« Sin permiso – Canciones para el silencio », d’Ana Morales, Théâtre national de Chaillot à Paris

ana-morales-Sin-permiso © Oscar-Romero © Oscar Romero

Le flamenco dans la peau

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Ancienne soliste au sein du prestigieux Ballet Flamenco de Andalucía, lauréate du Prix Giraldillo de la meilleure danseuse en 2018, Ana Morales est reconnue dans le monde entier. En vedette à la Biennale d’art flamenco de Chaillot, elle plonge dans ses souvenirs pour endosser toutes les esthétiques du genre. Une quête identitaire à fleur de peau qui mêle fougue, élégance et créativité.

Les parfums de Séville nous parviennent presque. D’une robe à volants à un costume masculin, en passant par un justaucorps, la chorégraphe traverse l’histoire du flamenco et, en chemin, affirme son identité. Expressive, passionnée, Ana Morales fouille effectivement son passé pour mieux oser sa liberté, en renversant les rôles et en se mettant presque totalement à nu.

« L’Andalousie faisait partie de ma peau avant moi », proclame Ana Morales, au sujet de ses racines. L’ex-soliste du Ballet flamenco d’Andalousie, formée au conservatoire de Barcelone puis, entre autres, aux côtés de José Antonio Ruiz, revendique pleinement son héritage familial et culturel. Le titre Sin permiso (« Sans permission ») évoque le souvenir de son père, Sévillan émigré en Catalogne, et met au jour, par sa danse fiévreuse, les mots qui, entre eux, n’ont jamais été dits.

C’est d’autant plus touchant que l’on suit parallèlement la chorégraphe sur son chemin créatif. Entre démonstrations, élans d’émancipation, rapports de forces, vertiges et silences, les émotions de cette quête sont palpables. 

Renaissance

Mûries durant un an au fil de résidences européennes, ces Canciones para el silencio (sous-titre qui signifie « Chansons pour le silence ») parlent la langue du cœur. Le travail sonore amplifie les percussions comme autant de battements. Les capteurs sur les pieds donnent une résonance fort intéressante.

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© Benjamin Mengelle

Incontestablement, Ana Morales signe ici une pièce très personnelle. De l’authenticité d’un cabaret gitan à la modernité d’une gestuelle revisitée, la chorégraphe se joue des codes. La force tellurique de cette danse dégage toujours autant de puissance. Toutefois, l’énergie puisée dans d’autres éléments, comme l’air et l’eau, apporte une nouvelle dimension. Aux postures ancrées dans le sol s’ajoutent des gestes expressifs plus fluides. L’écriture contemporaine intègre des figures classiques et d’heureuses audaces stylistiques. Entre fierté et doutes. Pourtant, Ana Morales – mature, virtuose – déploie une grande inventivité.

Pour l’accompagner, un formidable trio de musiciens mêle à la musique traditionnelle des envolées électroniques, tandis qu’à ses côtés, le danseur José Manuel Álvarez, à la grâce féline, se révèle un partenaire hors pair. La présence incandescente de chacun sur scène nous embrase littéralement. Si l’étoile du flamenco brille désormais au firmament, une chorégraphe est née. Une chorégraphe déjà grande. 

Léna Martinelli


Sin permiso (Canciones para el silencio), d’Ana Morales

Chorégraphie : Ana Morales et David Coria

Avec : Ana Morales et Jose Manuel Álvarez (danse), Juan Jose Amador (chant et guitare), Juan Antonio Suárez “Cano” (guitare), Daniel Suárez (batterie et musique électronique)

Direction artistique et scénique : Guilermo Weickert, Ana Morales et David Coria

Chaillot – Théâtre national de la danse • Salle Firmin-Gémier • 1, place du Trocadéro • 75116 Paris

Du 29 au 30 janvier 2020

Dans le cadre de la Quatrième Biennale d’art flamenco

Teaser ici

Renseignements : 01 53 65 30 00

De 11 € à 38 €