« Super Mado », de Noëlle Perna, Richard Chambrier, Alain Sachs, Folies Bergère à Paris

Noëlle Perna © D.R. Noëlle Perna © D.R.

Sur le fil !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Noëlle Perna revient sur scène avec un spectacle haut en couleur et léger, dans tous les sens du terme.

C’est en 2003 au Théâtre de Dix-Heures, que Mado la Niçoise, personnage « ovni qui ne ressemble à aucun autre », apparaît pour la première fois sur une scène parisienne. Pour créer cette femme libre et pleine de bon sens, Noëlle Perna s’est inspirée d’une voisine, ancienne résistante et femme fière de sa région, avec sa mauvaise foi, ses coups de gueule et sa gentillesse. Le succès est au rendez-vous. En 2007, le second spectacle intitulé Mado fait son show rencontre de nouveau les faveurs du public. Suivra Mado prend Racine en 2012.

Dans Super Mado, Mado débarque sur scène dans sa tenue emblématique. Elle est moulée dans une courte robe rose à paillettes, porte de l’ombre à paupières « bleu Côte d’Azur », un rouge à lèvres qui déborde un peu et des grosses boucles rousses retenues par un bandeau. Elle vient de « se faire reluquer par un coiffeur-paysagiste », mais pour le reste elle a gardé « les pièces d’origine ».

Mado pourrait facilement passer pour une « cagole » si ce n’est qu’elle n’a plus vingt ans et aucune vulgarité provocante. Elle est simple, enthousiaste et foncièrement optimiste. Rien ne l’arrête. Ses paroles fusent, toutes plus imagées les unes que les autres ; ses jeux de mots volontairement approximatifs s’enchaînent. Elle annonce d’emblée qu’elle n’a pas de spectacle, car « son reproducteur » (comprenez producteur) voudrait qu’elle fasse un numéro entièrement muet parce qu’il a peur quand elle parle. Ce « reproducteur » est d’Avignon et « comme le pont, il n’est pas fini ».

L’omniprésence de la télévision

Mado s’essaie alors au ruban mais le naturel revient au triple, voire quadruple, galop, car c’est une pile électrique qui ne connaît pas le silence. Elle va ainsi nous parler de ce qui lui passe par la tête, de sujets légers ou plus d’actualité. Ce sera, dans le désordre, le bon et mauvais karma (« Je mange beaucoup de poisson. Je dois donc être pleine de mercure. Pourvu que je ne me réincarne pas en thermomètre médical ! »). Mais aussi les choses que l’on ne peut plus dire sous peine d’être immédiatement attaqué (« Si tu dis : “Il est saoul comme un Polonais”, tu eskiches les relations diplomatiques avec toute la Pologne »). Ou l’omniprésence de la télévision (« Avant, si tu avais du talent, tu passais à la télé et tu étais connu. Maintenant, tu passes à la télé, t’es connu et après ils te cherchent un talent »). Il y a également les expressions périmées « qui ont dépassé la date limite de conversation » et tout un tas d’autres sujets.

Noëlle Perna est une vraie artiste de scène. Elle aime ça, et cela se sent. Elle joue énormément avec le public qu’elle interpelle constamment (« C’est votre mari, madame ? Eh bien, je vous aurais mieux vu avec le monsieur de derrière »). J’ai aussi deviné qu’elle avait pris plaisir à nous titiller, nous les Parisiens, et c’était drôle. Elle a de véritables fans, à n’en pas douter. Ils rient, s’esclaffent, applaudissent à tout rompre. L’ambiance est réellement bon enfant, et ça fait du bien. On n’est définitivement pas là pour faire la tête.

Néanmoins, Super Mado est fondé sur un fil conducteur un peu maigre (le « reproducteur » qui veut un spectacle muet et le ruban), trop juste pour que la mise en scène n’en souffre pas, et trop récurrent pour ne pas lasser un peu le public. Ça manque de finitions. En outre, il y a quelques lenteurs et une absence de surprise du fait d’expressions ou de bouts de sketch déjà connus. Quant à l’imitation de la Marseillaise maire d’un village qui va faire un discours « avec tous les poncifs », elle arrive comme un cheveu sur la soupe et, trop accessoirisée, elle casse le rythme.

Pour information, Mado la Niçoise a désormais sa marionnette aux « Guignols de l’info ». 

Isabelle Jouve


Super Mado, de Noëlle Perna, Richard Chambrier, Alain Sachs

Mise en scène : Alain Sachs

Avec : Noëlle Perna

Folies Bergère • 32, rue Richer • 75009 Paris

Réservations : 0892 68 16 50

Site du théâtre : www.foliesbergere.com

Métro : Cadet ou Grands-Boulevards

Du 15 décembre 2016 au 8 janvier 2017, du jeudi au samedi à 19 heures, le dimanche à 17 h 30

Durée : 1 h 30

De 31 € à 50 €

Toutes les dates de la tournée sur : www.noelleperna.fr