« Petite mélodie pour corps cassé », de Christelle Hunot, l’Arche de Bethoncourt

Petite mélodie pour corps cassé © Christelle Hunot

Christelle Hunot : finesse et subtilité

Par Maud Sérusclat-Natale
Les Trois Coups

Joué à l’Arche, scène nationale conventionnée pour l’enfance et la jeunesse, « Petite mélodie pour corps cassé » est un travail dansé, présenté comme du théâtre « corporel et textile » à destination des bouts de chou. On y parle, sans un mot, de la blessure et de la reconquête de soi. Un petit bijou de métaphore et de poésie.

C’est pour les petits et pourtant, c’est du sérieux. L’héroïne de notre histoire est une fillette qui, à l’aube de sa vie, a eu un grave accident de voiture. Elle est donc condamnée à demeurer plusieurs années dans une chambre, le temps de réparer les dégâts et de réapprendre à se mouvoir, à se contrôler, à se voir, à vivre. Cette chambre est aussi l’atelier de couture de sa mère. Dit comme ça, on pourrait hésiter un peu avant d’emmener sa délicate progéniture au théâtre, alors que le spectacle est visible à partir de 3 ou 4 ans. Ça serait dommage de s’en priver, car le travail de Christelle Hunot est d’une finesse et d’une subtilité rares.

Bien loin de la mièvrerie ou du pathos, le registre choisi par l’artiste permet de mettre des mots sur des évènements que les enfants, à dire vrai plus au courant de la « vraie vie » que ce qu’on voudrait croire, perçoivent et reçoivent très bien. D’autant que tout se joue sur le symbole. Aucune violence n’apparaît sur le plateau, au contraire. La danseuse, Nina Gohier, une jeune femme au visage poupin et tout en rondeur, sautille autour d’une couette, couverte d’un tas d’oreillers moelleux, tous d’une blancheur immaculée.

On irait volontiers fait une bagarre de polochons avec elle quand, soudain, elle s’écroule sur le lit. La musique s’arrête, le temps s’arrête, tout s’arrête, nous restons suspendus au fil de l’histoire. Les petits cœurs se mettent à battre plus fort. La robe rouge carmin de notre danseuse se froisse, se plisse et se transforme en petite rose écarlate au milieu de ce grand lit blanc. Peu à peu, elle est engloutie sous les plumes. Voilà donc l’accident… La jeune fille devra ensuite livrer bataille et lutter pour enfiler son nouveau corps : une robe d’oreillers. D’abord bien encombrante, elle parviendra à l’apprivoiser. Elle s’allégera graduellement et finira par lui rendre son agilité espiègle d’origine. L’expérience de la reconquête de soi en plus.

Le choix des images est juste

Ce chemin de la guérison qui se tisse fil après fil devant nous est souligné par des projections vidéo, qui apparaissent sur un mur de coussins, érigé dans la chambre. Des broderies, des coutures, des gravures, de la dentelle, qui créent des petits personnages comme le monde imaginaire que la petite fille nourrit, pendant ce temps. Tantôt miroirs d’elle-même, tantôt fenêtres ouvertes sur ses pensées et ses rêves, le choix des images est juste, les métaphores délicates, les contrastes et les matières raffinés.

Comme un kaléidoscope éclairé par la lumière des étoiles, Petite mélodie pour corps cassé est polymorphe et polysémique. Il illustre nombre de situations que j’ai, que vous, que nous avons pu vivre. Les parents ne s’y ennuient donc pas du tout. Doux comme du velours, il parle pourtant de la vraie vie, celle qui pique, qui brûle et qui n’est pas tendre. Il sera sans nul doute l’occasion d’entreprendre une conversation passionnante avec les petits spectateurs qui, alors que vous pensez qu’ils auront besoin de mettre des mots sur toutes ces images, sauront vous dire qu’ils avaient déjà tout compris. « Ben oui, la dame, elle a eu une blessure. Pis, à la fin, elle dansait. Alors elle était guérie, et c’était beau » (Juliette, 3 ans et demi).

Après le spectacle, les enfants sont invités à découvrir une exposition à ressentir, à toucher, à tripoter, à déballer, à déboutonner. On y retrouvera les tissages et les textiles de la pièce… Le temps que leurs parents se remettent de leurs émotions. 

Maud Sérusclat-Natale


Petite mélodie pour corps cassé

Direction artistique, conception et réalisation : Christelle Hunot

Avec : Nina Gohier

Création musicale : François Athimon

Création lumière : Alexandre Musset

Régie générale : Émilie Hoyet

Vidéo : Vincent Cadoret

Mapping : Bertrand Bouessay

Photo : © Christelle Hunot

L’Arche de Bethoncourt, MA scène nationale • 1, rue d’Héricourt • 25200 Bethoncourt

Réservations : 0805 710 700

billeterie@mascenenationale.com

Le 19 novembre 2014 à 16 h 30, le 21 novembre à 19 heures

Durée : 45 minutes

6 € | 3 €