« les Fourberies de Molière », de Jean Galabru, la Comédie Saint‐Michel à Paris

les Fourberies de Molière © Paul Évrard

Un beau feu d’artifice

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Jean Galabru, dramaturge, comédien et professeur de théâtre, a décidé de réunir sur scène Molière et ses personnages. Le talent des acteurs fait le reste.

Jean-Baptiste Poquelin est mort depuis plus de quatre cents ans et pourtant, il est encore bien vivant. La preuve avec ces Fourberies de Molière nées de l’imagination de Jean Galabru, qui est aussi l’auteur de plusieurs comédies (la Poule aux œufs d’or ; Bon appétit, messieurs !) et d’adaptations pour la scène et la télévision (le Faiseur d’Honoré de Balzac ; les Rustres de Carlo Goldoni ; Les affaires sont les affaires de Gustave Mirbeau, etc).

En pleine écriture de sa dernière œuvre, le Malade imaginaire, Molière (interprété par Jean Galabru lui-même) s’assoupit à sa table de travail. Il est au soir de sa vie, de plus en plus fatigué. Pendant son sommeil, il va assister au défilé de quelques-uns de ses personnages les plus célèbres venus se plaindre de leur sort et lui rejouer leurs plus grandes scènes. Il y a là Oronte, Alceste, Bélise, Argan et d’autres. On passe « du Misanthrope aux Précieuses ridicules, des Femmes savantes à Amphytrion » dans une mise en scène enlevée et cocasse. Les protagonistes se suivent à un rythme intense dans des allers-retours ininterrompus entre la scène et les coulisses. Pas besoin de connaître parfaitement ce répertoire pour en apprécier toute la saveur. On retrouve également avec bonheur cette langue du xviie siècle. Les alexandrins et calembours de M. Poquelin sont ronds et piquants à la fois.

Dans cette pièce dynamique et joyeuse, le public assiste à des saynètes truculentes tirées du répertoire de ce génie du théâtre français qui pensait que c’est « une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ». Pourtant, il y arrive encore aujourd’hui, car, à travers ses personnages stéréotypés, il dénonce tous les travers de l’être humain et de la société : l’avarice, l’hypocrisie, l’imposture, etc. « L’affaire de la comédie est de peindre en général tous les défauts des hommes, et il m’est impossible de faire aucun caractère qui ne rencontre quelqu’un dans le monde. » En ce sens, c’est tellement réussi que c’est un bon moyen de faire découvrir aux plus jeunes ce dramaturge surdoué.

Le spectacle est réussi

Les acteurs sont crédibles dans leurs perruques et costumes d’époque. Ils passent de rôle en rôle avec justesse, voire virtuosité. En effet, il n’est pas facile de paraître naturel et d’être convaincant lorsqu’on parle en rimes. La dernière scène, celle du Malade imaginaire, clos avec brio ce court spectacle d’une heure seulement. Je tiens donc à citer les acteurs, très talentueux, qui jouaient ce soir-là : Philippe Sablayrolles, Nathalie Berger, Marie Mansour, Nadine Capri. Petit bémol quant à Pierre Ardant qui était aussi de la partie, car ses colères trop appuyées, voire carrément surjouées, manquaient cruellement d’authenticité. Il hurlait plus qu’il ne vitupérait au détriment du texte qui appelait à une modulation plus subtile de la voix. Les effets comiques en étaient ainsi amoindris.

En ce qui concerne la mise en scène, je trouve dommage que Jean Galabru ait pris le parti de ne pas mieux intégrer le personnage de Molière dans les différents tableaux. En effet, la plupart du temps, il est en retrait de ce qui se déroule devant lui. J’aurais aimé qu’il s’insurge vraiment contre ses créations et leurs revendications, qu’il les bouscule, qu’il les malmène afin d’affirmer son droit d’auteur. Je suis donc un peu restée sur ma faim même si le spectacle est réussi et se laisse voir avec plaisir. 

Isabelle Jouve


les Fourberies de Molière, de Jean Galabru

Mise en scène : Jean Galabru

Avec : Jean Galabru, Nadine Capri, Philippe Sablayrolles ou Bruno Gouery, Pierre Ardant ou Lilian Degreve, Nathalie Berger, Marie Mansour

Costumes : Nadine Terras

Coordination / direction de production : Nathalie Berger, Marie Mansour

Photo : © Paul Évrard

La Comédie Saint-Michel • 95, boulevard Saint‑Michel • 75005 Paris

Réservations : 01 55 42 92 97

Site du théâtre : www.comediesaintmichel.fr

Métro : Cluny‑Sorbonne

Du 25 octobre 2016 au 29 janvier 2017, mercredi à 19 h 45 et dimanche à 18 h 15 ; supplément le samedi 31 décembre à 16 h 30

Durée : 1 heure

De 20 € à 26 €