« Macadam Cyrano », d’après « Cyrano de Bergerac », d’Edmond Rostand, théâtre de rue

Macadam Cyrano © Florence Boyer / Atelier Chévara Macadam Cyrano © Florence Boyer / Atelier Chévara

Parfumé d’amour et d’humour

Par Valentin Lagares
Les Trois Coups

Un escabeau basique de couleur blanchâtre, des fleurets au métal étincelant dans ce qu’il y a de plus simple, des pantalons et tee-shirts de couleur noire dans ce qu’il peut exister de plus commun, une robe qui soit la plus appropriée possible. La rue pour seul décor, sans lumières ni sonorités musicales grandiloquentes. D’apparence modeste, ces ingrédients scéniques peuvent-ils parvenir à transporter le public quelques siècles en arrière, à savoir du temps de d’Artagnan et des mousquetaires ?

La réponse, résolument affirmative, est à trouver du côté de Macadam Cyrano, un spectacle judicieusement théâtralisé et « mis en rue » par Emmanuel Moser, artiste en chef de la compagnie suisse les Batteurs de pavés. Comme le laisse entendre son nom, cette troupe de comédiens et comédiennes pétri(e)s de talent s’est donnée pour mission artistique d’aller à la rencontre des gens en les faisant s’asseoir, tantôt sur le macadam, tantôt sur des pelouses, pour leur conter du théâtre. Donnée à voir en préambule de la présentation de la saison 2009-2010 du Théâtre Romain‑Rolland de Villejuif (Val-de-Marne), la séance de ce samedi de septembre 2009 n’a pu que produire ses effets délicieux, malicieux, judicieux. Tous plus réjouissants les uns que les autres.

C’est avec une énergie vivifiante et des capacités narratives époustouflantes que quatre batteurs et une batteuse de pavés ont décliné avec brio l’histoire de Cyrano de Bergerac et de Roxane, de Ragueneau et des cadets de Gascogne. Une histoire maintes fois jouée et rejouée sur les planches de théâtre et dont l’auteur, Edmond Rostand, a jadis été adapté à l’écran, avec le célébrissime Gérard Depardieu. En cinq actes, jeunes et très jeunes, personnes âgées et moins âgées, ont pu déguster le mets théâtral leur étant servi avec brio. En l’espèce, un mets goûteux, parfumé avec cet amour du théâtre qui suinte parfois à travers les répliques et contre-répliques auxquelles on assiste. Tel a été le cas à Villejuif. Au cours de ces cinq morceaux de bravoure scénique, la réalité et la fiction se sont joyeusement confondues avec beaucoup d’humour. Juché sur l’escabeau, l’un des comédiens résumait les scènes, donnait des repères explicatifs afin que l’histoire de Cyrano de Bergerac soit contextualisée, comprise du mieux possible par le plus grand nombre.

« Mesdames et messieurs, n’oubliez pas que la règle no 1 du théâtre de rue,
c’est qu’il n’y a pas de fauteuils. Il faut donc s’asseoir par terre tant qu’il reste du monde derrière soi.
Allez, allez ! »

S’y sont ajoutées quelques pincées de conseils civiques bienveillants, telle cette recommandation : « Mesdames et messieurs, n’oubliez pas que la règle no 1 du théâtre de rue, c’est qu’il n’y a pas de fauteuils. Il faut donc s’asseoir par terre tant qu’il reste du monde derrière soi. Allez, allez ! ». Comment le public pourrait-il ne pas s’exécuter face à la pertinence de cette suggestion ? Et pour capter davantage l’attention, tous les moyens ont été déployés, comme cette méthode efficace consistant à inclure l’auditoire, l’interroger, le questionner sur un mode actuel pour mieux le faire repartir dans le passé théâtral de Cyrano de Bergerac. Exemple : « Que trouve-t-on dans la maison de Roxane ? ». Comme prévisible, l’imagination débordante des plus petits s’est une fois de plus révélée au grand jour : un « frigo », une « Playstation » ou encore une « télévision ». Commentaire immédiat du comédien : « T’en est sûr ? En 1650 ? T’es trop fort, toi ! ». Et le voilà qui introduit la scène suivante, Roxane qui s’engouffre dans l’entrée d’un immeuble pour réapparaître à une fenêtre, flanquée d’un énorme nounours, de ceux que l’on gagne dans les foires sans trop savoir quoi en faire. Sourires récoltés. Attention assurément captée ! Que ce soit devant la mairie de Villejuif, dans le square public situé juste à l’arrière ou sur la placette jouxtant l’église, la mayonnaise culturelle a pris. La foule présente s’est laissé balader d’un endroit à l’autre, s’installant, puis se levant, se réinstallant pour se lever à nouveau. Au bout de plus d’une heure quarante, aucune déperdition n’était à déplorer dans les rangs des spectateurs, ce qui en soi mérite d’être relevé. Un bel hommage du public rendu à une pièce comme on aimerait en voir plus souvent dans les rues, dans ce contexte urbain qui pèse tant. 

Valentin Lagares


Macadam Cyrano, d’après Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand

Cie les Batteurs de pavés • case postale 2274 • La Chaux-de-Fonds • CH – 2302 • Suisse

Téléphone : +41 (0) 32 967 89 94

Site de la compagnie : www.batteursdepaves.com

Courriel de la compagnie : info@batteursdepaves.com

Mise en rue : Emmanuel Moser

Avec : Caroline Althaus, Renaud Berger, Laurent Lecoultre, Yannick Merlin et Matthieu Sesseli

Avec la participation ponctuelle de : Anne Breillat‑Kadri et Ivan Guibert

Maquillages : Séverine Irondelle

Costumes : Élodie Cino

Photo : © Florence Boyer-Atelier Chévara

Durée : 1 h 40 environ

Gratuit