« Reset », de Cyril Teste, Théâtre Gérard‑Philipe à Saint‑Denis

Reset © D.R. Reset © D.R.

Lonely HoN(e)y

Par Estelle Gapp
Les Trois Coups

Artiste associé au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, le jeune metteur en scène Cyril Teste et le Collectif MxM présentent leur nouvelle création : « Reset », un texte écrit en collaboration avec Joël Jouanneau, qui traite de la disparition et de la perte de la mémoire. Un sujet intimiste et grave, servi par une belle forme esthétique, mais qui ne convainc pas autant que leur précédent travail.

Non, il ne fait pas semblant. Il ne « simule » pas. Il lutte contre la béance de l’oubli, contre les ondes de choc du traumatisme. C’est un « Ho.N.I., un Homme non identifié ». Un patient souffrant d’une pathologie rare, l’amnésie identitaire, qui touche uniquement ce qui concerne sa propre personne : son nom, sa famille, sa biographie. C’est l’histoire d’une perte, d’un abandon, à la croisée de deux récits : celui d’un petit garçon qui joue au ballon, celui d’un homme d’une cinquantaine d’années, tous les deux orphelins de leur passé. « C’était bien, avant. — Avant quoi ? ». Avant le surgissement du vide.

Aliénation et exclusion

Après Electronic City de Falk Richter, Cyril Teste surprend par le choix d’un sujet psychanalytique, d’ordre privé plus que politique : la disparition physique et psychique, l’effacement de la mémoire, le lent processus de désindividuation qui rend l’homme étranger à lui-même, la double menace de l’aliénation et de l’exclusion. Là où son précédent travail réussissait de manière magistrale à réintroduire la sensibilité dans un monde déshumanisé, Reset, paradoxalement, ne parvient pas à nous faire entrer dans le champ de l’intime : tandis que le dispositif scénique, d’une blancheur aveuglante, invite à une observation clinique des personnages, la vidéo – même lorsqu’elle est filmée en direct – semble faire écran à l’émotion. La performance technologique atteindrait-elle ici ses limites, comme le principe d’incertitude d’Heisenberg montre les limites de l’observation scientifique ? Tout comme la lumière dénature l’objet examiné, l’intériorité s’esquiverait-elle sous le règne de l’image ? Pour mieux garder son mystère ?

À l’opposé de la situation concrète d’Electronic City (un aéroport, la crise économique), Reset relève un pari difficile : créer un espace mental, abstrait, évanescent, fait d’impressions, de bribes de dialogues, de souvenirs fragmentés. Si l’omniprésence de la vidéo et l’extrême lenteur des tableaux dérangent, il faut souligner l’admirable travail du son, mixé en direct, qui joue avec virtuosité sur la gamme de nos perceptions : bruits de pas dans un couloir, aboiements dans le lointain, ballon qui rebondit contre un mur, phrases étouffées dans un dialogue en sourdine… Il faut également saluer l’exigeante précision du jeu des comédiens, fascinants équilibristes entre présent et passé, fantômes ou fantasmes d’une vie idéale à jamais perdue. Reset, ou l’éternel ressassement du doute et de la douleur, l’éternel manège du bonheur et du malheur.

« S’il n’a rien, c’est qu’il ment », proteste l’un des protagonistes. HoN(n)i soit qui mal y pense : « Je ne crois pas que vous soyez coupable, non », rassure le médecin. Alors, Ho.N.I., l’Homme non identifié, l’homme en errance, décide de prendre un nom d’emprunt : Monroe. Comme Marilyn, comme 1963. Comme solitude. Comme suicide ? Good luck, lonely HoN(e)y

Estelle Gapp


Reset, de Cyril Teste

Collectif MxM • en résidence à La Ferme du buisson • allée de la Ferme • 77448 Marne-la-Vallée

www.collectifmxm.com

Contact : Anaïs Cartier • 06 89 42 82 66

anais.cartier@free.fr

Texte et mise en scène : Cyril Teste

Collaboration artistique : Joël Jouanneau

Dramaturgie : Anne Monfort

Avec : Servane Ducorps, Stéphane Lalloz, Benoît Mochot, Sandy Boizard, Pascal Rénéric, Gerald Weingand, Damoh Ikheteah et Alexis Augusto‑Cabrera (enfants en alternance)

Régie générale et lumière : Julien Boizard

Musique originale : Nihil Bordures

Vidéo : Patrick Laffont

Régie vidéo : Mehdi Toutain‑Lopez

Scénographie et costumes : Élisa Bories

Robotique : Christian Laroche

Théâtre Gérard-Philipe • 59, boulevard Jules-Guesde • 93207 Saint-Denis

Réservations : 01 48 13 70 00

Du 4 au 21 février 2010, les lundi, jeudi et vendredi à 20 heures, samedi à 19 heures, dimanche à 16 heures, relâche les mardi et mercredi

Durée : 1 h 15

20 € | 10 € | 6 €