« Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet », les Chiens de Navarre, les Subsistances à Lyon

Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet © Ph. Lebruman Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet © Ph. Lebruman

Le feu aux planches

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

Pour donner le top départ à une nouvelle saison de manière loufoque, décalée et parce qu’il serait certainement aussi dommage de ne pas profiter d’une formule qui a déjà fait ses preuves, les Subsistances ont choisi d’accueillir une fois encore, les Chiens de Navarre avec leur première création chorégraphique « Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet ». De quoi mettre le feu aux planches le temps d’une Parquet Party avec au programme un film de Jean‑Christophe Meurisse, ladite pièce et un concert du compositeur François Chassol.

Et là, surprise : pas le moindre parquet sur scène, mais un espace de terre battue sur lequel les Chiens se déhanchent déjà au son du tube légendaire Ba moin en ti bo de la Cie Créole tandis que les spectateurs prennent place sous le toit de la verrière. L’intégralité de cette dernière, devenue pour l’occasion un immense champ de possibles, est ici mise à profit. Apparitions et disparitions en tout genre sont autant de manières d’occuper l’espace paraissant en osmose avec le spectacle, lui aussi sans limites.

Un surprenant exercice chorégraphique

C’est à partir d’un habituel travail collectif d’improvisation entre le metteur en scène et les comédiens que se déploie pendant près d’une heure un étonnant exercice chorégraphique qui transcende la parodie. Les comédiens devenus danseurs pour l’occasion excellent dans ce qui leur est familier en donnant à voir une succession de séquences improbables comme autant de clins d’œil aux classiques de la danse, qu’ils s’appliquent à pousser dans leurs plus profonds retranchements. Le tout au rythme effréné de morceaux musicaux pour le moins éclectiques mais bien connus du grand public, propices à effectuer entrechats maniérés, jeux de claquettes en passant par de ridicules duos dansés dont le caractère grotesque des gestuelles est des plus hilarants. Les protagonistes sont la plupart du temps masqués : têtes de cochons, de personnes âgées, ils arborent également des perruques outrancières et autres accoutrements incongrus.

De nombreuses surprises sillonnent la pièce avec de mémorables moments dont la séquence rock’n roll sur fond de ZZ Top donnant lieu à un ballet de voitures que l’on croirait tout droit sorti d’une publicité des années 1980 pour la Peugeot 205, véritable réussite aussi bien pour sa dimension factice que pour son côté improbable. Fidèle aux précédentes pièces et à l’univers de la compagnie, l’esprit y est évidemment survolté. À l’issue d’un malencontreux coup de fusil dans le public, l’ambiance s’enfonce peu à peu dans une joyeuse débauche, une camaraderie libidineuse et outrancière. C’est une dimension totalement cathartique et orgiaque qui se dessine rapidement à grand renfort de simulations de coïts frénétiquement orchestrés et dont le rythme est calqué sur le morceau Guillaume Tell du compositeur Rossini (musique du générique du film de Stanley Kubrick Orange mécanique). Entre fous rires et étonnements en tout genre, le public médusé redécouvre des classiques de la danse, dont le Boléro de Ravel chorégraphié par Maurice Béjart ici revisité, et renoue une nouvelle fois avec la marque de fabrique des Chiens de Navarre : une énergie et un jeu dénués de limites.

Avec Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet, les Chiens de Navarre montrent leur incroyable sens du rythme et leur admirable dextérité chorégraphique, mais également à quel point leur recette opère sur d’autres formes que celle du théâtre. Néanmoins, cet objet chorégraphique, quoique très réussi, suscite une certaine frustration quant à l’absence de répliques truculentes dont la compagnie a le secret et fait naître d’ores et déjà l’attente de leur prochaine création théâtrale. 

Élise Ternat


Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet, les Chiens de Navarre / Jean‑Christophe Meurisse

Cie les Chiens de Navarre

Collaboration artistique : Isabelle Catalan

Avec : Caroline Binder, Céline Fuhrer, Robert Hatisi, Manu Laskar, Thomas Scimeca, Anne‑Élodie Sorlin, Maxence Tual, Jean‑Luc Vincent

Création lumière et régie générale : Yvon Julou

Régie plateau : Julie Leprou

Création son : Isabelle Fuchs

Photo : © Ph. Lebruman

Administration, production, diffusion : Antoine Blesson, Claire Nollez assistés par Léa Couqueberg

Production déléguée : Le Grand Gardon blanc / Chiens de Navarre

Résidence de création à La Ménagerie de verre (Paris)

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

Site du théâtre : http://www.les-subs.com/

Réservations : 01 78 39 10 02

Du 18 au 20 septembre 2013 à 21 heures et le 21 septembre à 21 heures dans le cadre de la Parquet Party précédée du film de Jean‑Christophe Meurice Il est des nôtres et suivi du concert Indiamore de Christophe Chassol

Durée : 1 heure

Tarifs : 8 €