Marie Daguerre, concert, les Déchargeurs à Paris

Marie Daguerre © D.R.

Bulle, envole-toi !

Par Sylvie Beurtheret
Les Trois Coups

« Paris est tout petit ce soir, c’est bien ». Oui, Marie Daguerre, c’est bien. Car dans l’intimité de cette toute petite cave voûtée du théâtre les Déchargeurs, où de nombreux artistes font leurs premiers pas, on entend parfaitement battre le cœur de la poésie. Et votre univers jazzy groove malicieux qui frissonne sur des textes esquissés au pinceau fin n’est justement que poésie. Au soir de cette première, donc, nous sommes juste quelque vingt spectateurs venus là vous écouter. Vous découvrir. Vous et vos deux musiciens, qui sont vos ailes déployées. Je ne vous connais pas. Mais vous allez très vite m’apprivoiser. Et m’emporter dans vos chansons bulles de savon, légères, légères, soufflées par la grâce mutine de votre bouche framboise écrasée.

Mais qui êtes vous, Marie Daguerre ? À vous regarder bouger, aérienne, espiègle et frémissante, avec vos grands yeux noisette d’écureuil effarouché, vos cheveux courts à la Louise Brooks, votre petite robe de princesse, vos graciles gambettes en bas résille comme deux filets à papillons, on vous dirait tombée des pages d’un conte de fées. D’ailleurs, votre histoire en est un. Permettez ? Je raconte.

Il était une fois une petite Marie qui grandit en écoutant les Beatles, rêvant de faire « actrice ou voyageuse ». Comme elle est têtue, Marie, elle ne tarde pas à devenir comédienne, même si elle pense parfois que voyageuse, ça aurait été plus rigolo. Alors qu’elle vogue entre théâtre contemporain et classique, clown et conte, la veinarde croise le prince charmant qui va semer la graine magique transformant le désir en possible : William Herremy, Belge, 1,90 m de talent. Metteur en scène et réalisateur, il écrit des histoires, compose des chansons et joue de la musique. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer, qui se découvrent une complicité poétique et musicale foudroyante.

« Marie Daguerre »

Alors Marie dit oui. Oui au Oui Théâtre, la compagnie de William qui vient de mettre au monde Un coin de lune et de soleil, spectacle musical pour enfants joué à Avignon. Marie y chante. Tiens, elle aime ça. C’est comme voyager. Alors Marie se met à écrire. En espagnol d’abord, fruit de ses origines chiliennes. Puis en français. Quand, par surprise, le chevalier William sur sa guitare propose de lui composer un album. Marie dit encore oui. Le temps de faire entrer dans la ronde la contrebasse et le clavier du musicien Mathieu Denis, un fan de jazz soul, abricadabra : Marie la fée est chanteuse. « J’ai, résume l’ingénue, rassemblé mes mots, mon corps, ma voix, mes influences, des musiciens, et ça a donné ça… ».

Ça, ce sont les 18 chansons que vous nous offrez ce soir, Marie. D’une voix peau de pêche posée en émouvante symbiose sur la pop folk mélancolique, énergique et ludique de vos deux jouisseurs complices, vous égrenez de manière subtile et décalée vos obsessions, vos joies, vos désarrois. Toutes ces petites tempêtes qu’il y a dedans votre tête. Vos textes se boivent comme des perles de rosée. Se sucent comme des bonbons acidulés. Vous dites l’influence de Barbara, Suzanne Vega, Audrey Hepburn. Je pense, moi, à Juliette Gréco. Mais vous êtes surtout un papillon qui ne s’épingle pas. Et dont l’envol va apporter une grande fraîcheur à une variété française qui, ces derniers temps, sent un peu trop l’odeur de renfermé des petites choses du quotidien.

Voilà ! La luciole s’est évaporée. Ma bulle de savon éclate, et j’ai les yeux qui piquent… Ne me reste plus qu’à attendre la sortie, promise début novembre, d’un album nommé D’air et d’os. Un titre aérien et lunaire. Comme vous, Marie Daguerre. 

Sylvie Beurtheret


Marie Daguerre, concert

Coréalisation les Déchargeurs-Cie Oui Théâtre

Avec : Marie Daguerre (chant), William Herremy (composition, guitare), Mathieu Denis (contrebasse, clavier)

Photo : © D.R.

Les Déchargeurs • 3, rue des Déchargeurs • 75001 Paris

Salle La Bohème, tous les jeudis à 21 h 45 du 3 septembre au 17 décembre 2009, relâche exceptionnelle le 26 novembre 2009

16 € | 13 € | 10 €