« Salves », de Maguy Marin, Théâtre national populaire à Villeurbanne

Salves © Christian Ganet

Décharge d’applaudissements pour « Salves »

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

C’est au cœur de la programmation de cette 14e Biennale de la danse que l’on retrouve Maguy Marin avec sa dernière création. En première mondiale présentée ces jours-ci au T.N.P., « Salves » est une pièce chorégraphique pour sept interprètes. Dans la lignée de son parcours engagé, la chorégraphe convoque ici un certain nombre de thèmes qui lui sont chers, dans un registre chorégraphique à mi-chemin entre non-danse et théâtre muet.

Dans Salves, Maguy Marin a choisi de dérouler le fil transparent de l’histoire, celui de la grande Histoire, tel un fil d’Ariane. Et c’est l’image d’une destinée humaine composée d’avancées, de retours en arrière et de perpétuelles répétitions que la chorégraphe nous donne à voir, sous les auspices d’un pessimisme à l’énergie remarquablement mise en scène.

Les diverses périodes historiques sont traversées par des thèmes centraux tels que la culture, la liberté dans l’art, la liberté de l’art qui toujours s’effrite et se reconquiert, une liberté qui, mise en péril, revient inlassablement de manière plus ou moins clandestine. Tel un Sisyphe, le peuple de Maguy Marin ne cesse de recommencer, de reconstruire, toujours. Les grands noms de l’art évoqués : Delacroix, Picasso, en passant par la statue de la Liberté éclairant le monde, la Vénus de Milo, ou encore Elvis Presley s’illustrent comme autant de références populaires.

Pour cette dernière création, la chorégraphe a opté pour une petite forme. On constate effectivement l’absence relative de décors laissant voir les murs gris et nus du petit théâtre. Le dispositif scénique consiste en une succession d’accessoires et objets placés et déplacés continuellement selon des processus de renvois. Ici, le choix de Maguy Marin se porte davantage sur la notion de rythme ponctué par diverses séquences, marquées par les multiples éclairages qui viennent de toutes parts, changent d’intensité, allant de la lampe-torche aux éclairages pleins feux de début de pièce. Le son, quant à lui, exprime une certaine violence, celle des coups de feu et de canon, des discours radiophoniques inaudibles qui crissent aux oreilles du public comme une histoire, une réalité qui se ferait insupportable.

La fougue des sept interprètes

On note la dimension critique et humoristique de la pièce avec, par exemple, l’apparition d’une femme outrancièrement callipyge, qui opére comme un clin d’œil aux clichés véhiculés par les Expositions universelles… On se laisse vite emporter par la fougue des sept interprètes qui brillent d’une énergie contagieuse. Les gestes et les détails prennent tout leur sens. On fait et l’on défait la table du festin, on recolle les morceaux, on construit, on reconstruit, on se cache, on avance clandestinement, on fuit sous les bruits des avions et des bombes.

Ainsi, cette dernière création de Maguy Marin se laisse apprécier pour sa justesse, son traitement chorégraphique toujours à contre-courant et la pertinence de son propos. Le tout est agencé en un dispositif efficace qui n’a nul besoin d’en mettre plein la vue au spectateur pour faire briller ses yeux et soulever des tonnerres d’applaudissements. 

Élise Ternat


Salves, de Maguy Marin

Conception : Maguy Marin

En collaboration avec Denis Mariotte

Interprétation : Ulises Alvarez, Teresa Cunha, Matthieu Perpoint, Ennio Sammarco, Agustina Sario, Jeanne Vallauri, Vania Vaneau

Direction technique et lumières : Alexandre Béneteaud

Conception et réalisation du dispositif scénique : Michel Rousseau

Éléments d’accessoires : Louise Gros, avec Pierre Treille

Réalisation des costumes : Nelly Geyres

Son : Antoine Garry

Photo : © Christian Ganet

Coproduction : Biennale de la danse de Lyon, Théâtre de la Ville, C.C.N. de Rillieux-la-Pape / Cie Maguy-Marin

Subventionné par : D.R.A.C. Rhône-Alpes, région Rhône-Alpes, département du Rhône, ville de Rillieux-la-Pape

Avec le soutien de Culturesfrance (pour ses tournées internationales)

Petit théâtre du T.N.P. • rue Louis-Becker • 69100 Villeurbanne

Réservations : 04 90 27 38 23

Du 13 au 19 septembre 2010 à 20 h 30

Durée : 1 h 10

25 € | 22 €