« les Damnés », de William Cliff, Théâtre de l’Iris à Villeurbanne

les Damnés © Aurélia Gonthier les Damnés © Aurélia Gonthier

Comment parler des poètes ?

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Un auteur couronné par un prix Goncourt de la poésie, une histoire sulfureuse, un metteur en scène qui, pour être jeune, a déjà fait ses preuves… Et pourtant, malgré toutes ces bonnes fées, « les Damnés » tourne court.

Il y avait en effet tous les ingrédients nécessaires à un bon spectacle. William Cliff, l’auteur, est un poète belge dont la langue est assez unanimement saluée. Il s’empare ici de la dernière phase des amours tumultueuses de Rimbaud et Verlaine. Les deux écrivains sont partis à Londres vivre leur relation dans une société plus tolérante que celle de Paris. Ils découvriront hélas là-bas qu’on vit mal d’amour et d’eau fraîche et que la faim détruit plus sûrement le sentiment que l’usure du temps. Ils comprendront aussi que Verlaine, hésitant, fragile, un peu lâche, est tiraillé entre sa passion pour ce poète solaire qu’est Rimbaud et la douceur du foyer qu’il a abandonné. Bref, leur histoire va de mal en pis jusqu’au coup de feu que tire Verlaine sur Rimbaud, lequel s’en sort par une égratignure mais porte plainte contre son agresseur. Résultat : deux ans de prison au cours desquels le fossé entre les deux hommes ne cessera de s’élargir avant le grand départ de l’un pour le désert, la descente de l’autre dans l’alcool et la misère. Deux damnations.

Cette histoire, William Cliff la raconte fort bien, insérant dans ce huis clos une figure féminine, tour à tour propriétaire réclamant son loyer, épouse rassurante et présence consolante de la religion. Elle intervient aussi comme un narrateur ou un témoin extérieur… Les parenthèses dans ce huis clos introduisent du rythme et une respiration, ouvrent sur le théâtral. La plume de William Cliff se glisse aisément dans le style de ces deux orfèvres de l’écriture que furent Verlaine et Rimbaud, et l’on reconnaît çà et là des emprunts, des références, des « correspondances »… Mais enfin, ce n’est là ni vraiment une écriture suffisamment théâtrale ni vraiment une écriture poétique (malgré le recours aux vers et aux rimes), rien qui transporte tant soit peu.

Les amours sulfureuses de Verlaine et Rimbaud

Or, cette histoire d’amour fou qui unit deux hommes que tout oppose et que seules réunissent la poésie et une attirance irrésistible demandait plus de flamme, plus de fougue, plus de piment que ce que nous propose ce texte sagement biographique et chronologique. Et, malheureusement, les comédiens, dont on reconnaît le métier et le talent, n’arrivent pas à lui insuffler la force qui lui manque. Clément Carabédian en Verlaine coincé dans sa redingote ajustée ne laisse pas soupçonner l’homme fou d’amour réduit à tirer sur son amant. Sven Narbonne est crédible en Rimbaud avec sa gueule d’ange auréolée de boucles, et il offre à son rôle le côté boudeur, capricieux, fougueux de l’adolescent poète. Toutefois, Louise Belmas, à qui revient d’endosser les personnages féminins, peine à trouver sa place. Quant à Marc Lauras, au violoncelle, il égrène des notes inattendues et étonnamment modernes, poussant parfois la chansonnette en contrepoint comme lorsqu’il fredonne de sa voix de fausset en mode mineur Chanson d’automne pendant que les deux amants sont engagés dans un voluptueux et violent corps à corps.

Le point noir est que l’on n’est à aucun moment pris par ce qui se passe sur scène. Manque d’implication des comédiens ? Possible. Problème de direction d’acteurs ? Sans doute. On sort toujours attristé quand on assiste à un spectacle doté d’autant d’atouts et qui pourtant peine à toucher juste. 

Trina Mounier


les Damnés, de William Cliff

Goncourt poésie 2015

Cie Théâtre Oblique (06 75 44 02 60)

Mise en scène : Olivier Borle, assisté d’Adrien Françon

Avec : Louise Belmas, Clément Carabédian, Sven Narbonne, Marc Lauras

Scénographie : Aurélia Gonthier

Création lumières : Stéphanie Rouaud

Musique : Marc Lauras

Photos : © Aurélia Gonthier

Avec l’aide amicale de Sigolène Pelley

Théâtre de l’Iris • 331, rue Francis-de-Pressensé • 69100 Villeurbanne

04 72 53 15 15

www.theatredeliris.fr

Du 27 au 30 avril 2016 à 20 heures

De 4 € à 15 €

Durée : 1 h 30

À partir de 13 ans