« Quatuor violence », de Florian Pautasso, la Manufacture à Avignon

« Quatuor violence » © Catherine Gaffiero

Violence
à tous les étages

Par Fabrice Chêne
Les Trois Coups

Une toute jeune compagnie, Les Divins Animaux, propose à la Manufacture un spectacle étonnant qui pourrait bien mériter la prime de l’originalité dans ce Off.

Quatuor violence s’est déjà fait remarquer : depuis sa création à Paris au Théâtre de l’Opprimé en octobre 2013, la pièce a tourné dans plusieurs festivals. Sélectionné au festival Ici & Demain de Paris-Villette, puis au Festival Impatience au Théâtre du Rond-Point, le spectacle est lauréat du prix Paris Jeunes Talents 2014… Déjà une belle carte de visite pour une compagnie sans aucuns moyens qui a dû passer par un site d’autofinancement pour se payer une place dans le Off d’Avignon.

Les quatre comédiens – deux garçons, deux filles – sont très jeunes, et leur démarche de se confronter à un sujet comme la violence peut surprendre. Avec le metteur en scène, Florian Pautasso, ils ont su faire preuve de pas mal de culot pour concocter cet objet théâtral mal identifié et inclassable.

Quatuor violence est tout sauf une pièce à thèse ou un pensum : pas de théorie ni de message. Plutôt que de s’appuyer sur un discours constitué, ces jeunes artistes se sont efforcés de traduire sur scène leur propre perception de la violence à travers une succession de saynètes, presque de numéros. Les situations les plus diverses sont évoquées : des scènes de la vie courante où la violence surgit, mais aussi les meurtres perpétrés sur les campus ou dans les lycées américains par des assassins du même âge qu’eux. À cet égard, un tee-shirt portant l’inscription Killer, qu’ils s’échangent, fait figure d’emblème du spectacle. Certaines séquences, statiques, s’étirent jusqu’au malaise, comme la litanie d’évènements monstrueux que l’on évoque en se relayant au micro. D’autres sont fulgurantes comme un coup au plexus, ou bien jouent sur l’humour et l’effet de surprise.

Impliquer et déstabiliser les spectateurs

Les Divins Animaux ne disposent certes d’aucuns moyens financiers, mais ils ont une belle assurance, de la présence, et une approche très moderne du travail scénique. Ce qu’ils réussissent intelligemment, c’est à interroger la violence d’un point de vue théâtral, non pas en la montrant sur scène, mais en mettant à profit le dispositif même d’une salle de spectacle. Leur pièce est en effet expérimentale dans sa forme, et tient de la performance par le désir constant d’impliquer et de déstabiliser les spectateurs (comme dans l’étonnante scène de dégustation d’un oignon cru, ou dans la séquence finale, que l’on se gardera de révéler). Véritable création collective, Quatuor violence garde la trace des improvisations qui ont contribué à l’élaborer, chaque comédien ayant apporté avec lui son propre vécu et son rapport intime à la violence.

On sera peut-être tenté de reprocher à ces jeunes artistes de mettre sur le même plan Al‑Quaïda et une scène de ménage. Ou regretter que leur volonté d’aborder la violence sous ses différentes formes les condamne à ne faire qu’effleurer des sujets aussi graves que la violence sociale ou la violence sexuelle. Il est vrai que le spectacle en reste au constat et n’explique rien : les discours théoriques n’en sont pas absents, mais ceux-ci s’entrecroisent sans qu’on s’arrête sur aucun. Ce que cherche à faire Quatuor violence, c’est plutôt interpeller, montrer l’universalité du phénomène, depuis la violence qu’on s’inflige à soi-même par des scarifications (traces à l’appui sur le corps des comédiens) à celle, larvée, que subit le comédien lui-même face au spectateur du fait de sa vulnérabilité sur le plateau. À cet égard, le contrat est rempli et le spectacle, succession d’habiles variations autour d’un même thème, soutient l’intérêt jusqu’au bout. 

Fabrice Chêne


Quatuor violence, de Florian Pautasso

Mise en scène : Florian Pautasso

Avec : Stéphanie Aflalo, Flavien Bellec, Solal Forte, Sophie Van Everdingen

Lumières : Cécile Botto

Photo : © Catherine Gaffiero

La Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 14 71

Du 6 au 26 juillet 2014 à 20 h 30, relâche le 16

Durée : 1 h 15

17 € | 12 € | 6 €

Le spectacle sera présenté au festival En transit à Paris en septembre 2014