« (Malins et) Menus plaisirs », par le trio Canopée, salle de spectacle de l’association Bourg-L’Évêque à Rennes

Trio Canopée © Benjamin Janlouis

Un menu exquis
et convivial

Benjamin Janlouis
Les Trois Coups

Après plus d’une année d’absence, le trio Canopée revient à la scène dans une nouvelle formation et avec un programme original.

Nous avions quitté un trio Canopée composé de Catherine Lucquin (violon), Anne Le Signor (harpe) et Aline Jalliet (soprano). La nouvelle formation comprend toujours Aline Jalliet, mais elle est désormais associée à Pascal Tufféry (clavecin) et Claude Hamon (flûtes à bec et percussion). Le répertoire, lui, reste fermement ancré dans la musique baroque.

Le groupe propose une échappée musicale et poétique autour des plaisirs matériels, la musique, l’amour et ces régals de bouche que sont le café et le chocolat. On sait qu’à l’époque baroque ces délices profanes le disputent à l’extase de la dévotion à Dieu.

Ici, les compositeurs élus (Playford, Purcell, Bernier, Bach lui-même, Mozart, Rameau…) ont choisi de célébrer un bonheur tout terrestre. Nous les suivons sans peine sur ce chemin.

Sous le signe de la joie et de la légèreté

Le programme s’intitule sobrement « À souper » et se compose comme il se doit de trois services comprenant « Oilles et potages, grandes entrées, rosts et chaud-froid, grands entremets et desserts ». Le tout, quoi qu’il y paraisse, sous le double signe de la joie et de la liberté.

L’entrée de nos trois marmitons se fait avec quelque cérémonie au son de The Queen’s Delight (Playford), et c’est Claude Hamon seul qui, à la flûte à bec, ouvre le ballet. Quand, à pas lents, il a regagné son poste, ce sont Aline Jalliet et Pascal Tufféry qui rejoignent les leurs en un circuit croisé. On ne sait ce qu’il faut admirer le plus de cette simple chorégraphie ou de l’interprétation du flûtiste. La pièce suivante, If Music Be the Food of Love (Purcell), un vrai programme vous en conviendrez, met en évidence toute la pertinence de la nouvelle formation. La voix, la flûte et le clavecin ont des timbres qui s’harmonisent parfaitement, et chacun tire parti du voisinage de l’autre.

Le passage aux « grandes entrées » révèle un aspect attrayant différent de ce concert : l’interactivité. Des spectateurs, qui se sont portés volontaires auparavant, sont invités à lire des textes sur le café, le chocolat et leur consommation. Les artistes se répartissent aussi les annonces, et tout écrit en langue étrangère est traduit. Miracle, tout cela s’accomplit très naturellement.

Sur le plan musical, on a admiré la vélocité et parfois la virtuosité de Pascal Tufféry dans ces Barricades mystérieuses (Couperin), où de bons esprits voudraient voir une dénomination malicieuse de certains dessous féminins raffinés. Deh vieni non tardar (Mozart, les Noces de Figaro) est une occasion supplémentaire de constater à quel point Aline Jalliet excelle dans les pièces dramatiques, et spécialement dans Mozart. L’extrait de King Arthur (Purcell), Fairest Isle, joue admirablement du contraste entre la flûte basse et la légèreté aérienne de la soprano. Claude Hamon et Pascal Tufféry donnent une interprétation réjouissante de Haendel (Adagio et Gavotte en ut mineur), nuancée et délicate, enlevée quand il le faut.

Enfin, on sort de table tout ravi avec la Conversation et la Musique (extraits des Plaisirs de Versailles, Charpentier), et le jeu très drôle d’Aline Jalliet avec ses masques n’en est pas seul responsable. L’éloge ampoulé du Roi Soleil y tient largement sa part, au rayon du comique involontaire, cela va sans dire. Les deux rappels permettent au public de s’exprimer à son tour par le chant, avec une pièce sur le café dont une partition a été remise en même temps que le programme, mais surtout avec cette traditionnelle chanson à boire du Moyen Âge, Qui veut chasser une migraine ou L’eau ne fait rien que pourrir le poumon. Pour ce dernier titre, la chanteuse a reçu le renfort d’un spectateur, une basse bien connue des amateurs rennais, Jacques Poissenot.

Les larges sourires de l’assistance à la sortie témoignaient assez des plaisirs que peuvent procurer le chocolat et le café… quand la musique est bonne et bien interprétée ! 

Benjamin Janlouis


(Malins et) Menus plaisirs, par le trio Canopée

Avec : Aline Jalliet (voix), Pascal Tufféry (clavecin) et Claude Hamon (flûtes à bec et percussion)

Salle de spectacle de l’association Bourg-L’Évêque • 16, rue Papu • 35000 Rennes

3 février 2015, à 21 heures

Durée : 1 h 30

10 € | 5 €