« Sept secondes – In God We Trust », de Falk Richter, Théâtre du Rond‑Point à Paris

Sept secondes – In God We Trust © Brigitte Enguérand Sept secondes – In God We Trust © Brigitte Enguérand

Diabolo et Satanas contre les G.I.

Par Estelle Gapp
Les Trois Coups

Dans la salle Roland-Topor du Théâtre du Rond-Point, Stanislas Nordey présente la première partie de son travail consacré au jeune auteur allemand Falk Richter, qui s’achèvera avec la création d’une ambitieuse tétralogie, « Das System », lors du prochain Festival d’Avignon. Écrite en 2003, la pièce « Sept secondes » tente de saisir la guerre d’Irak dans sa brûlante actualité. Cinq ans plus tard, si le texte n’apprend rien de nouveau, on retient de la pièce une certaine ironie, caustique, jubilatoire. Du rire, comme du rock : alternatif ?

Avec leurs tee-shirts à l’effigie de héros de dessins animés, les jeunes comédiens – pour la plupart issus du Théâtre national de Bretagne dirigé par Stanislas Nordey –, ressemblent aux adolescents des films de Gus Van Sant : secrets, mal dans leur peau, victimes d’une Amérique qui va mal. Mais, sur scène, ils dénoncent une autre violence : celle que les États-Unis infligent à d’autres victimes, à l’autre bout du monde, dans une totale indifférence pour « ces extraterrestres qui vivent dans des cavernes ».

Sur le plateau aux murs recouverts d’ampoules électriques – alignées comme autant d’étoiles sur la bannière américaine –, au son d’une guitare électrique qui crache l’hymne national, ils incarnent une jeunesse révoltée, condamnant les ambitions impérialistes d’un Occident décadent : « ils veulent que le monde entier vive comme eux […] avec leur MacDo, leur Pizza Hut, leur Starbuck Café […] leurs donuts […] et leur démocratie ».

Nous sommes en 2003, en pleine guerre d’Irak. Les médias nous assaillent d’images de bombardements nocturnes. Dans cette drôle de guerre, les objectifs militaires sont traités comme des cibles de jeux vidéo. Seul dans son avion de chasse, un pilote américain ne contrôle plus son ordinateur de bord. Il faut lâcher les bombes. Mais est-il au-dessus du « bon » désert ? N’est-il pas au-dessus de son propre village, où l’attendent sa femme et ses enfants, rêvant de lui en héros ? Pas de place au doute. Pas de place à l’erreur. « Bombs launched. » « Détonation, impact, explosion. » « Sept secondes de cris, et puis plus rien. » Dans son avion, le pilote ne voit rien, n’entend rien. Plus tard, un autre dira qu’il ignorait tout, « des écoles, des hôpitaux, des morts civils ».

Sur les tee-shirts aux couleurs édulcorées, Diabolo et Satanas affichent une innocente ironie. Comme de grands enfants, les soldats américains continuent de croire qu’ils combattent du « bon » côté. Aujourd’hui, les « fous du volant » ont fait place aux foudres de guerre. Mais, comme à la fin de chaque épisode, les « méchants », dans leur vieux coucou, finissent toujours par s’écraser au sol.

Dans ce format court d’une durée de quarante‑cinq minutes, on regrette cependant que la charge, féroce, vire à l’agressivité. Dans un rapport frontal, trop brutal, avec le public, les comédiens interpellent et invectivent les spectateurs. Sur scène, pas de personnage, pas de psychologie, pas d’intrigue. En matière de jeu, pas de modulation, pas de nuance, pas de répit. Toujours la même stridence, jusqu’aux larmes.

On espère que Stanislas Nordey saura exploiter cette extraordinaire énergie dans sa prochaine mise en scène de la tétralogie de Falk Richter, et transformer ce bout essai en procès de longue haleine contre « le Système ». Après Diabolo et Satanas en Irak, rendez-vous est donc pris pour le dernier épisode, à Avignon. 

Estelle Gapp


Sept secondes – In God We Trust, de Falk Richter

Mise en scène : Stanislas Nordey, avec la collaboration de Claire‑Ingrid Cottanceau

Avec : Mohand Azzoug, Olivier Dupuy, Vanille Fiaux, Moanda Daddy Kamono, Julie Moreau, Margot Segreto, Anne‑Sophie Sterck

Création lumière : Philippe Berthomé

Création son : Michel Zurcher

Photo : © Brigitte Enguérand

Théâtre du Rond-Point, salle Roland-Topor • 2 bis, avenue Franklin‑D.‑Rossevelt • 75008 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21

Du 18 mars au 27 avril 2008 à 20 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi et du 6 au 13 avril 2008

Durée : 45 minutes

33 € | 24 € | 20 € | 14 € | 10 €