« Les Trois Coups » signalent les parutions récentes consacrées au théâtre à ne pas manquer [13]

Le Grand Molière illustré, de Caroline Guillot, Éditions du Chêne,

Bulletin n°13 : en librairie…

Par Rodolphe Fouano
Les Trois Coups

Monographies, biographies, essais, mémoires, rééditions de classiques…

Le Grand Molière illustré, Éditions du Chêne, Caroline Guillot, Chêne, Rodolphe FouanoLe Grand Molière illustré,
de Caroline Guillot

Éditions du Chêne, Chêne BD, coll. Hors collection, 2017

96 p. / 14,90 €

La BD que Molière ne méritait pas !

La bande dessinée est-elle une bonne porte d’entrée pour faire découvrir le théâtre au plus grand nombre ? On semble le penser chez Hachette Livre puisque les Éditions du Chêne, après avoir lancé le Grand Shakespeare illustré en 2016 (traduit depuis en plusieurs langues), ont sorti au printemps dernier, selon la même formule, un volume dédié à Molière. Un troisième titre, consacré cette fois à Agatha Christie, paraîtra en novembre prochain.

La préface pose que « nous sommes tous les enfants de Molière », en faisant allusion aux souvenirs scolaires qui hantent souvent, il est vrai, immanquablement les Français. Mais partant du principe qu’une minorité seulement l’a vraiment lu, et même qu’un nombre infime sait qu’il a écrit 33 pièces en moins de 20 ans, l’auteur se donne pour objectif de « donner envie de dévorer ses œuvres merveilleuses » (sic). Pour ce faire, suit un ensemble assez hétérogène qui présente succinctement le contexte historique et un résumé analytique pièce par pièce, agrémenté d’anecdotes et de citations.

Comme le Grand Shakespeare illustré, le volume doit sa conception graphique et sa maquette à Caroline Guillot. Née en 1983, diplômée de l’École Olivier de Serres, l’illustratrice et auteur qui aime « dépoussiérer l’histoire de France », s’est spécialisée dans la vulgarisation historique, sacrifiant volontiers à l’humour noir et cultivant parfois, comme une marque de fabrique, les détails « trashs » (cf. son blog, lancé en 2011, trashcancan.fr).

La vulgarisation peut se justifier lorsqu’elle s’inscrit dans un projet social, si ce n’est politique, de « démocratisation culturelle ». Mais le concept de la collection ne nous semble pas vraiment atteindre cet objectif tant il est « bancal », comme dirait le chanteur de rock préféré des Français… Certaines précisions historiques ou mises en perspective sont certes fort pertinentes. Elles atteignent même parfois un degré d’érudition qui surprend. Mais compte tenu du reste, cela vient, parlons comme l’auteur, tel un cheveu sur la soupe ! Une espèce de maladroit saupoudrage didactique, à la manière d’un cours de rattrapage, d’un Molière pour les Nuls, mais raté, de mauvais goût.

Car, à chaque page, ou presque, l’on sombre plus souvent dans la vulgarité que l’on n’élève le lecteur par la vulgarisation. Abondantes, les expressions familières agacent. Quant aux détails trashs, ils n’apportent rien. Et s’ils font rire, c’est au second degré… Second, que dis-je ? Au cinquantième degré ! Ainsi, certains lecteurs pourront-ils être surpris que, par exemple, la « Fête des Plaisirs de l’île enchantée » soit appréhendée sous l’angle de la « première grosse chtouille de Louis 14 » (sic). Qu’ils ne s’offusquent pas de voir Jean-Baptiste Poquelin surnommé « J.B. » dans le rappel biographique qui précède. Jusqu’au moment où il crée l’Illustre Théâtre et « prend le pseudo de Molière » (re-sic). On connaît la suite, ici brutalement résumée : « Le succès et les pépètes ne sont pas au rendez-vous : il est envoyé par deux fois au trou pour dettes. » Ailleurs, on lit : « Si Molière a souvent écrit ses pièces à toute vitesse, il prend deux ans pour pondre le Misanthrope. Il faut dire qu’il traverse une triste période : censure du Tartuffe, rupture des ponts avec son pote Racine… »

On l’aura compris, on peut préférer lire le texte original ou aller voir les pièces au théâtre sans passer par cette (inutile) case « BD » que Molière ne méritait pas.

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur ici.