Portrait de Nadine Béchade, réalisé à Avignon

Nadine Béchade © D.R.

Nadine Béchade : une comédienne citoyenne

Par Vincent Cambier
Les Trois Coups

Le papa et la maman étaient ouvriers et avaient quatre filles à élever. Ils n’étaient pas spécialement préoccupés par l’amour de l’art. Alors que Nadine a toujours eu envie de faire du théâtre. Elle a commencé par faire des « trucs » au lycée et à la fac. Puis elle a suivi des cours d’art dramatique au conservatoire de Limoges, « en dilettante ». Le professeur qui dirigeait la classe ne la motivait pas. Enfin, en septembre 1993, Michel Bruzat prend la direction de la classe de trente élèves, et tout change. Alors que Nadine et Michel s’étaient très peu parlé, ce dernier lui propose le rôle de la Mère Ubu en octobre 1993, suite au forfait d’une autre comédienne. « Pourquoi moi ? », lui dit-elle. En tout cas, elle accepte avec empressement. La pièce marche bien au Off d’Avignon 1994, au Balcon. La presse est excellente et France Culture fait un enregistrement d’Ubu.

Les spectacles vont alors s’enchaîner. Fin 1994, création de Croisements divagations, d’Eugène Durif. Février 1995, Bruzat crée les Caprices de Marianne, comme un ballet tauromachique. En juillet 1995, la pièce est jouée dans le Off, au Balcon. C’est à cette occasion que je découvre Nadine. Je suis stupéfait par la présence incandescente qu’elle donne à son rôle d’absente. Juste avant, en juin, pour la compagnie de la Corde-Verte, elle joue dans Zoo Story, d’Edward Albee, et juste après Avignon, en septembre 1995, dans BMC, d’Eugène Durif, avec Yann Karaquillo (l’Octave bondissant des Caprices). Et encore : les Petites Chemises de nuit, avec Michel Bruzat, en janvier 1996 et Roberto Zucco, avec la Corde verte et une mise en scène de Yann Karaquillo. Avril 1998, George Dandin mis en scène par Philippe Labonne [de la tribu Bruzat]. Enfin, Avignon, avec Quatre à quatre, de Michel Garneau et Au bon cabaret (créé en mars 1997 à Limoges), mis en scène par Yann Karaquillo. Pour une jeune comédienne, chapeau le parcours ! Et j’en oublie…

Ce qui, précisément, excite Nadine, c’est de changer souvent de rôles, de ne pas entrer dans une routine. Elle sait aussi que le théâtre est l’art de l’éphémère et que c’est la règle du jeu. Elle s’enthousiasme et ajoute : « Comme dit Michel Bruzat, il faut donner un rendez-vous d’amour au public, sans jamais savoir s’ils viendront. C’est un défi permanent. ». Malgré sa jeunesse, elle a « tout le temps conscience d’être une privilégiée ».

« Nous sommes missionnés pour donner du bonheur aux gens et à nous-mêmes », affirme-t-elle. À cet égard, sa participation aux dix représentations sans suite de l’Orestie, mise en scène par Silviu Purcărete à Limoges, lui a laissé un goût amer, douloureux. Ce n’est pas comme ça qu’elle conçoit son métier : « Il faut redistribuer l’argent public des subventions théâtrales aux spectateurs ! ». À l’inverse, La Java des Gaspards a représenté Au bon cabaret dans toutes les conditions, dans tous les lieux et dans une mise en scène très variée : « Là, dit-elle, on se rend compte de l’utilité civique de ce que l’on fait. ». Elle précise : « Je ne me sens pas marginale, j’ai une fonction sociale. ».

Pour Avignon et les deux spectacles très différents où elle joue, Nadine me lance : « Au bon cabaret, j’y tiens autant qu’à Quatre à quatre, car on procure de la joie [je confirme, j’ai vu le plaisir des gens dans la salle], c’est aussi important que de faire réfléchir. ». Le seul problème ? « C’est de quitter les filles [Flavie Avargues, Marie Thomas, Maria Beloso Hall, ses partenaires] après Quatre à quatre ! » Elle termine en affirmant qu’« enchaîner les deux, c’est un luxe ! ».

« Il ne faut pas sacraliser le théâtre, je n’ai pas envie qu’on me regarde comme quelqu’un d’exceptionnel. Mais le plaisir qu’on prend au théâtre, lui, est sacré. »

Fin août 1998, Nadine Béchade reprend les Petites Chemises de nuit à Aurillac. Elle se réjouit d’avance d’y avoir de vrais contacts et une fonction sociale.

« Maintenant, j’ai envie de travailler la commedia dell’arte, les masques, le clown », me lâche-t-elle avant de partir. 

Vincent Cambier


Au bon cabaret, conçu et réalisé par Yann Karaquillo

La Java des Gaspards • 87000 Limoges

Orchestre monosymphonique : Christophe Dupuis

Avec : Nadine Béchade, Stéphanie Claud, Cécile Karaquillo, Florence Kolski, Gilles Favreau, Claude Gélébart, Jules Lagrafeuil, Philippe Reilhac

Chorégraphies : Mademoiselle Maryline et Monsieur Jacky

Dressage d’animal : Lucien Michard

Perruquier : Monsieur Florent

Illuminations : Franck Roncière

Décors : Jérôme Rousseau

Le Rouge-Gorge • place de la Mirande • Avignon

04 90 14 02 54

À 18 h 33, tous les jours ; durée : 1 h 30

Quatre à quatre, de Michel Garneau

Mise en scène : Michel Bruzat

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • Avignon

04 90 85 00 80

À 15 h 40, tous les jours ; durée : 1 h 20