« Muerte y reencarnaciòn en un cow-boy », de Rodrigo García, salle Gabily à Rennes

Muerte y reencarnaciòn en un cow-boy © Christian Berthelot

« Créer une pièce lugubre »

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Rodrigo García, dramaturge, vidéaste, metteur en scène et directeur de la Cie Carniceria Teatro est un Argentin qui vit à Madrid depuis 1986. Habitué du Théâtre national de Bretagne, à Rennes, il y vient régulièrement réveiller les spectateurs, secouer les conformismes et, parfois, choquer le bourgeois. Sa nouvelle création, la sixième à Rennes, était donc très attendue. Le public de la première lui a accordé un accueil plus que mitigé.

Rodrigo García déclare de Muerte y reencarnaciòn en un cow-boy (« Mort et réincarnation en cow-boy ») que « pour la première fois [il] travaille de façon décontractée ». Il poursuit : « Les deux comédiens font ce que je leur suggère et, je ne sais par quel mystère, ils se débrouillent pour créer quelque chose à partir de mes propositions, en général fragiles. […] Produire un univers de fiction, où l’on n’assimile pas les choses grâce à une explication (externe), où les évènements arrivent tout simplement orphelins et, par chance, parviennent à la poésie. […] Je suis surpris de constater que nous sommes en train de créer une pièce lugubre. Peut-être parce que j’éprouve une tristesse, un chagrin profond face au devenir du rire dans l’histoire ». Le fait est que l’on rit peu au cours de cette pièce divisée en deux parties, dont le rapport n’est pas évident.

Le rideau est levé quand les spectateurs entrent dans la salle. On découvre un immense plateau. Au centre, posé au sol, un téléviseur présente les images d’une agonie. Bientôt, l’écran de T.V. va être déplacé en fond de scène. Deux hommes en short, appuyés contre la structure du plateau, vont se lever, et ils ne vont pas tarder à piétiner deux guitares électriques posées au sol et qu’on n’avait pas aperçues, dans la pénombre. Les guitares martyrisées produisent des sons saturés à écorcher même des oreilles peu sensibles. On a parfois l’impression de se retrouver dans une sorte d’usine démoniaque. Ce vacarme sonore, provenant de diverses sources, va durer près d’une heure, pendant laquelle se déroulent des scènes au sens problématique (très belles images d’ombres projetées, fugitives, hélas !).

Quand, enfin, le vacarme cesse, on nous présente un tableau figurant une femme ligotée et torturée. Est-ce ce tableau qui les inspire ? L’un des deux hommes entreprend de ligoter la langue de l’autre. Avec cette langue entravée, l’homme tient de longs discours dont il est évidemment impossible de saisir le premier mot. Le spectacle a commencé depuis une heure environ et les deux hommes se rhabillent.

Pour la deuxième partie, les deux protagonistes sont habillés de façon très chic : chemise et lunettes noires, costume et chapeau. Assis en tailleur de part et d’autre d’une sorte d’aquarium, nos deux personnages discourent posément en un castillan plutôt soutenu. La conversation de salon porte sur le rire (voir plus haut), sur la cocaïne comme vecteur de participation, sur la naissance des enfants, sur les rites dans les couples, sur le suivisme, etc. Cela dure trente à quarante minutes, et les paradoxes développés (vous prenez une idée communément admise et vous la retournez) suscitent quelques rires. Il faut saluer la performance physique de Juan Loriente et Juan Navarro dans la première partie et leur flegme dans la seconde. Leur dialogue montre à l’évidence que ce sont deux grands acteurs.

Mettre en scène est un festival de recherche. Il est donc normal d’y présenter des œuvres singulières qui peuvent dérouter le public. Il semble, à en juger par les maigres, très maigres applaudissements d’une minorité de spectateurs, que cette fois-ci Rodrigo García a déçu même ses habituels supporteurs. C’est sans doute normal quand on ne voit pas quel sens on peut donner à la provocation. Il n’est pas interdit de s’en prendre aux icônes, mais, quand on a fait table rase, vient le temps de la reconstruction. Rodrigo García semble l’avoir oublié. 

Jean-François Picaut


Muerte y reencarnaciòn en un cow-boy, de Rodrigo García

Traduction de Christilla Vasserot

Mise en scène : Rodrigo García

Avec : Juan Loriente, Juan Navarro, Marina Hoisnard

Lumières : Carlos Marquerie

Vidéo : Ramon Diago

Régisseur général : Jean‑Pierre Timouis

Assistante : Carolina Aldana Nufiez

Régie lumière : Ronan Cabon

Régie son : Vincent Lemeur

Régie vidéo : Patrice Goasduff

Maquilleuse-coiffeuse : Chantal Gabiache

Photo : © Christian Berthelot

Construction du décor : Yann Cholet

Avec la participation de toute l’équipe du T.N.B.

Remerciements au maître du chat, Vincent Ramage

Production Théâtre national de Bretagne-Rennes, La Carniceria Teatro

Création dans le cadre des résidences du Centre européen de production théâtrale et chorégraphique

Spectacle en espagnol surtitré en français

Durée : 1 h 45

Du 11 au 14 novembre 2009

Salle Gabily • rue Jean‑Marie‑Huchet • 35000 Rennes

Renseignements et réservations :

Théâtre national de Bretagne • 1, rue Saint‑Hélier • 35000 Rennes

Billetterie : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr