« Psycause(s) », de Josiane Pinson, Théâtre de l’Étincelle à Avignon

Psycause(s) © D.R. Psycause(s) © D.R.

Comment bien vieillir quand on est femme et psychanalyste ?

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Josiane Pinson, la seule interprète de ce spectacle, en est aussi l’auteur. Fidèle à sa manière, elle s’attache ici à un portrait de femme, une psychanalyste, avec autant de causticité que de tendresse.

On ne voit d’abord que lui, l’accessoire essentiel, un fauteuil rouge vif qui trône au milieu de la scène. Il sera tour à tour le fauteuil de l’analyste et le divan des patients, des patientes plutôt, à l’exception d’un seul. Ajoutez un téléphone portable et une paire de lunettes qu’on chausse ou déchausse, et la comédienne peut entrer en scène. Cette économie de moyens est remarquable et le serait encore plus si la mise en scène et les éclairages étaient un peu plus travaillés. C’est d’ailleurs à peu près le seul reproche qu’on peut faire à Psycause(s).

Pendant une heure vingt, Josiane Pinson va faire vivre devant nous une psychiatre assaillie par le doute. Elle doute de ses capacités professionnelles à force de voir défiler la misère psychologique et souvent sociale. Ses enfants l’aident bien à douter de ses capacités de mère. Et, pour finir, avec la cinquantaine, elle doute d’elle-même en tant que femme. Peut-elle encore séduire, aimer, être aimée ?

Leur « misérable petit tas de secrets »

Josiane Pinson incarne aussi un certain nombre de ses patientes. Certaines sont des personnages récurrents, d’autres ne font que passer : toutes sont bien vivantes devant nos yeux, avec leurs obsessions, leurs manies, leur « misérable petit tas de secrets ».

Arrivés à ce point de votre lecture, vous vous demandez peut-être si Psycause(s) n’est pas un drame épouvantablement sombre. Rassurez-vous, il n’en est rien. Si les amateurs de grosse gaudriole ne trouveront pas leur compte ici, ceux qui aiment le rire de bon aloi ou le sourire seront gâtés. Le texte de Josiane Pinson est très brillant. Il manie l’ironie avec bonheur, et la causticité est son domaine. Mais il ne s’arrête pas là. Le regard qu’elle porte sur les femmes, l’analyste ou ses patientes, a beau être aiguisé, il reste empreint d’humanité, c’est un regard de sœur. C’est en cela qu’au-delà du rire, et on rit beaucoup, elle nous émeut et nous fait réfléchir.

C’est donc avec plaisir que nous vous invitons à rejoindre les nombreux spectateurs qui chaque soir applaudissent une actrice fine, drôle et sensible, qui joue avec brio un texte qui, s’il parle d’elle, nous parle aussi de nous et de nos compagnes. 

Jean‑François Picaut


Psycause(s), de Josiane Pinson

Mise en scène : Daniel Berlioux

Avec : Josiane Pinson

Photo : © D.R.

Théâtre de l’Étincelle • 14, place des Études • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 43 91

Du 8 au 31 juillet 2011 à 19 h 20

Durée : 1 h 20

17 € | 12 €