« Macbeth », de Shakespeare, tragédie inadaptée par la Companhia do Chapitô, Théâtre Nouvelle Génération à Lyon

« Macbeth » © Silvio Rosado

Macbeth à la Moulinette portugaise

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Une des tragédies les plus sanglantes et les plus horribles de Shakespeare transformée en comédie délirante pour trois comédiens et en une heure vingt chrono, voilà qui est inédit… Et réussi !

Cette parodie, puisque c’en est une, est en effet une véritable réussite. Il faut dire que la Companhia do Chapitô, aussi école de cirque, spécialisée dans les spectacles pour la jeunesse, n’en est pas à son coup d’essai : elle a déjà monté la Tempête, Don Quichotte, Médée, Roméo et Juliette, etc., avec autant de bonheur. Ajoutons à cela que les trois acteurs, Jorge Cruz, Duarte Grilo et Tiago Viegas, sont dirigés de main de maître par John Mowat, que ce sont de vrais clowns, extrêmement drôles, doublés de musiciens-bruiteurs particulièrement inventifs.

Pour couronner le tout, la scénographie est simplissime, obligeant le trio à faire preuve de ses talents de bricoleurs pour fabriquer à découvert la lande battue par les vents ou le château sépulcral, faire surgir des esprits, la pluie, la guerre et ses fumées… À part ça, trois micros juchés sur pieds deviendront dans leurs mains hallebardes, canassons ou autres, et les kilts compléteront la couleur locale. Ces hommes-orchestres, à eux trois, font vivre la trentaine de personnages, y compris féminins, du drame, et ils le font drôlement bien, avec une énergie et une joie communicatives, chacun passant d’un rôle à l’autre comme par magie, se transformant en roi, sorcière ou soldat au gré de l’histoire. Les scènes de bataille à trois corps et trois piques donnent l’illusion des corps-à-corps violents et de la confusion des champs de bataille. Peu importe alors qui en sort vainqueur…

Une heure vingt chrono et trois comédiens

Et l’histoire, justement ? Car, après tout, le titre donné engage quelque peu… La pièce de Shakespeare est touffue, complexe, entre ce qui est dit, ce qui est désiré, ce qui est prédit, ce qui va advenir, sans parler des énigmes par le truchement desquelles les sorcières s’expriment, comme cette forêt qui marche ou cet homme qui n’est pas né d’une femme, seul capable de détrôner Macbeth… Eh bien, l’histoire nous est contée, sans omettre les détails, et rendue lisible et compréhensible. Les adolescents présents en masse ce soir-là n’ont apparemment pas éprouvé de difficulté à se repérer entre les Écossais et les Norvégiens, entre celui qui deviendra roi et celui dont les enfants seront rois, entre apparitions de sorcières bien réelles et hallucinations d’une Lady Macbeth poursuivie par le remords du meurtre qu’elle a fait commettre à son mari sur son hôte, son ami et son roi, triple crime !

Pour plus de clarté, le metteur en scène a affublé chaque personnage d’un tic ou d’un élément de costume le rendant identifiable. Et comique. Par exemple, Lady Macbeth se reconnaît-elle à un geste de la main rejetant derrière son épaule une chevelure qu’on se figure opulente… Elle délaisse ainsi pour un instant son amour du pouvoir pour jouer les séductrices.

Il n’est pas sûr, évidemment, que l’esprit du grand auteur anglais souffle encore vraiment dans cette déconstruction, mais l’on retrouve dans cette œuvre collective quelques-uns des composants du drame élisabéthain : la capacité notamment à mêler fantastique, burlesque et horreur, à montrer la folie des puissants et surtout cette invraisemblable et, semble-t-il, inépuisable imagination qu’on aime tant. Et surtout, c’est le théâtre qui sort vainqueur de cette fête insolente et joyeuse, cette ode à l’intelligence du spectateur. 

Trina Mounier


Macbeth, de William Shakespeare, tragédie inadaptée par la Companhia do Chapitô (Portugal)

Création collective

Mise en scène : John Mowat

Assistant à la mise en scène : José Carlos Garcia

Avec : Jorge Cruz, Duarte Grilo, Tiago Viegas

Costumes : Glória Mendes

Lumières : Samuel Rodrigues

Photos de Macbeth : © Silvio Rosado

Direction de production : Tânia Melo Rodrigues

Remerciements : Antonio Pinheiro, Carole Garton, Maria Guerrero, Mariana Portugal Dias, Paulo Machado

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

04 72 53 15 15

www.tng-lyon.fr

Les 28 et 29 avril 2015 à 19 h 30, le 30 avril à 14 h 30

Durée : 1 h 20