« Neuf petites filles [Push and Pull] », de Sandrine Roche, l’Élysée à Lyon

« Neuf petites filles » © Jacques Bonnot

Histoires de filles

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Chaque année, les Journées de Lyon des auteurs lyonnais organisent un concours dont le but est de repérer des textes inédits de théâtre et d’aider à ce qu’ils soient portés à la scène. Sandrine Roche figure au palmarès 2011 pour « Neuf petites filles (Push and Pull) » que Philippe Labaune met en scène à L’Élysée. Avec un talent qui n’arrive pas à rehausser l’intérêt d’un texte un peu trop uniforme pour être convaincant.

Le titre est explicite. Tout autant que le sous-titre, d’ailleurs, qui évoque chamailleries, tirages de cheveux et cruautés diverses de cours de récréation. Le texte s’inscrit dans cette annonce avec un enchevêtrement de paroles de petites filles – ou de toutes jeunes filles, l’ambiguïté est patente et voulue. Il semble les écouter par le trou de la serrure, en épie les murmures, en dévoile les sous-entendus et les connivences, en met en évidence tout ce qui peut nous troubler dans le registre de la fausse innocence et de la vraie perversité. Entre elles, elles parlent de leur corps, de leur apparence, de leurs rêves, de leurs interrogations. Elles se comportent en fieffées chipies qui ne reculent devant rien pour mettre à terre une rivale : tous les coups bas sont permis, du croc-en-jambe à la moquerie, à l’insulte sociale, à l’exclusion. Leur royaume est aux enfers, leurs rêves oscillent entre Lolita et vampires, grands inspirateurs de la littérature adolescente.

Loin d’être dogmatique, le texte procède par petites touches, fragments de dialogues, très courtes scènes, short cuts qui plongent dans nos souvenirs et remontent chargés d’images. L’ennui est qu’il n’y a pas de progression dramatique et que la répétition ne constitue pas forcément matière à théâtre.

Loin du vert paradis…

Si le texte n’est pas d’une grande subtilité, la mise en scène, au contraire, joue à fond sur les équivoques et séduit d’abord par son étrange beauté. Une série de vieux électrophones Teppaz joue à l’envi toutes sortes de musiques, dont quelques rengaines qui ont bercé l’enfance de nos grands-mères. Un grand carré délimité par de longs néons représente une arène ou une cour de récréation peuplée de dizaines de poupées en Celluloïd de tailles diverses et qui nous regardent de leurs yeux morts. Sont-elles les cadavres des luttes de leurs sœurs vivantes ? Leurs aïeules ? Leurs doubles ? Au milieu d’elles, évoluent, se poussent et se tirent les neuf petites filles, incarnées par six actrices et quatre comédiens, qui tentent d’épargner tous ces corps de plastique par des gestes lents et mesurés, presque chorégraphiés, et y créant pourtant un certain désordre et grand dégât. Ce faisant, ils se manipulent l’un l’autre, chacun étant le jouet, le mannequin de l’autre… Oui, il y a bien six actrices et quatre comédiens, ce qui ne « tombe » pas juste, quelle que soit la manière de compter, énigme supplémentaire… Et occasion de jouer à se travestir, à se projeter dans un autre corps, une autre vie…

Ce ne sont pas des petites filles qui jouent, mais des jeunes femmes magnifiques, toutes habillées d’une très courte petite jupe noire (ah ! la fameuse petite robe noire…) sous laquelle se découvre petit slip et porte-jarretelles. Ces jupes qu’elles passent leur temps à descendre en se déhanchant, sanglées dans des petits hauts ajustés, juchées sur des talons aiguilles, références assumées aux poupées Barbie tant admirées… Images de ces enfants hypersexualisées qui peuplent nos magazines…

Tout cela est esthétiquement réussi, évidemment séduisant, mais tarde à nous maintenir en éveil dans la durée : l’art de la répétition est un art difficile, et le théâtre se passe mal d’une vraie progression dramatique… 

Trina Mounier


Neuf petites filles (Push and Pull), de Sandrine Roche

Éditions théâtrales, 2011

Théâtre du Verseau : 04 72 73 47 78

http://theatreduverseau.blogspot.fr/

theatreduverseau@club-internet.fr

Mise en scène : Philippe Labaune

Avec : Marion Aeshlimann, Alizée Bingöllü, Sonia Delbost‑Henry, Étienne Gaudillère, Philippe Labaune, Marion Lechevallier, François Leviste, Nicole Mersey, Jonathan Peronny, Elsa Rocher

Remerciements à Claire Davy, Benjamin Nesme, Claude Murgia et Bastien Farout pour leur soutien technique et artistique

Photo : © Jacques Bonnot

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

www.lelysee.com

Réservations : 04 78 58 88 25

Du 25 au 28 avril 2012 à 19 h 30, dimanche 29 avril 2012 à 15 heures

Durée : 1 h 30