernier également à la mise en scène) démontrent qu’ils savent voler de leurs propres ailes. Et fichtrement bien !

Et pourtant le sujet choisi, l’ombre de Pasolini, avait de quoi intimider. Même si la parenthèse qui l’accompagnait (et celles des autres aussi), par son mystère et l’insinuation que le grand homme iconoclaste pouvait n’être qu’un parmi d’autres, y ajoutait une touche de légèreté, et peut-être de provocation. Valentin Dilas a contourné l’obstacle, mais le chemin adopté n’est pas le plus facile : ce n’est pas un mais deux sujets, et sans doute un peu plus, dont traite le spectacle, sans jamais nous égarer ni sembler brouillon ni trop touffu. Au contraire, il parvient à concilier légèreté et gravité.

Il y est donc question de Pasolini, d’un Pasolini qu’on va découvrir à travers des extraits de films : Théorème, bien sûr, ou Salo notamment. Mais aussi de moins connus comme la Ricotta, un court-métrage avec Orson Welles, improbable. Ou encore des vidéos qui montrent un Pasolini amical, familier, marchant dans les rues de Rome, s’éloignant, nous disant adieu, nous laissant en partage une énigme. De même que son mystère semble s’épaissir à mesure que le metteur en scène s’en approche.

Nous y voilà. Car l’autre histoire est celle que Valentin Dilas trace devant nous, celle d’un jeune écrivain de théâtre qui part à la rencontre de son personnage, de son héros. Outre qu’il est impressionné par la taille du mythe et par sa propre ignorance, il ira de rebuffade en rejet. De la part des ayants droit qui refusent de les lui accorder, les droits. Qu’à cela ne tienne, le jeune metteur en scène retourne la situation à son profit et nous renvoie avec humour aux pages des manuscrits…

Le troisième sujet, mais ce n’est pas le dernier, c’est le théâtre lui-même, la difficulté d’écrire mais aussi d’être acteur : Car les autres dont il est question ne sont rien de moins que la Callas et Laura Betti, l’égérie du cinéaste. Entre les deux femmes, c’est peu dire que le courant passe, il est même chargé d’électricité ! La vie de star est explosive, pleine de drames grands et minuscules pour des ego surdimensionnés et si fragiles. En creux se dessinent les amitiés et le pouvoir de séduction de l’homme Pasolini.

Le théâtre et son double

Alors, jouer une star, l’incarner, même si cela consiste à passer le balai ou à prendre la fuite, c’est très difficile, et éprouvant pour les nerfs aussi. En effet, les séquences, très courtes, qui sont projetées sur l’écran sont doublées par les deux comédiennes sur le plateau, ce qui crée une drôle d’illusion d’optique.

Mais peu à peu, le personnage envahit l’acteur, le domine, lui pique son identité, sans malheureusement lui donner en échange son caractère sublime. Bel exercice de modestie pour Pauline Bertani, Claire‑Marie Daveau et Valentin Dilas qui, chacun à sa place, prend les tics et la démarche de son héros en soulignant ses propres insuffisances. Même avec sa fraîcheur, Pauline Bertani ne sera jamais le monstre sacré Laura Betti ; jamais Claire‑Marie Daveau ne compensera par son hystérie son impuissance à chanter les grands airs d’opéra, ce qu’elle essaie pourtant, et c’est déchirant d’entendre sa voix se briser… Jamais non plus Valentin Dilas n’atteindra la dimension du génie. C’est tout cela que raconte ce spectacle qui rend hommage au cinéma tout en faisant la part belle au théâtre, notamment grâce à l’excellent travail des lumières de Gaspard Charreton. C’est intelligent sans jamais être prétentieux, rapide, pertinent, inattendu, chaleureux, troublant, résolument théâtral, un véritable hommage au cinéaste philosophe ! Un collectif à suivre, assurément. 

Trina Mounier


les Cendres de Pasolini (et celles des autres aussi), du Collectif Zukovsky

À partir de 12 ans

Mise en scène : Valentin Dilas

Avec : Pauline Bertani, Claire‑Marie Daveau et Valentin Dilas

Créateur lumière : Gaspard Charreton

Projet à l’initiative de Guy Naigeon

Photo : © A. Manuel

Le Collectif remercie Guy Naigeon, Rosa Pianetta et Giuliano Rush ; Régis Robert et Stefania Rotolo de la Cinémathèque française de Paris ; la Communauté de l’Épiphanie et de la Croix de Saint‑Cyr au mont d’Or ; le Théâtre de l’Iris et le Nouveau Théâtre du Huitième

Théâtre de l’Iris • 331, rue Francis‑de‑Pressensé • 69100 Villeurbanne

www.theatredeliris.fr

04 78 68 72 68

Du 14 au 18 février 2017 à 20 heures

Durée : 1 heure